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Revista Katálysis

On-line version ISSN 1982-0259

Rev. katálysis vol.11 no.1 Florianópolis Jan./June 2008

 

PESQUISA TEÓRICA

 

Du XIXème au XXIème siècle: permanence et transformations de la solidarité en économie

 

 

Jean-Louis Laville

Conservatório Nacional das Artes e Profissões (CNAM Paris)

 

 


RÉSUMÉ

Les deux derniers siècles ont été marqués par l'utilitarisme tendant à absolutiser économie de marché et société de capitaux. Cette naturalisation inhérente à la modernité, et périodiquement réactualisée, qui soustrait l'économie au débat a cantonné la dynamique démocratique. Ce sont ces rapports entre démocratie et économie que la première partie de ce texte cherche à mettre en perspective pour aborder les difficultés du présent, avec l'idée directrice que l'action publique s'est progressivement inscrite dans la dépendance à la conception dominante de l'économie. La seconde partie de ce texte met en évidence que la démocratisation réciproque de la société civile et des politiques publiques est congruente avec une économie fondée sur la pluralité des principes économiques et des formes de propriété. A l'orée du XXIème siècle, il apparaît clairement que la démocratie ne saurait subsister dans une société de marché. Notre devenir est lié à la possibilité d'une économie plurielle avec marché, c'est-à-dire à la capacité de ne plus soustraire les choix économiques à la délibération citoyenne.

Mots-cle: économie, socio-économie, solidarieté, democratie.


 

 

1 Les rapports entre democratie et économie

La Révolution française symbolise, la sortie des sociétés à statut dans lesquelles les rapports entre groupes sociaux étaient réglés par la tradition s'est traduite par la montée des incertitudes. Avec l'affirmation de l'universalité des principes de liberté et d'égalité, s'impose l'inquiétude sur les capacités humaines à éviter l'affrontement de tous contre tous. Comment se garder de l'emportement des passions, une fois que les barrières hiérarchiques ne garantissent plus la coexistence entre les différents corps?

Cette interrogation débouche, comme on le sait, sur une réponse d'une portée considérable: pour se garder de la violence des passions, il importe de donner plus de place à l'intérêt; cette motivation humaine est porteuse d'harmonie sociale puisque "le doux commerce" s'oppose à la guerre (HIRSCHMAN, 1980). Dès la première moitié du dix-neuvième siècle, l'économie politique suggère de pacifier la société par la diffusion de l'économie de marché. La poursuite de l'intérêt personnel qui progressivement, se confond avec l'intérêt matériel, est une activité civilisée et pacifique qui autorise une résolution du problème de confiance posé par Hobbes sans passer par une autorité despotique.

 

La définition de l'économie: une question conflictuelle

L'entrée dans la modernité démocratique, si elle institue un type de rapports fondé sur la liberté et l'égalité, n'en résout pas pour autant la question de leur régulation. Le marché se présente dans ce contexte comme un principe de coordination pouvant contribuer à la résolution de celle-ci. Pour contenir la force destructrice des passions dans une collectivité affranchie de tout garant extérieur ou transcendant, le principe du marché est doté d'une vertu due à " l'innocence et la douceur du commerce et de l'enrichissement". La sphère économique marchande prend une importance grandissante dans l'organisation des rapports entre individus libres.

Les relations marchandes semblent susceptibles de réfréner la violence inhérente aux relations humaines et le comportement dicté par l'intérêt économique est doté d'un potentiel pacificateur dans un processus "qui finira par vider la notion d'intérêt de toute connotation autre qu'économique" (HIRSCHMAN, 1980). A partir du dix-neuvième siècle, les sociétés démocratiques confient une partie de leur régulation au marché, mû par une main invisible, qui fabrique du juste sans se soucier de justice, transformant les vices privés en bienfaits publics. Dans un monde où plane la menace du chaos, la poursuite d'activités lucratives et l'accumulation de richesses, dont la condition réside dans la levée des interdits restreignant les fonctionnements du marché, paraît pouvoir fournir un fondement réaliste à un ordre social viable qui présente l'avantage de la prévisibilité et de la constance tout en évitant le retour à l'ordre ancien.

Cependant, l'économie marchande n'a pu réaliser la promesse de paix sociale dont elle était porteuse. Au contraire sa diffusion fait naître une question sociale dont l'acuité tient à l'extension imprévue de la pauvreté.

Face à cette question sociale, pour les libéraux, il importe d'accélérer le processus de sortie des structures sociales hiérarchisées propres à l'ancien régime et de pousser plus loin la mise en place d'un ordre économique fondé sur l'intérêt. Leur coup de force consiste à postuler que l'avènement d'un marché suffit à réaliser le projet démocratique et la paix sociale par la simple conjugaison des intérêts individuels. Suivant A. Smith contre J. J. Rousseau (FERRY, 1991, p. 165-168), ils affirment que le bien public est le produit de ces intérêts et ne présuppose pas un accord des volontés. Le contrat marchand à lui seul peut faire office de contrat social. L'équilibre entre l'offre et la demande de travail ne peut que s'établir à partir du moment où l'État assure le bon fonctionnement des mécanismes de marché. Le marché en garantissant l'accès au travail suffirait à éliminer la pauvreté. De l'extension des droits civils découlerait une tendance à l'égalisation des conditions.

Cette version optimiste est profondément contestée par l'ampleur de la paupérisation qui interpelle cette prétendue auto-régulation. Au contraire, la contradiction entre la liberté politique et l'asservissement économique devient insupportable. Pour beaucoup de penseurs et d'ouvriers confrontés à la misère, l'ampleur intolérable des inégalités oblige à se tourner vers un autre mécanisme de coordination: la solidarité. Pour autant, la référence à la notion de solidarité n'est pas dépourvue d'ambiguïtés. Deux acceptions de la solidarité, se dégagent à propos desquelles Royaume-Uni et France apparaissent comme deux cas emblématiques.

 

La solidarité philanthropique

Au Royaume-Uni, la charité était appréhendée au dix-neuvième siècle comme un principe social, une composante nécessaire à la société démocratique, contribuant à sa régulation par l'engagement volontaire altruiste. Les gouvernements victoriens avaient pour objectif de fournir un cadre de règles et de directives conçues pour permettre à la société de se prendre en charge dans une large mesure. Une grande partie des prestations sociales publiques étaient financées et gérées localement, la limitation du gouvernement central générant un ensemble " d'institutions intermédiaires " développées entre l'État et le citoyen qui faisaient partie intégrante du tissu de l'État. Ainsi, à la fin du dix-neuvième siècle, " les associations canalisaient autant d'argent que les services chargés de l'application de la loi sur les pauvres " (LEWIS, 1997, p. 169). L'impératif charitable renvoyait à une vision particulière d'une société éthique dans laquelle des citoyens motivés par l'altruisme remplissaient leurs devoirs les uns envers les autres sur une base volontaire. Cette dynamique d'intérêt général ou d'aide à autrui a constitué, dans le monde anglo-saxon, une source de l'action associative, déterminante. A l'évidence, cette conception philanthropique de la solidarité fut et est encore aujourd'hui fortement marquée au coin de préoccupations libérales. Focalisée sur la 'question de l'urgence' et la préservation de la paix sociale, elle se donne pour objet le soulagement des pauvres et leur moralisation par la mise en oeuvre d'actions philanthropiques palliatives.

