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Psicologia: Teoria e Pesquisa

Print version ISSN 0102-3772On-line version ISSN 1806-3446

Psic.: Teor. e Pesq. vol.16 no.2 Brasília May/Aug. 2000

http://dx.doi.org/10.1590/S0102-37722000000200002 

L'Interdépendance Entre les Sous-systèmes Conjugal et Parental:
Une Analyse Personne-Processus-Contexte

Marc Bigras1
Université de Sherbrooke, Canada
Daniel Paquette
Université de Montréal, Canada

 

 

RÉSUMÉ - Dans le présent article nous étudions les mécanismes de transmission des difficultés socioaffectives entre les systèmes conjugal et parental sous l'effet d'une part de stress contextuels comme la pauvreté des familles et, d'autre part, des caractéristiques personnelles des membres de ces familles comme le sexe et l'âge de l'enfant. Un échantillon de couples avec ou sans enfant permet dans une première étude d'estimer l'impact de la présence de l'enfant sur le couple alors que deux autres études posent la question complémentaire de l'impact du couple sur l'enfant. Les résultats de ces études contribuent à démontrer l'interdépendance entre le couple et l'enfant alors que chaque membre de la famille peut-être une source d'influence sur les autres. Nous argumentons qu'une réponse aversive à des problèmes extrafamiliaux favorise des stress intrafamiliaux mais que cela se révèle surtout selon les caractéristiques des membres de la famille.

Mots-clés: développement social; relation parent-enfant; relation conjugale; transition parentale.

The Interdependence Between Marital and Parental Subsystems:
A Person-Process-Context Analysis

ABSTRACT - In this article we study the mecanisms of the transmission of socioaffective problems between two family subsystems, that is marital and parent-child relationship, under contextual stresses such as low income, and family member's characteristics such as child's age and gender. A sample of couples with or without a child allowed a first study to estimate the impact of the presence of the child on the marital relationship when the two other studies addressed the complementary issue of the impact of marital relationships on the child. Results of these studies contributed to demonstrate the interdependency of family's subsystems and underline the importance to consider each family member as source of influence on others. We also argue that an aversive response to extrafamilial stresses might lead to intrafamial relationship stresses, but the strenght of this link depends on characteristics of family members.

Key words: social development; parent-child relationship; marital relationship; transition to parenthood.

A Interdependência Entre os Subsistemas Parental e Marital:
Uma Análise da Pessoa-Processo-Contexto

RESUMO - Neste estudo, nós buscamos compreender os mecanismos de transmissão de dificuldades sócio-afetivas considerando, por um lado, o efeito do estresse contextual, como a pobreza das famílias, e, por outro lado, as características pessoais dos membros dessas famílias, como o sexo e a idade da criança. Uma amostra de casais com e sem filhos permitiu estimar, em um primeiro estudo, o impacto da presença da criança sobre o casal, enquanto os outros dois estudos colocam a questão complementar do impacto do casal sobre a criança. Os resultados dos três estudos contribuem para demonstrar a interdependência entre o casal e a criança e a importância de se considerar cada membro da família como uma fonte de influência sobre os demais. Nós argumentamos que uma resposta aversiva a problemas extrafamiliares favorece o estresse nas relações intrafamiliares, embora esta associação dependa, sobretudo, das características dos membros da família.

Palavras-chave: desenvolvimento social; relação genitores-criança; relação marital; transições para a paternidade.

 

 

L'étude de la famille est maintenant influencée par les travaux qui veulent comprendre les échanges interpersonnels proximaux en tenant compte à la fois des caractéristiques des individus et des situations sociales que vivent les familles. Selon cette perspective, la qualité de l'interaction entre les membres d'une même famille ne dépend pas seulement des comportements émis de part et d'autre, elle dépend aussi des caractéristiques de chacun, de l'historique des échanges qui façonne une relation spécifique à une dyade et par la nature des relations entretenues avec d'autres membres de la famille, avec le voisinage ou avec la communauté (Bronfenbrenner, 1986; Hinde, 1976; Radke-Yarrow, Richters, & Wilson, 1988).