Cette acception de la solidarité a particulièrement marqué les représentations anglo-saxonnes des associations comme en attestent de fréquentes assimilations entre action bénévole et philanthropie, elle n'a rien d'une particularité insulaire. Elle est présente à des degrés divers dans chaque pays de l'Europe continentale. En témoignent les travaux de Donati (1996) qui définit l'association comme " privé social ". Ils mettent en évidence combien la vision philanthropique n'est pas l'émanation d'un univers culturel spécifiquement anglo-saxon mais plutôt une position récurrente dans les discussions sur la nature des associations. Le don n'y est pas soumis à d'autres règles collectives que celles émises par les donateurs susceptibles d'en stabiliser les conditions d'exercice, il peut donc se convertir en instrument de pouvoir et de domination. L'inclinaison à aider autrui, valorisée comme un élément constitutif de la citoyenneté responsable, porte en elle la menace d'un don sans réciprocité, ne permettant comme seul retour qu'une gratitude sans limites et créant une dette qui ne peut jamais être honorée par les bénéficiaires. Les liens de dépendance personnelle qu'elle favorise risquent d'enfermer les donataires dans leur situation d'infériorité. Autrement dit, elle est porteuse d'un dispositif de hiérarchisation sociale et de maintien des inégalités adossé sur les réseaux sociaux de proximité qui peut s'exprimer à travers des choix apparemment anodins comme celui de classer les associations dans les organisations privées.

 

La solidarité démocratique

A cette version 'bienveillante', s'oppose une version de la solidarité comme principe de démocratisation de la société résultant d'actions collectives. Cette seconde version suppose une égalité de droit entre les personnes qui s'y engagent. Indissociable de l'héritage révolutionnaire et de l'idéal républicain, elle a façonné en partie la réalité française. La fraternité révolutionnaire prétendait en effet bien rompre avec le langage de la charité pour lui substituer une politique de la solidarité reposant sur la commune appartenance de tous à un espace politique qui ne connaît plus désormais que des individus libres et égaux.

Néanmoins cette politique de la solidarité régie par l'idéal de citoyenneté fut en France presque originellement méfiante à l'égard des associations volontaires. En témoigne la proscription, par le décret d'Allarde et la loi Le Chapelier, des associations économiques et professionnelles. Rien ne paraissait alors plus contraire à la liberté individuelle et au principe de souveraineté que ces associations de compagnons qui, pourtant, s'engageaient, pour quelques-unes d'entre elles au moins, dans un processus de sécularisation et de démocratisation en totale harmonie avec le nouvel ordre révolutionnaire. C'est dans ce contexte général de proscription et de répression, malgré des périodes plus tolérantes, que le mouvement ouvrier et socialiste naissant devient le laboratoire des formes associatives et des utopies de l'Association. C'est alors au nom de la solidarité que foisonnent les associations ouvrières entre 1830 et 1848.

Même de façon allusive, il faut ici souligner la dimension proprement politique de la solidarité ouvrière et de son idéal associationniste (CHANIAL, 2000). La question sociale, dont la misère ouvrière n'est qu'un aspect, est avant tout une question politique. Comme l'exprime le buchezien Corbon, "la démocratie dans l'ordre politique et la monarchie à peu prés absolue dans l'atelier sont deux choses qui ne sauraient coexister longtemps". La République, cette " anarchie positive " delon P. J. Proudhon, se redéfinit alors comme une cité de travailleurs, mais aussi de consommateurs, librement associés. Irréductible à la figure sacralisée de l'Etat, la res publica s'ouvre à des figures plurielles, se diffracte au sein de la société (civile), principalement dans ses associations volontaires. Ainsi, pour échapper à un individualisme concurrentiel comme à un étatisme autoritaire, l'ancien saint-simonien P. Leroux (1997), inventeur auto-proclamé du terme solidarité insiste sur l'établissement entre l'État et la société d'une communication qui suppose des groupes intermédiaires, l'amenant à préconiser que des corporations, conçues comme autant de micro-républiques, assument un rôle d'institution publique. Leroux table sur des réseaux de solidarité passant par l'atelier, ainsi que sur des associations ou la presse pour entretenir l'esprit public indispensable à la démocratie. Sa pensée entre en résonance avec les mouvements de l'époque. L'associationnisme ouvrier s'engage dans la recherche d'une économie qui pourrait être solidaire: l'organisation du travail qui reste à trouver pourrait fournir l'opportunité de mettre sur pied des entités productives qui inscrivent la solidarité au coeur de l'économie et où se mêlent la forme mutuelle, coopérative et syndicale. Ce projet d'une économie solidaire ou fraternitaire est symbolisé par le moment 1848 où il atteint son apogée avant de connaître le reflux.

Après le traumatisme de 1848 où la répression sanctionne la prise de parole ouvrière, c'est à la fin du dix-neuvième siècle que la notion de solidarité apparaît comme le moyen pour les républicains de réconcilier les droits individuels et la responsabilité de l'État. Défendue par des hommes politiques, juristes ou sociologues qui se réclament du solidarisme (Bouglé, Bourgeois, Fouillée1...), la notion de solidarité prend alors un sens nouveau. Elle désigne d'abord un fait scientifique. Pour les solidaristes, l'homme, sans même qu'il le veuille ou le sache, est solidaire, c'est-à-dire associé. La société constitue en premier lieu une totalité où tous dépendent de chacun. Elle n'est pas régie, sur le modèle de la charité chrétienne, par la dette de tous envers Dieu, mais par la dette de tous envers la société. Ainsi, ne pas acquitter les obligations mutuelles qu'engendre la vie en société et qui résultent de la solidarité sociale équivaut à la violation d'un contrat. Dés lors, comme l'indique L. Bourgeois (1992), " le devoir social n'est pas une pure obligation de conscience, c'est une obligation fondée en droit, à l'exécution de laquelle on ne peut se dérober sans une violation d'une règle précise de justice ", et l'État peut imposer cette règle " au besoin par la force " afin d'assurer " à chacun sa part légitime dans le travail et les produits." La résolution de la question sociale suppose alors moins une nouvelle répartition des pouvoirs qu'un juste calcul propre à établir une répartition équitable des bénéfices et des charges de la solidarité sociale, dont la loi doit être l'expression concrète et l'Etat le garant. La recherche d'équilibre entre liberté et égalité se construit ainsi par dissociation et complémentarité entre l'économique et le social qui trouve sa formulation dans l'idée de service public arrimée à la notion de solidarité. L'État, expression de la volonté générale, devient dépositaire de l'intérêt général qu'il peut mettre en oeuvre grâce à l'action de l'administration. La légitimité de l'intervention de l'État est certes bornée par la solidarité sociale, mais elle renforce " sa puissance tutélaire " et " son rôle central de mise en forme de la société " (LAFORE,1992). " L'État n'est plus seulement puissance souveraine, pouvoir de contraindre " ; il devient " assurance mutuelle et le rapport social se moule sur la mutualité" (EWALD, 1986, p. 344). Basée sur le droit, l'intervention de l'État à destination des citoyens-salariés assujettis s'impose comme adaptation pragmatique des théorisations de la cohésion sociale soucieuses d'éviter le double écueil de " l'individualisme " et du " collectivisme ".