Nous proposons d'étudier les liens entre le contexte social, les processus d'interactions familiales et les caractéristiques individuelles des personnes en cause lors d'une période importante du développement familial, soit la transition qui mème le couple vers la parentalité. Le couple constitue le noyau de la famille, il est souvent le plus stable de ses sous-systèmes car il existe avant l'arrivée des enfants et bien souvent au-delà de leur départ. Une relation de couple de qualité peut consolider la fonction parentale des conjoints en favorisant la cohésion et le soutien mutuel en cas de besoin alors que le rôle de parent nécessite souvent le réconfort, l'appui moral ou matériel que peut apporter un conjoint attentif. Toutefois, lorsqu'il y a des mésententes dans le couple, spécialement à propos des enfants, il est possible que la fonction parentale des conjoints en soit touchée et que cela produise en retour un effet négatif sur le développement de l'enfant. À l'heure où les familles des sociétés industrialisées vivent un démembrement par le divorce et la faible natalité, nous visons par le présent article à jeter un éclairage sur les mécanismes d'adaptation des parents et des enfants à des stress normatifs comme la transition à la parentalité de manière à alimenter la programmation de services de soutien aux nouvelles familles.

Pour composer avec le jeu complexe des facteurs en cause dans une transition familiale accomplie, nous adopterons le modèle "contexte-processus-personne" qui s'inspire des travaux de Bronfenbrenner (1999), portant sur un modèle bioécologique selon lequel l'impact d'un quelconque facteur sur les processus internes familiaux dépend des caractéristiques des personnes concernées. Par exemple, Bronfenbrenner (1986) cite des travaux suggérant que le travail des mères à l'extérieur (facteur extrafamilial) a un effet négatif sur les garçons, mais positif sur les filles (caractéristique de la personne) puisque, grâce à l'identification sexuelle (processus intrafamilial), ces dernières développent une perception positive du rôle féminin proposé par leur mère. Dans le même sens, Crokenberg (1981) note que l'isolement familial (facteur extrafamilial) est associé négativement à l'établissement d'une relation mère-enfant sécurisante (processus intrafamilial) surtout lorsque l'enfant a un tempérament difficile (caractéristique de la personne). L'auteur en conclut que l'effet bénéfique du soutien instrumental et émotif pour la fonction maternelle vaut surtout lorsque les processus normaux d'attachement sont compromis dû aux caractéristiques du bébé.

Dans la présente étude nous nous attarderons précisément à comprendre les mécanismes de transmission des difficultés entre les processus des interactions conjugales et des interactions entre la mère et l'enfant. Ces processus de la résolution de conflit interpersonnel ou la sensibilité parentale seront considérés dans le contexte des facteurs intrafamiliaux et extrafamiliaux tels que l'isolement et la pauvreté des familles ou les caractéristiques personnelles comme le sexe et l'âge de l'enfant.

Le couple et l'enfant

Dans une récente méta-analyse portant sur 68 études, Erel et Burman (1995) concluent que l'association entre la qualité de la relation conjugale et la qualité de la relation avec l'enfant est modérément positive, mais robuste. De plus, d'autres recensions concluent que de 10 à 20 % de la variance dans l'adaptation socioaffective de l'enfant est explicable par la qualité de la relation conjugale (revue par Emery, 1982; Grych & Fincham, 1990). Bien que cette association entre les deux principaux sous-systèmes familiaux fait consensus, une question demeure pour les chercheurs et les cliniciens: quels sont les mécanismes entrant en jeu dans la transmission des troubles conjugaux aux enfants? Théoriquement, les parcours des influences sont sans doute multiples (voir Erel & Burman, 1995, pour une revue exhaustive). Il est possible que les enfants profitent d'une relation conjugale satisfaisante lorsqu'elle prédispose les conjoints à être des parents attentionnés et chaleureux. Il est aussi possible que les conjoints qui vivent en harmonie soient les premiers modèles de partenaires sociaux positifs pour les enfants qui reproduiraient dans un contexte comme celui de la crèche, les comportements exposés et valorisés à la maison. La voie inverse est également possible: les enfants peuvent affecter la qualité des échanges dans le couple lorsqu'ils ont un tempérament difficile ou que, par leur présence souvent exigeante, ils affectent l'intimité entre les parents.