L'histoire du dix-neuvième siècle le prouve: l'expansion de l'économie de marché ne s'est pas faite par l'harmonie des intérêts, loin de là. Ce sont les changements du cadre institutionnel, qui ont fourni progressivement aux industries naissantes la force de travail qu'elles réclamaient. Cette mise au travail s'est opérée à travers la déstructuration des modes de vie traditionnels et la suppression de protections anciennes. D'abord, la misère et la pauvreté poussent les paysans à s'expatrier en ville. Puis, après cet exode, vient l'éradication des formes d'auto-organisation collective. Enfin, pendant toute cette période, les pouvoirs publics confortent la solidarité philanthropique au détriment d'une solidarité démocratique toujours soupçonnée de cacher des menées révolutionnaires. Au sortir d'une phase d'intense créativité et de violence, où se sont affrontées différentes possibilités de construction de l'économie, l'instance étatique conforte une économie marchande constituée à partir de la libre circulation des marchandises, dans laquelle le pouvoir dans les unités de production est lié à la détention du capital. L'entreprise moderne apparaît dotée d'un compte de capital "au regard duquel toute mesure prise devient objet de calcul, c'est-à-dire un objet en fonction de quoi sont évaluées les chances d'échange bénéficiaire" (WEBER, 1991, p. 15). L'entreprise capitaliste, par l'accumulation de moyens qu'elle autorise, permet de tirer parti de l'extension du domaine marchand concurrentiel. La reconnaissance de la société par actions donne les moyens d'une concentration de capitaux inédite puisque les droits de propriété peuvent être échangés sans que les détenteurs aient besoin de se connaître, la médiation de la bourse garantissant parallèlement une liquidité à leurs avoirs. Dans la mesure où le compte de capital est devenu universel, il est désormais - et avec lui les chances d'opérations marchande - l'horizon tant de l'échange des marchandises que celui de la production" (WEBER, 1991, p. 15). Dès lors le libéralisme économique, malgré la contestation marxiste, s'impose. L'acception du politique et de l'économie s'en trouve modifiée.

 

Etat social et marché: un compromis socio-économique

Le désencastrement politique de l'économie est ainsi porté par le libéralisme, mais contrairement à ce qu'a pu estimer K. Polanyi minimisant la dynamique démocratique, il n'a jamais pu s'accomplir entièrement car il aurait signifié une inconcevable perte de légitimité.

Les espaces publics populaires témoignant d'un questionnement politique sur l'économie n'ont pas été que des révoltes sporadiques, ils ont engendré des revendications conduisant à l'institutionnalisation de formes juridiques d'entreprises ne reposant pas sur la maximisation du rendement capitalistique. L'associationnisme pionnier débouche après des luttes sévères et malgré ses défaites sur des statuts juridiques qui reprennent une partie de ses demandes, à savoir la légalisation d'associations de personnes: organes de défense comme les syndicats, combinaisons de groupements de personnes et d'activité économique qui ne sont pas contrôlées par les investisseurs comme les coopératives et les mutuelles, rassemblements pour l'action commune avec les associations. Ceci dit, ces statuts introduisent des différenciations contraires à l'élan associationniste initial. Les syndicats se singularisent dans leur rôle de représentation de travailleurs. Les coopératives sont distinguées des mutuelles, les premières devenant une forme particulière de société de capitaux centrée sur la fonction de production ou de consommation alors que les secondes se concentrent sur la fonction de secours; les activités créées pour défendre une identité collective en s'ajustant aux règles du système dont elles font partie vont en retour profondément modifier les relations d'entraide qui étaient à leur origine. Le statut d'association, quant à lui, moins étroit dans son objet, se voit limité dès lors qu'il est couplé à une activité économique. Logiquement, les différentes structures issues de l'associationnisme pionnier apparaissent de plus en plus séparées. L'éclatement est induit par des statuts séparant ce qui, auparavant, était réuni. Cette spécialisation dénote la baisse tendancielle de l'intervention de la sensibilité associationniste dans la sphère politique. Certes les expériences menées produisent des effets importants avec les sociétés de secours mutuel qui, par la prévoyance collective qu'elles activent, préfigurent et modélisent pour partie les mécanismes d'assurance. Néanmoins, la logique de réaction à l'égard des effets du capitalisme s'atténue au profit d'une logique d'adaptation fonctionnelle à ce mode de production.

Au-delà des statuts de ce qui est dénommé économie sociale (associations, coopératives, mutuelles), les espaces publics populaires par l'articulation propre à la solidarité démocratique entre action volontaire et responsabilité publique ont surtout fait avancer les droits sociaux. Ces droits sociaux vont progressivement atténuer la profondeur du gouffre séparant les détenteurs du capital et les prolétaires, possesseurs de leur seule force de travail. Face à la misère sécrétée par la révolution industrielle se fait jour la nécessité de normes sociales de justice, dont l'Etat social se porte garant, susceptibles de corriger les nombreuses perturbations engendrées par la diffusion de l'économie marchande. L'interdiction du travail des enfants, la limitation de la durée du travail sont promulguées par des gouvernements soumis à la pression ouvrière. L'État, expression de la volonté générale, devient dépositaire de l'intérêt général qu'il peut mettre en œuvre grâce à l'action de l'administration. Graduellement l'État social, dans les pays européens où il acquiert le plus d'ampleur, devient le garant de la solidarité; aux liens solidaires horizontaux qui reposaient sur l'engagement succèdent des droits positifs à vocation universelle, mais rendent la solidarité plus abstraite et la confient à l'État.

En l'occurrence, l'élan associationniste qui avait constitué la première réaction de la société contre les dérèglements occasionnés par la diffusion du marché a progressivement cédé la place à l'intervention de l'Etat. L'État a élaboré un mode spécifique d'organisation, le social, qui rend praticable l'extension de l'économie marchande en la conciliant avec la citoyenneté des travailleurs. Étant donné la place conférée à l'économie marchande, les fractures introduites par celle-ci doivent être corrigées par l'intervention réparatrice d'un État protecteur, d'où la conception d'un droit social composé d'un droit de travail dans l'entreprise et d'une protection sociale destinée à prémunir contre les principaux risques. La question sociale du dix-neuvième siècle a débouché sur la séparation de l'économique, dans son acception d'économie marchande, et du social, mode juridique de protection de la société qui s'élabore à partir du travail dans les deux registres liés du droit du travail et de la protection sociale. Un tel compromis fondé sur la séparation et la complémentarité entre marché et État social se renforce continuellement au cours des trois premiers quarts du vingtième siècle.

Économie sociale, droit social, État social: à l'évidence le social n'est pas seulement un biais pour calmer les passions politiques, comme le dit J. Donzelot (1984), ni uniquement le domaine de l'emprise de la nécessité sur l'action politique dont Arendt se défie. Il instaure plutôt un régime dans lequel l'autonomie de l'économie de marché est contrecarrée par des règles politiques conférant des formes de propriété et de sécurité aux travailleurs. Le mouvement politique ouvrier ne se résume pas au surgissement d'expériences révolutionnaires fugaces, il a engendré des modes d'institutionnalisation qui, s'ils n'ont pu réaliser l'espérance d'une société égalitaire moderne, ont néanmoins empêché que ne s'exerce la domination sans partage du pouvoir capitaliste. Le processus d'institutionnalisation évoqué dans la partie précédente de ce texte est attesté empiriquement par l'invention du social, dans ses apports comme ses limites. C'est après la Seconde guerre mondiale, sous la nécessité d'étayer les consensus nationaux, que la complémentarité entre État et marché prend toute son importance. L'État keynésien se donne alors pour tâche de favoriser le développement économique à travers de nouveaux outils de connaissance et d'intervention. L'État concentre de nouveaux moyens pour l'action économique dans un contexte d'interpénétration, beaucoup plus accentuée qu'avant la guerre, de l'administration et de l'économie marchande. L'investissement public dans l'aménagement du territoire et les secteurs industriels les plus sensibles, la politique active en matière de marché du travail et de salaires, permettent de trouver des formules stables d'accommodement entre les intérêts propres des entreprises et les intérêts généraux de la société. La libre détermination des salaires par les employeurs est remplacée, sous le contrôle de l'État, par la négociation périodique des conventions collectives entre partenaires sociaux, orientées vers les augmentations du salaire nominal en conformité avec les gains de productivité anticipés et l'inflation.

Mais la principale innovation réside dans l'importance prise par les revenus de transfert à travers lesquels l'État social se mue en ce qu'on appellera l'État-providence: l'institution de celui-ci tente de réaliser la promesse de soustraire le citoyen aux risques liés à la maladie, l'accident, la maternité, la vieillesse ou l'inactivité forcée. S'adressant à une population marquée par la dépression des années 1930 et en recherche de justification pour ses sacrifices de guerre, la généralisation de la protection sociale doit contribuer à la sécurité de tous. L'État-providence prolonge les formes précédentes d'État social avec la sécurité sociale et la généralisation des systèmes de protection sociale. L'État encadre et soutient le marché autant qu'il en corrige les inégalités. La synergie entre État et marché se manifeste en particulier par la diffusion du statut salarial, grâce à un flux régulier de créations d'emplois et grâce à des gains de productivité élevés permettant des négociations salariales périodiques. Le statut salarial réalise un couplage inédit entre travail et protections qui en fait un vecteur privilégié d'intégration sociale.

Alors que s'installe le salariat, une frange croissante du mouvement ouvrier s'est détournée de l'auto-organisation collective pour s'orienter vers une stratégie frontale de lutte de classes, impliquant une organisation centralisée et une approche du syndicat comme courroie de transmission du parti. La priorité donnée à la conquête de l'appareil d'État, le rôle confié aux avant-gardes, la focalisation sur la propriété collective des moyens de production dans le changement révolutionnaire ont systématisé un mépris des cadres institutionnels démocratiques, ramenés à des superstructures au service de la bourgeoisie. Cette négligence marquée vis-à-vis de l'espace public a engendré la confusion que l'on sait entre contrôle de l'État et contrôle citoyen, l'étatisation autoritaire des infrastructures se couplant avec la surveillance policière des activités politiques dans un totalitarisme qui a constitué un tel repoussoir qu'il a fourni des arguments constants au libéralisme sur l'inanité de toute prétention alternative.

Pour sa part, l'économie sociale n'a pas pu impulser une transformation sociale. En se concevant à partir de la centralité du modèle coopératif, en se représentant comme un ensemble d'entreprises collectives qui doivent s'imposer sur le marché pour convaincre de leur bien-fondé, elle s'enferme dans une vision du changement par la consolidation des expériences économiques; comme si la valeur de l'exemplarité suffisait à diffuser le modèle. La relative réussite économique a eu pour contrepartie l'effacement du projet du changement social, à travers les phénomènes bien connus d'isomorphisme institutionnel atténuant ses traits spécifiques et concourant à sa banalisation. Le constat d'un renversement où les rapports d'activité économique priment sur les rapports d'association originels, tel qu'opéré par C. Vienney (1994), peut être considéré comme l'aboutissement logique de la trajectoire d'une économie sociale qui a cantonné sa dimension socio-politique aux fonctionnements internes des organisations. Se perdant dans la quête d'un accroissement de son poids économique, elle a négligé les ressorts politiques du changement au-delà du lobbying corporatiste et s'est concentré sur des formes de propriété d'entreprise au détriment d'une réflexion sur la construction des marchés et sur la place des autres principes économiques. L'économie sociale a également pâti de son éclectisme idéologique, intégrant une solidarité philanthropique encouragée par les pouvoirs notabiliaires et l'agrégeant à la solidarité démocratique dont on a vu la manière dont elle avait été constamment réprimée.

 

Altermondialisation et nouveau ques-tionnement politique de l'économie

Contre une analyse de "l'invention du social" (DONZELOT, 1984) qui en fait un moyen de calmer les passions politiques, il importe de rappeler que le social n'émerge comme catégorie séparée qu'à partir de la dépolitisation de la question économique. C'est le renoncement à une extension de l'espace public dans l'économie qui fait émerger le social sous la responsabilité étatique au dix-neuvième siècle. Symbolisant la fonction de surveillance et de protection exercée par la puissance publique, le social constitue au vingtième siècle  "l'une des formes de légitimation du politique" ; mais ce n'est qu'au lendemain de la seconde guerre mondiale qu'est  "enregistrée une mutation décisive caractérisée par une quadruple extension de l'économie, de l'industrialisation, du salariat et de l'action sociale étatique"  (LAZAR, 2000, p. 341-352). Le couple formé par l'économie de marché et l'État social débouche sur le compromis fordiste (BOYER, 1987) et providentialiste (BÉLANGER; LÉVESQUE, 1991) propre à la période d'expansion des Trente Glorieuses. Il témoigne d'une régulation du marché par les droits accordés aux travailleurs comme d'un mouvement de démarchandisation de certaines activités attesté par la création de services sociaux universels et gratuits. Ces acquis ont néanmoins des contreparties qui tiennent à l'espace national auquel ils se limitent, comme à l'absence de participation tant pour les salariés à l'organisation du travail que pour les usagers à la définition des services qui leur sont destinés.