Comme nous adoptons une perspective bioécologique nous estimons que les mécanismes qui peuvent expliquer les effets du couple sur l'enfant sont liés vraisemblablement aux caractéristiques de ce dernier, notamment en ce qui a trait à son niveau de développement cognitif ou socioaffectif. Par exemple, comparativement au nourrisson, l'enfant d'âge préscolaire peut être plus directement affecté par les mésententes conjugales puisqu'il dispose déjà d'un certain nombre d'habiletés, comme la parole et la prise de perspective permettant normalement de faire sa place comme membre à part entière de la famille. Toutefois, ces nouvelles capacités cognitives font également que l'enfant peut être plus sensible qu'un enfant plus jeune aux diverses manifestations des conflits familiaux tels que les agressions verbales. Par ailleurs, l'apprentissage des rôles sociaux à l'âge préscolaire pourrait aussi expliquer la transmission des difficultés du couple vers l'enfant. Les couples en difficulté tendent à adopter des attitudes qui mènent soit à l'escalade des conflits, soit à l'évitement (Gottman, 1993). Or il semble que les enfants de ces familles perturbées manifestent davantage de troubles de comportement comme l'agressivité, la colère ou la résistance à l'adulte hors de la famille plutôt que des problèmes émotifs comme l'isolement social, l'anxiété, la dépression ou la somatisation (Emery & O'Leary, 1982; Jouriles, Murphy, & O'Leary, 1989). Cet isomorphisme entre les problèmes du couple et ceux qui sont manifestés par l'enfant vient appuyer la thèse de l'apprentissage social car l'une des caractéristiques des couples non fonctionnels est l'utilisation abusive de stratégies négatives de résolution de problèmes interpersonnels et, dans un autre contexte, l'enfant peut reproduire ce qu'il connaît avec ses pairs ou avec les adultes qu'il rencontre. Le fait que ce comportement soit davantage typique du garçon peut aussi s'expliquer par le processus de la sélection des modèles qu'opère l'enfant, alors qu'il pourrait être exposé à des actes violents et dominateurs manifestes, dont on retrouve une plus grande incidence chez les pères de famille.

Dans une perspective bidirectionnelle, l'effet de l'enfant sur son milieu présente un objet d'étude tout aussi pertinent que l'effet inverse. Bien que l'étude de la contribution spécifique de chacun des partenaires familiaux présente un certain nombre de difficultés conceptuelles et méthodologiques, l'étude des caractéristiques individuelles des membres de la famille peut nous en apprendre beaucoup sur l'évolution des interactions. Il est plus facile d'observer les effets de l'enfant par l'examen des conditions initiales des interactions familiales, comme lorsque l'on étudie la qualité de la relation conjugale avant et après la naissance de l'enfant. Par ailleurs, l'effet de l'enfant sur le couple peut être estimé plus facilement lors de l'étude des caractéristiques stables de l'enfant comme son tempérament ou son sexe. C'est ainsi que l'idée que la naissance d'un enfant ou la présence d'un ou de plusieurs enfants peuvent agir sur le système familial a conduit à des recherches qui portent notamment sur la transition parentale dans le but de déterminer dans quelle mesure la qualité de la relation conjugale évolue avant et après la naissance de l'enfant. Il existe là aussi un consensus quant à l'effet négatif de la présence d'un enfant sur la qualité de la relation conjugale; cependant, l'ampleur du phénomène et les processus en cause restent des sujets de controverse depuis près de trente ans (notamment Anderson, Russell & Schumm 1983; Belsky, Spanier & Rovine, 1983; Miller & Sollie, 1980; Wallace & Gotlib, 1990). Il est probable que les parents partagent moins d'activités gratifiantes et intimes car ils doivent consacrer temps et investissement à leur enfant. Comme le suggèrent aussi certains auteurs, l'avènement de l'enfant peut apporter des changements dans la nature des relations entre les parents en favorisant les échanges instrumentaux au détriment des échanges affectifs (Belsky, Lang, & Huston, 1986). Selon d'autres travaux, l'entente entre les parents sur la façon d'éduquer les enfants constitue une connexion importante entre les sous-systèmes conjugaux et parentaux (Jouriles, Murphy, Farris, Smith, Ritchers, & Waters, 1991). Les conflits conjugaux à propos des enfants pourraient augmenter le stress parental et conjugal en se traduisant par l'adoption de stratégies de négociation aversives, qui peuvent avoir des répercussions sur certains aspects de la vie conjugale comme l'intimité ou la satisfaction conjugale en général.

Le sexe de l'enfant est également une caractéristique qui peut affecter la qualité des interactions familiales. Les études montrent que dès l'âge préscolaire on peut identifier certains problèmes socioaffectifs spécifiques selon le sexe de l'enfant, notamment que les garçons présentent jusqu'à quatre fois plus de troubles de la conduite que les filles (LaFreniere, Dumas, Capuano, & Dubeau, 1992). On explique souvent les problèmes sociaffectifs des garçons comme étant le résultat d'une combinaison des facteurs constitutionnels et environnementaux. Par exemple, la présence de modèles délinquants dans l'environnement familial peut exacerber les prédispositions des garçons à manifester des comportements agressifs et antisociaux (voir Lytton, 1990, pour une discussion). La plus grande vulnérabilité à toutes sortes de stress et les comportements agressifs ou antisociaux que l'on retrouve surtout chez les garçons pose alors la question de l'effet que peut avoir ce dernier sur le parent. Certaines études vont dans ce sens lorsqu'elle démontre que, par exemple, les mères monoparentales ou isolées vivraient davantage de stress parental lorsqu'elles ont des enfants agressifs ou au tempérament difficile (Bigras, M. & LaFreniere, 1994; Crokenberg, 1981; Éthier & LaFreniere, 1993). Ainsi, à la liste des facteurs stressants sur la relation parent-enfant, tels les conflits conjugaux, on peut ajouter l'interaction parent-garçon comme source intrafamiliale de stress. Mais ces liens entre les deux sous-sytèmes parent-parent et parent-garçon n'ont pas été encore testés à notre connaissance; nous proposons de le faire dans cet article.

Selon Bronfenbrenner (1986), aux sources de stress intrafamiliaux s'ajoutent des facteurs extrafamiliaux qui peuvent influencer directement l'enfant car, à l'instar de la famille, ils représentent des contextes de développement. Mais ces facteurs extrafamiliaux peuvent avoir aussi une influence indirecte sur l'enfant s'ils touchent la qualité de vie des adultes et, ce faisant, leur disponibilité à jouer pleinement leur rôle parental. Par exemple, on retrouve en effet davantage de parents violents, abuseurs ou négligents dans les populations de milieux défavorisés (Chamberland, Bouchard, & Beaudry, 1986). Les parents de ce type de famille sont également caractérisés par une tendance au repli social puisqu'ils semblent entretenir moins de contacts sociaux positifs avec leur voisinage, avec les organisations communautaires ou avec les services sociaux (Dumas, 1986). En ce sens, les familles isolées ne peuvent souvent pas profiter de la confiance en un ami ou de ses conseils; or ce recours pourrait désamorcer certains conflits intrafamiliaux comme ceux qui peuvent confronter les parents et les enfants. Les études montrent en effet que dans les familles isolées et pauvres il y a davantage de conflits conjugaux (revue par Voydanoff, 1990) et les parents sont plus négatifs et autoritaires avec leurs enfants (Crittenden, 1985; Jennings, Stagg, & Connors, 1991). Ces études suggèrent que les individus soumis au stress de la rareté des ressources matérielles adopteraient des attitudes parentales plus souvent erratiques, relâchées et même hostiles à l'égard des enfants. En faisant une utilisation incohérente des renforcements positifs ou de la punition, certaines pratiques parentales des sous-cultures pauvres auraient pour effet d'augmenter les comportements antisociaux des enfants. La fréquence de plus en plus élevée de comportements agressifs et d'opposition chez l'enfant entraînerait en retour une réponse parentale plus négative; ce qui concourt à la longue à une escalade de conflits parent-enfant (Dumas, 1986; Patterson, 1982).