Le compromis fordiste avait sa cohérence; l'amélioration des droits sociaux et du pouvoir d'achat, la consommation de masse rendue possible par le développement d'activités industrielles à forte croissance de productivité venaient compenser le poids des hiérarchies et la déqualification des tâches. La désagrégation de cette cohérence coïncide avec la globalisation qui lui est associée. La diffusion du progrès technique concomitante d'une internationalisation des échanges et d'une industrialisation de pays à faible niveau de vie entraîne une intensification de la concurrence commerciale, entre les entreprises, mais aussi entre les salariés à l'intérieur d'un pays comme entre pays.

La flexibilisation du travail (DE NANTEUIL; EL AKREMI, 2005) va de pair avec une remise en cause du caractère non marchand de différentes activités. La bureaucratisation, le gaspillage de ressources, l'inadéquation aux demandes de l'usager seraient le propre du service public. Seul remède: retrouver là encore la supériorité des mécanismes de marché en privatisant les services publics (télécommunications, transport, énergie...) au nom de l'efficacité économique. En outre, la protection sociale n'échappe pas à une conversion partielle à travers l'extension d'un marché de l'assurance et de la sécurité. Ce sont aussi les activités précédemment démarchandisées grâce à l'État-providence qui sont touchées: culture, sport et loisirs, santé, action sociale, services aux personnes...

Le paysage que l'on découvre dans cette période de mutations est bien différent de celui qu'offrait la période d'expansion qui l'a précédée: les protections sociales attachées au travail sont remises en cause, des activités comme l'information ou la culture sont annexées par le marché, amenant certains à parler de capitalisme culturel ou cognitif. L'économie non marchande elle-même qui s'était constituée afin que la vie sociale soit en partie préservée du marché adopte des référentiels quasi-marchands. L'extension continue des échanges monétaires restreint la capacité d'auto-organisation des populations, qu'elles éprouvaient par exemple dans des activités non monétaires d'auto-production, et accroît leur dépendance à des revenus directs ou indirects (CÉRÉZUELLE, 1996); enfin, la conception des échanges monétaires sur le modèle du marché concurrentiel réduit l'autonomie du secteur non marchand. C'est donc bien à un triomphe culturel du marché auquel on a assisté dans le dernier quart du vingtième siècle à tel point que les tenants du libéralisme le présentent comme le seul modèle possible. Mais face à ce déterminisme économique et devant l'aggravation inouïe des inégalités, tant au niveau national qu'international, des protestations ont commencé à se faire entendre dans les rassemblements de "l'anti-mondialisation". Ces grandes manifestations ont mis à mal le pessimisme véhiculé par le discours de la crise du politique et du repli individualiste. Alors que les États semblaient être irrémédiablement ébranlés par la globalisation et les mobiles de l'action humaine pouvoir être réduits au strict intérêt matériel, apparaissent aujourd'hui des formes inédites d'engagement public. Elles se réclament d'une solidarité renouvelée qui refuse de se laisser enfermer dans les frontières étroites de l'État-nation.

Un apport majeur des forums sociaux, symboles d'une société civique inter-nationale en émergence, est d'ouvrir sur de nouvelles conceptions du changement. Le sentiment d'impuissance que les forums ont permis de dépasser ne venait pas seulement de la force de l'idéologie néo-libérale, il tenait aussi aux difficultés de remettre en débat les visions alternatives largement do-minées par des avant-gardes imprégnées de tradition autoritaire. Celles-ci, en s'arrogeant un droit d'inter-prétation des revendications et actions collectives, ont invalidé toute tentative qui ne leur semblait pas en mesure de "renverser le système". Le succès des forums tient à leur émancipation de cette rhétorique. De nombreuses initiatives, de tailles variées, ont pu y avoir droit de cité. La présence d'acteurs méfiants vis-à-vis de toute prétention à détenir la vérité du social-historique, mobilisés par la rencontre, a pesé dans l'inflexion de "l'anti-mondialisation" vers "l'altermondialisation". C'est de la rencontre que sont attendus la réflexion et un surcroît d'intelligibilité susceptibles d'alimenter l'action, non du charisme prophétique ou de l'imposition d'une ligne politique. Comme le défend Whitaker, l'un des initiateurs du Forum mondial, par leur organisation fragile mais originale, les forums préservant la diversité en leur sein, jouant un rôle d'incubateur de mouvements et non de mouvement social.

A l'évidence, avec le temps, les questions du contrôle, du leadership, de l'instrumentalisation par les organisations les plus structurées deviennent plus présentes. Les tensions qui en résultent ne sauraient cependant faire oublier l'ampleur de la participation s'expliquant par la mutualisation des expériences et la confrontation qu'ils permettent. En privilégiant l'échange par rapport aux mots d'ordre, les forums ont été les catalyseurs d'un désir de politique resté auparavant diffus. Leur dynamique ne peut se maintenir que si, au-delà des rencontres symboliques, une autre mondialisation se construit au quotidien; d'où le lien à opérer entre politique et économie.

D'où l'imbrication entre l'aspiration politique à une autre mondialisation et la reconnaissance de multiples initiatives solidaires. Ce n'est pas un hasard si les débats des forums successifs accordent une place grandissante à l'économie solidaire puisqu'il s'agit de relier la contestation politique de la globalisation actuelle à des pratiques de citoyenneté économique.

L'adoption de l'appellation altermondialisation souligne, contre les invocations simplistes à une harmonie restaurée entre économie et société, le caractère indispensable d'analyses et d'actions centrées sur la possibilité d'un 'autre monde', sans éluder les problèmes de transition et avec la conscience que l'acceptation de la démocratie interdit tout rêve de réconciliation finale. C'est pourquoi, à l'inverse d'observations qui regardent avec suspicion l'altermondialisation, il est possible de choisir le pari de la confiance vis-à-vis de ce qui se cherche dans cette constellation: entre la contestation des dogmes ultra-libéraux et le refus des trop faciles appels à la rupture dont l'histoire du vingtième siècle a montré l'inanité. Dans cette perspective, tout en préservant la distinction conceptuelle entre sphères politique et économique, il convient d'admettre que la poursuite du processus de démocratisation dans les sociétés contemporaines appelle une démocratisation de l'économie, ce qui suppose à la fois des régulations publiques renouvelées et la pénétration des principes démocratiques dans les activités de production, d'échange, d'épargne et de consommation. Sinon, la sphère politique ne peut que se restreindre continûment, l'économisme soustrayant à la délibération publique un nombre sans cesse croissant de sujets.

En réaction à un néo-libéralisme qui invoque la liberté économique pour invalider la préoccupation d'égalité, la possibilité d'une démocratisation de la société est dorénavant liée à un processus de réappropriation démocratique de l'économie en tant qu'activité sociale. Cette ré-inscription de l'économie dans des normes démocratiques ne peut pas émaner de la restauration du compromis antérieur qui subordonnait la solidarité à la croissance marchande, elle ne peut pas venir non plus d'un projet de changement global qui supposerait un contrôle politique sur l'économie. Elle ne peut que s'appuyer sur des pratiques, des formes d'engagement citoyen alimentant, selon les termes de Mauss, un mouvement économique d'en bas et protestant contre la banalisation des formes d'injustice. En même temps ces pratiques sont vouées à la marginalité si elles n'impulsent pas une création institutionnelle entérinant et encourageant l'insertion des marchés dans des règles de droit, la mobilisation des principes de réciprocité et de redistribution en sus du marché, la diversité des formes d'entreprise. La question posée est donc celle d'institutions qui soient en mesure d'assurer la pluralisation de l'économie pour l'inscrire dans un cadre démocratique, ce que la logique du gain matériel compromet quand elle devient unique et sans limites.

Le problème n'est pas de choisir entre société civile et État, il est d'envisager une démocratisation réciproque de la société civile et des pouvoirs publics (CHANIAL, 2001, p. 288-289; WALZER, 1997, 2000). L'État démocratique ne peut retrouver une légitimité que s'il intègre en son sein des possibilités de participation accrue pour les salariés et les usagers et s'il est relayé par un associationnisme imprégné de solidarité démocratique. L'État, quant à lui, a comme responsabilité de faciliter l'expression de l'engagement volontaire expression de cette solidarité démocratique, pour que l'anomie ou les autres formes de solidarité n'occupent pas toute la sphère sociale. L'État social a promu une conception de la solidarité axée sur les droits individuels et la redistribution; restant indispensable, elle ne suffit plus si elle n'est pas élargie à la promotion de biens communs et de relations sociales basées sur le respect des principes de liberté et d'égalité. Cette fertilisation croisée de l'intervention publique et de la société civile par la commune référence à la solidarité démocratique ne saurait advenir si la monopolisation de l'économie par le marché et la naturalisation du capitalisme perdure.

 

2 Les enjeux de l'économie plurielle

Pourtant, en raison de la catastrophe totalitaire, le capitalisme, malgré l'ampleur des inégalités sociales et les menaces inédites pesant sur l'environnement naturel, le capitalisme apparaît aujourd'hui pour la majorité des habitants de la planète comme le seul horizon perceptible.

Il est donc indispensable d'envisager l'opposition au capitalisme sur d'autres bases, que celle de la rupture radicale dominante au XXème siècle. En ce début de XXIème siècle, l'urgence est à un changement qui pour être durable ne peut être que démocratique dans ses finalités comme dans ses moyens. A cet égard, les apports de l'anthropologie et de l'histoire économiques permettent de penser la combinaison d'une critique et d'un "possibilisme" au sens d'A.O. Hirschman; c'est-à-dire de ne pas se contenter de revendications, mais de les articuler avec des propositions qui ouvrent le champ des possibles, ce qui d'ailleurs s'esquisse dans les composantes du mouvement altermondialiste émancipées de l'extrémisme autoritaire. Sur le versant critique, il convient de rappeler combien l'orthodoxie économique procède d'une normativité qu'elle dénie. Sur le versant possibiliste, contre l'invalidation des expériences non capitalistes arguant de leurs limites, il est décisif de ne pas négliger les forces de résistance déjà actives dans la société présente. La réhabilitation du politique ne peut venir uniquement de réformes constitutionnelles, elle est conditionnée par un regain de l'engagement et de la délibération publics qui impliquent de ne plus avaliser un déterminisme empêchant toute démocratisation de l'économie.

 

Contre le réductionnisme économique

De ce point de vue, la réflexion de Polanyi (1983) sur la définition de l'économie s'avère décisive. Le terme économique que l'on utilise couramment pour désigner un certain type d'activité humaine oscille entre deux pôles de signification. Le premier sens, le sens formel, provient du caractère logique de la relation entre fins et moyens: la définition de l'économique par référence à la rareté provient de ce sens formel. Le second sens, ou sens substantif, insiste sur des relations et des interdépendances entre les hommes et les milieux naturels où ils puisent leur substance. La définition susbstantive intègre ces éléments comme constitutifs de l'économie. Cette distinction entre la définition de l'économique par référence à la rareté et par référence au rapport entre les hommes et avec leur environnement a été oubliée, ce qui a entraîné un réductionnisme opéré sur trois plans.

- L'autonomisation de la sphère écono-mique assimilée au marché constitue le premier plan. L'occultation du sens substantif de l'économie débouche sur la confusion entre l'économie et l'économie marchande. Cette assimilation est rendue possible dès que l'économie devient une science de la richesse, centrée sur l'allocation des moyens en situation de rareté, occultant des pans entiers de l'économie réelle. F. Braudel (1988) y a suffisamment insisté, l'économie de marché n'est qu'un fragment d'un ensemble plus vaste et la focalisation sur elle seule invisible "la vie matérielle".  Plus fondamentalement encore, Polanyi précise que considérer le marché comme le principe économique par excellence relève de la prophétie autoréalisatrice. Dans les faits, les sociétés humaines ont mobilisé plusieurs de ces principes, le marché mais aussi la redistribution, principe selon lequel la production est remise à une autorité centrale qui a la responsabilité de la répartir, ce qui suppose une procédure définissant les règles des prélèvements et de leur affectation; et la réciprocité quant à elle correspond à la relation établie entre des groupes ou personnes grâce à des prestations qui ne prennent sens que dans la volonté de manifester un lien social entre les parties prenantes.

- L'identification du marché à un marché autorégulateur constitue le deuxième plan. Les hypothèses rationaliste et atomiste sur le comportement humain autorisent l'étude de l'économie à partir d'une méthode déductive par agrégation grâce au marché de comportements individuels, sans considérations pour le cadre institutionnel dans lequel ils prennent forme. Considérer le marché comme autorégulateur, c'est-à-dire comme mécanisme de mise en rapport de l'offre et de la demande par les prix, conduit à passer sous silence les changements institutionnels qui ont été nécessaires pour qu'il advienne et à oublier les structures institutionnelles qui le rendent possible. L'explication du marché par la maximisation du gain masque qu'il relève d'un processus institutionnalisé.

- A ces deux plans développés par Polanyi, on peut en ajouter un troisième sur lequel ont insisté beaucoup d'auteurs dont K. Marx (1965): l'identification de l'entreprise moderne à l'entreprise capitaliste. Dans une économie capitaliste fondée sur la propriété privée des moyens de production, la création de biens suppose un profit possible pour les détenteurs de capitaux. L'entreprise est une  "unité économique de profit" pour reprendre les termes de Weber (1991).