Rappelons que le but de cette recherche est d'examiner l'hypothèse selon laquelle il y a l'interdépendance des sous-systèmes parent-parent et parent-enfant et que cela s'articule différemment selon le contexte extrafamilial (isolement et pauvreté) et selon les caractéristiques de l'enfant. Pour y arriver, nous présentons trois études. La première étude empirique porte sur plus de deux cents sujets et compare des groupes de couples sans enfant et avec enfant dans le but de considérer l'hypothèse d'un effet négatif de la présence de l'enfant sur la qualité de la relation conjugale. En tirant profit d'une méthodologie originale, cette étude tente de voir quels sont précisément les processus proximaux dans le couple qui sont atteint par la présence de l'enfant. Les résultats de cette étude mènent à la deuxième, laquelle porte sur un autre échantillon d'une centaine d'enfants d'âge préscolaire et leur famille, en examinant cette fois la qualité de la présence parentale auprès de l'enfant, surtout lorsque la famille est soumise à divers stress intrafamilaux comme celui qui est associé aux conflits conjugaux exposés dans la première étude, et extrafamiliaux, comme l'isolement social et le stress dû au manque de ressources économiques. De plus, comme nous l'avons vu, des conditions familiales défavorables pourraient rendre la relation mère-garçon plus difficile et devenir elle-même une source d'échanges négatifs, cette étude entend donc évaluer l'effet du stress associés à la relation mère-enfant. Enfin, la troisième étude s'attarde à un modèle prédictif de la qualité d'un processus développemental important dans la vie du nourrisson, soit la sensibilité maternelle. Nous mettrons précisément à l'épreuve le modèle contexte-processus-personne en considérant les effets partagés ou combinés entre, d'une part, des caractéristiques individuelles de la mère et du nourrisson et, d'autre part, le contexte du soutien accordé par le père à travers la relation de couple.

 

Étude 1

Sujets

L'étude porte sur l'impact de la présence de l'enfant sur la relation conjugale de 168 conjoints ayant des enfants ou non, âgés de 20 à 43 ans, soit 84 hommes (moyenne d'âge = 31.3, E.T. 5.7) et 84 femmes (moyenne d'âge = 29.5, E.T. 5.6) de statut socio-économique de moyen à moyen supérieur. Les couples sans enfant (45 couples) ont été recrutés par l'entremise des médias locaux. Quant aux couples avec enfant (39), ils ont été rejoints grâce aux crèche de quartier. Étaient invités à participer au projet de recherche les parents dont l'enfant aîné était âgé de 3 à 5 ans (21 filles et 24 garçons). Dans cet échantillon, les couples avec enfant se distinguent des couples sans enfant par des moyennes plus élevées pour l'âge des conjoints (F (1, 82) = 1.05, p < .001), pour le nombre d'années de vie commune (F (1, 82) = 1.00, p < .001) et pour le revenu (F (1, 82) = 1.43, p < .001).