 

Un système à dominante capitaliste

Dans nos sociétés contemporaines, marché et capitalisme ont donc partie liée puisque c'est la complémentarité entre marché autorégulateur et entreprise de capitaux qui fait système. Mais sur les trois plans qui viennent d'être mentionnés, la société a réagi pour cantonner et circonscrire le marché capitaliste.

- Contre la réduction de l'économie au marché, le principe de la redistribution a été mobilisé. Un autre pôle est tout aussi constitutif de la modernité démocratique que l'économie marchande, celui de l'économie non marchande qui correspond à l'économie dans laquelle la distribution des biens et services est confiée à la redistribution. L'économie marchande n'a pu réaliser la promesse d'harmonie sociale dont elle était porteuse. Au contraire avec la montée de la question sociale, se fait jour la nécessité de promouvoir des institutions susceptibles d'en contrecarrer les effets destructeurs. Un autre principe économique que le marché, la redistribution, a été mobilisé à travers l'action publique. L'État social confère aux citoyens des droits individuels grâce auxquels ils bénéficient de protections.

- Contre la confusion entre marché et marché autorégulateur, un cantonnement du marché s'est opéré par son encadre-ment institutionnel. Des législations ont été introduites pour "socialiser" le marché, c'est-à-dire l'inscrire dans un ensemble de règles dont l'édiction résulte de décisions politiques. Loin de correspondre à la norme du marché concurrentiel parfait, les marchés existants sont régulés.

- A ceci, s'ajoutent des tentatives pour fonder et donner droit de cité à des entreprises non capitalistes. Contrairement aux entreprises capitalistes, certaines entreprises ne sont pas détenues par les investisseurs, mais par d'autres types de parties prenantes et, par conséquent, leurs objectifs se différencient de l'accumulation du capital. Dans l'évaluation de l'activité économique, ce sont d'autres critères que la rentabilité financière qui sont alors valorisés: l'accès à un approvisionnement, la qualité de prestation d'un service… Parmi les entreprises attestant de la diversité des types de propriétaires, figurent celles détenues par les travailleurs, les consommateurs… Elles relèvent de statuts juridiques regroupés sous l'appellation d'économie sociale, où la lucrativité est limitée et où la constitution d'un patrimoine collectif est favorisée (mutuelles, coopératives, associations).

L'économie marchande n'est donc pas la seule forme d'économie, pas plus que l'entreprise de capitaux n'est la seule forme d'entreprise. Les mutuelles et associations qui ont fourni dans le domaine de la protection sociale et des politiques sociales la matrice de nombre d'actions publiques continuent à être partie prenante dans la prévoyance collective comme dans les services sociaux, avec une dépendance accrue à l'État en termes de financement et de réglementation. La formation de ce vaste complexe d'économie non marchande valide l'intuition de Mauss selon laquelle la sécurité sociale constitue un prolongement de l'esprit du don, par le mixte d'obligation et de liberté contenu dans le principe de mutualisation. L'existence de cet ensemble confirme aussi la distinction qu'il avance entre système capitaliste et système à dominante capitaliste. Les institutions évolutives de l'économie font cohabiter des économies souvent opposées, dont les relations dissymétriques n'empêchent pas la co-présence. Il n'y a pas un mode unique d'organisation de l'économie qui serait l'expression d'un ordre naturel, mais un ensemble de formes de production et répartition qui coexistent: 

Il n'y a pas de sociétés exclusivement capitalistes […]. Il n'y a que des sociétés qui ont un régime ou plutôt ce qui est encore plus compliqué des systèmes de régime d'économie, d'organisation politique; elles ont des mœurs et des mentalités qu'on peut plus ou moins arbitrairement définir par la prédominance de tel ou tel de ces systèmes ou de ces institutions (Mauss, 1997, p. 565).

Pour Mauss, les représentations individuelles induisent des actions et pratiques sociales que les institutions normalisent par la politique traçant le cadre dans lequel les pratiques peuvent se déployer et influant en retour sur les représentations. Les institutions sont changeantes parce que ce sont des conventions sociales qui à la fois expriment et délimitent le champ des possibles; leur étude peut permettre d'acquérir "la conscience précise des faits et l'appréhension, sinon la certitude de leurs lois", elle aide aussi à se détacher de cette "métaphysique" dont sont imprégnés "les mots en isme" comme capitalisme (Mauss, 1997, p. 535). Affirmer l'existence d'une société capitaliste revient à supposer une coordination parfaite des représentations individuelles, il existe en réalité une dominante capitaliste puisqu' "un système économique se compose de mécanismes institutionnels contradictoires, irréductibles les uns aux autres."

 

Des pratiques et des politiques pour un pluralisme économique

En somme, pendant les Trente Glorieuses, l'économie empirique présente un alliage de libéralisme économique et de correctif social, toutefois le compromis qu'elle réalise a ses fragilités.

- Le monopole de la création de richesses par l'économie marchande y est avalisé. La croissance marchande doit être optimisée pour que les politiques sociales prennent le plus d'ampleur, puisqu'elles sont conditionnées par les prélèvements effectués sur l'économie de marché. Autrement dit, la solidarité est indexée sur les performances de l'économie marchande.

- Dans l'économie non marchande, les usagers se voyant garanti l'accès aux services grâce à la gratuité ou à la modicité des prix pratiqués sont parallèlement exclus de la conception de services qui leur sont pourtant destinés.

Confortée par l'écroulement des régimes communistes qui valide le slogan selon lequel il ne saurait y avoir d'alternative viable, l'offensive s'appuie sur ces deux ambiguïtés. L'hypothèse défendue est que le potentiel de l'économie de marché est entravé par un ensemble de règles paralysantes. Les politiques néolibérales emblématiques de la fin du vingtième siècle font confiance aux mécanismes de marché pour remplacer des régulations considérées comme porteuses de rigidités. Mais alors qu'on pensait assister à un triomphe culturel du capitalisme et que l'économie sociale, écartelée entre intégration sur le marché et complémentarité avec l'Etat social, avait perdu beaucoup de sa portée politique, une multitude d'initiatives sont apparues prônant l'adoption de comportements solidaires. Sur plusieurs continents, les collectifs foisonnent dans l'agriculture biologique, le commerce équitable, la consommation responsable, les énergies renouvelables, la microfinance, les monnaies sociales, les services de proximité, le tourisme solidaire… Ils dessinent les contours d'une économie qui renouent avec un projet de transformation de l'économie à partir d'engagements citoyens. D'où l'imbrication entre le mouvement de  "l'altermondialisation" et la reconnaissance des initiatives solidaires. Ce n'est pas un hasard si les débats des forums sociaux, mondiaux comme locaux ou continentaux, accordent une place grandissante à "cette autre économie" puisqu'il s'agit de relier la contestation politique de la globalisation actuelle à des pratiques de citoyenneté économique. Il s'agit tout en reconnaissant la légitimité de l'économie de marché de déconstruire le réductionnisme qui interprète toute forme économique à partir du seul intérêt matériel. L'étude historique et empirique des phénomènes économiques met en évidence leur réalité plurielle. Cette diversité est à renforcer par des moyens variés ; par exemple en ouvrant le service public à l'expression des citoyens qui en sont les usagers, en supprimant les discriminations négatives dont sont victimes les associations, en faisant place dans la législation à des entreprises dans lesquelles la propriété n'appartient pas aux détenteurs de capitaux mais aux parties prenantes de l'activité, tout en encadrant institutionnellement le marché par des règles ayant trait à la justice et aux droits sociaux.