Mesures

Le Q-Sort sur la Qualité de la Relation Conjugale (Q-RC) (Lacharité, LaFreniere, & Bigras, 1991). La méthodologie du Q-RC est celle du choix forcé qui favorise la comparaison statistique entre les descriptions faites par les sujets. Chaque conjoint est invité à distribuer 100 descriptions de comportements et d'attitudes inscrites sur des petites cartes. On accorde un score de un à neuf aux items selon que le sujet considère chacune des cartes sur un continuum allant d'»extrêmement typiques» (9) à «extrêmement atypiques» (1). Il existe trois possibilités analytiques à partir du classement des items2. Nous avons retenu l'analyse comparative des items pour les fins de cette étude: il s'agit de la comparaison de la position des items entre deux Q-RC (ex.: un homme et une femme d'un même couple), ou de la comparaison de la position moyenne ou médiane des items entre deux groupes de Q-RC (ex.: couple avec enfant vs couple sans enfant). La moyenne des corrélations lors d'un test-retest s'élève à .71. La validité concomitante, établie sur les indices globaux du Q-RC et du Échelle d'Ajustement Dyadique E.A.D. (Spanier, 1976) s'élève à -.56.

Résultats

L'analyse comparative des items (tableaux 1 et 2) dresse un portrait détaillé des relations conjugales de nos sujets. Les tests-t sont effectués sur la centaine d'items pour les deux groupes. En rejetant l'hypothèse nulle pour un alpha inférieur à .01, on doit s'attendre à une différence significative obtenue au hasard. Or, 26 items indiquent des différences significatives. De plus, au hasard, les items négatifs et positifs devraient se distribuer également dans les deux groupes. Ici, nos résultats montrent que la quasi-totalité des items positifs se trouvent plus typiques pour les couples sans enfant et que les items négatifs sont plus typiques des couples avec enfant. Pour les couples sans enfant, les items indiquent en effet une vie sexuelle et affective harmonieuse (item 34, 35, 47, 66, 67, 88) un sentiment d'implication réciproque (item 4, 46, 56) et de plaisir partagé (item 57, 90, 92, 98). Tandis que pour les couples avec enfant, les items caractéristiques décrivent à l'inverse des rapports de négociation difficiles qui passent par l'évitement des conflits (item 16, 49, 71, 97) ou par l'affrontement négatif ou stérile (item 9, 13, 19, 31, 45).

 

Étude 2

Sujets

Cette étude de la qualité des échanges mère-enfant sous l'influence des facteurs extrafamiliaux et le sexe de l'enfant porte sur un échantillon de 97 mères et leurs enfants, tiré d'un échantillon original de 262 familles francophones de la région de Montréal. Ce sous-échantillon est constitué de manière aléatoire afin qu'il soit représentatif des familles biparentales de la région montréalaise et dont un enfant d'âge préscolaire fréquente la garderie au moins trois jours semaine. Ces enfants, 54 filles et 45 garçons, sont âgés de 31 à 70 mois. Environs le tiers des familles vivent d'un revenu familial modeste, c'est-à-dire de moins de 30 000 $. Dans la même proportion, les parents ont une scolarité égale ou inférieure au diplôme d'études secondaires. Un autre tiers des familles représente la classe moyenne: elles disposent d'un revenu familial variant de 30 000 $ à 50 000 $ et les parents détiennent l'équivalent d'un diplôme d'études collégiales. Le dernier tiers est composé de familles à scolarité et à revenu élevés.