A la suite de M. Callon (1999), on pourrait parler d'une nécessité de "cadrage-débordement" du marché, cadrage législatif, mais aussi débordement par le recours à d'autres principes économiques également légitimes. D'un côté il est nécessaire de "cadrer" le marché: de ce point de vue les initiatives solidaires, par leur connaissance du fonctionnement réel des marchés peuvent formuler des propositions précises pour qu'ils soient plus respectueux des nomes sociales et environnementales, ainsi le commerce équitable, par la voix du Réseau européen des magasins du Monde, a proposé un plan d'action international pour les matières premières agricoles. Mais le cantonnement des marchés, s'il est nécessaire, ne peut être suffisant. La figure du marché autorégulateur est performative il est indispensable, pour la "déborder", que soient pleinement reconnues d'autres formes de valorisation des biens et services. D'autres composantes de l'économie, associatives et publiques, sont à reconnaître pleinement.

Ce sont de nouveaux champs qui s'ouvrent pour les politiques publiques aux niveaux européen, national et local. Au niveau européen, les pouvoirs publics disposent d'un levier à travers les marché publics qui représentent 15% du produit intérieur brut de l'Union: les clauses sociales et environnementales peuvent y être promues au lieu que soit sacralisée la concurrence par les prix. De la même façon, comme c'est déjà pratiqué dans les régions de différents pays, les taxes et aides peuvent être modulées en fonction des externalités positives ou négatives que les entreprises engendrent sur la collectivité. Au niveau national, des législations récentes attestent de l'émergence d'entreprises sociales, prolongeant les statuts de l'économie sociale pour une prise en compte égalitaire des parties prenantes de l'activité économique (salariés, usagers, volontaires…): lois sur les coopératives sociales en Italie (1991), en Espagne (1999), lois sur la société en finalité sociale en Belgique (1995), au Portugal (1996), sur la société coopérative d'intérêt collectif en France (2001) et la community interest company au Royaume-Uni. Aux niveaux régional et local, les politiques économiques régionales ne peuvent se contenter d'inciter les entreprises à s'installer sur le territoires; de nouvelles politiques en faveur de l'économie solidaire s'élaborent: l'enjeu est d'importance puisqu'il est de remédier progressivement aux discriminations négatives dont sont victimes des initiatives qu'interviennent à la fois en faveur de la cohésion sociale, de l'emploi et de la démocratie participative. Encore faut-il que le principal message idéologique du libéralisme, à savoir que seul le marché capitaliste est créateur de richesses et d'emplois soit remis en cause par les élus.

L'articulation entre résistance et construction passe par l'introduction de logiques solidaires dans les actes économiques les plus courants. Une approche renouvelée du changement social se précise ainsi : la mise en débat de pratiques visant la démocratisation de l'économie permet de s'attaquer concrètement à la "naturalisation" de l'économie marchande dominante. Comme l'a montré Mauss, il s'agit tout en reconnaissant la légitimité de l'économie de marché de déconstruire le réductionnisme qui interprète toute forme économique à partir du seul intérêt matériel. L'étude historique et empirique des phénomènes économiques met en évidence leur réalité plurielle. Cette diversité est à préserver par des moyens variés; par exemple en ouvrant le service public à l'expression des citoyens qui en sont les usagers, en supprimant les discriminations négatives dont sont victimes les initiatives d'économie solidaire, en faisant place dans la législation à des entreprises dans lesquelles la propriété n'appartient pas aux détenteurs de capitaux, mais aux parties prenantes de l'activité, tout en encadrant institutionnellement le marché par des règles ayant trait à la justice et aux droits sociaux. Menacée par la volonté de puissance, la pluralité devient le gage d'une société humaine. Diversités politique et économique se soutiennent et s'entretiennent mutuellement, tout en renforçant les dialogues interculturels. Ce n'est pas un bouleversement brutal qui peut donner lieu à de telles transformations. A l'imaginaire de la rupture, succède un imaginaire des "hybridations", faisant référence à un monde moins inégalitaire où les choix économiques soient soumis à une appréciation politique permanente.

Ce qui importe, c'est qu'après les déceptions de la grande alternative et du social-libéralisme, une conception renouvelée des changements sociaux s'affirme. Pour la caractériser, tournons-nous une derrière fois vers Mauss (1997) évoquant des changements qui "ne commandent nullement ces alternatives révolutionnaires et radicales, ces choix brutaux entre deux formes de société contradictoires" mais qui "se font et se feront par des procédés de construction de groupes et d'institutions nouvelles à côté et au-dessus des anciennes." C'est dans cette direction qu'il est possible d'aller pour une opposition conséquente aux effets dévastateurs du capitalisme contemporain, dans la lignée de la pensée associationniste.

Sachant que les équilibres sociaux-démocrates du vingtième siècle ne peuvent plus être maintenus en l'état et que placer l'économie sous la dépendance du politique conduit au totalitarisme, le défi est d'inventer de nouvelles formes de régulation démocratique de l'économie. Cette exigence suppose de remettre en cause le principal message idéologique du néo-libéralisme, à savoir que seule l'économie de marché est créatrice de richesses et d'emplois. En effet, la réalité ne correspond pas à cette représentation, les formes d'économie sont plurielles. L'économie de marché cohabite avec une économie publique et aussi des prestations effectuées gratuitement dans des cadres familiaux, amicaux et associatifs. Il existe ainsi d'"autres économies" fondées sur les solidarités et il est important qu'au dénigrement systématique dont elles font l'objet fasse place une véritable connaissance les rendant plus visibles. Leur prise en compte et leur amplification est une condition pour que chacun puisse reprendre du pouvoir sur ses actes.

 

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Nota

1 Alfred Fouillée (1838-1912), Léon Bourgeois Victor-August (1851-1925) et Célestin Bouglé (1870-1940).

 

 

Recebido em 14.12.2007. Aprovado em 16.01.2008.

 

 

Tradução de Marie-Françoise Gérardin
Jean-Louis Laville
Docteur en Sociologie de l'Institut d'Études Politiques de Paris
Professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM, France)
Co-dirige avec A.D. Cattani la collection Sociedade e solidariedade: <www.editore.ufrgs.br> est paru dans la collection: G. C. de França, J.-L.Laville, Economia solidária, uma abordagem internacional, Porto Alegre, Editora da Universidade Federal do Rio Grande do Sul (UFRGS), 2004

Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM)
292 rue Saint-Martin F-75141
Paris - France
Cédex 03

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