Mesures

Qualité de l'interaction et de la sociabilité de la mère et de l'enfant (mesure libéralement adaptée de Matas, Arend, & Sroufe, 1978): Prétextant qu'une collation est offerte entre deux expérimentations, nous présentons deux paires mère-enfant étrangères l'une à l'autre, appariées selon les caractéristiques communes des enfants, soit le sexe, l'âge et le Profil Socio-Affectif (PSA) (LaFrenière et al., 1992), un indice de développement estimé par les éducatrices de la crèche. Nos quatre sujets et une petite table, sur laquelle il y a un repas léger, font face à la caméra. La séance, de 15 minutes environ, a pour but de reproduire un contexte naturel et relativement fréquent qui peut mettre en valeur la qualité de l'interaction mère-enfant et la sociabilité de chacun. Quatre observateurs, deux hommes et deux femmes, évaluent les comportements et la sociabilité de la mère et de son enfant entre eux et à l'égard des étrangers. Ainsi, à chaque période de trois minutes, les observateurs portent un jugement sur 11 dimensions regroupées en 5 échelles; qualité du contact, de la supervision, de la présence et de la sociabilité de la mère, puis la sociabilité de l'enfant. Pour chaque dimension un score de 0 à 2 est attribué, puis une moyenne des scores standardisée est calculée pour l'ensemble des séances d'observation qui ont trait à chaque échelle. L'accord inter-juge est calculé à partir de l'observation faite sur un quart des familles (sélection aléatoire au début, au milieu et à la fin de la période de décodage). L'indice de fidélité des échelles varie de .72 à .90 selon la formule Spearman-Brown.

Stress parental: Le niveau de stress parental perçu par la mère est évalué par le questionnaire de l'ISP (Indice de Stress Parental) qui atteint un niveau de validité et de fidélité acceptable et qui discrimine entre les groupes de parents référés ou non en clinique (Bigras, LaFreniere, & Abidin, 1996). Le questionnaire s'adressant à la mère comprend 100 propositions qui touchent soit sa perception des difficultés de l'enfant, soit l'auto-évaluation de son rôle auprès de l'enfant. Ces questions peuvent être regroupées en une échelle globale de stress parental.

Relation conjugale: 1. L'Échelle d'Ajustement Dyadique (E.A.D.). Le questionnaire de 32 propositions comprend une échelle totale d'ajustement dyadique et quatre sous-échelles: (a) consensus, (b) cohésion, (c) satisfaction, et (d) affectivité. La traduction de la mesure semble conserver les principales caractéristiques de l'instrument original en ce qui concerne la fidélité de l'échelle totale (.91) et la structure factorielle du questionnaire demeure sensiblement la même (Baillargeon, Dubois, & Marineau, 1986). 2. L'Indice de Conflits Conjugaux (I.C.C.). Ce questionnaire de type Likert comprend 19 propositions tirées du Q-RC (voir étude 1) et maintenant distribuées sur 2 échelles soit 1- réciprocité négative et 2- évitement des conflits (Alpha de Cronbach respectivement .73 et .77). L'utilisation de l'indice de conflits conjugaux vise à apporter un complément au E.A.D. puisqu'il ne touche pas à certaines dimensions comme la satisfaction conjugale. Les échelles totales des deux instruments sont corrélées modérément (r = -.49).

Indice d'isolement social: A l'aide d'un questionnaire portant sur la fréquence des contacts sociaux nous formons un score d'isolement social apparenté au travaux portant sur les mères dites "insulaires" (Dumas, 1986). Il s'agit de la moyenne des contacts, de jamais à régulier (échelle en quatre points) de la mère avec ses parents, amis, collègues de travail et contacts avec les professionnels de la santé, ce qui donne un score total d'isolement social qui varie de 0 à 4 points.

Indice de risque psychosocial: Les informations tirées d'un questionnaire de renseignements généraux sont codées de manière à obtenir un indice de risque psychosocial. Il s'agit d'un composite de 6 variables, soit (a) le revenu familial, (b) la scolarité de la mère, (c) la scolarité du père, (d) le nombre de pièces dans la maison, (e) propriétaire ou locataire du logement, et (f) le nombre d'enfant dans la famille. Chacune de ces variables est codée en trois niveaux de risque pour la famille. Par exemple, la variable "revenu familial" est codée de la manière suivante: 0 (aucun risque) = revenu familial égal ou supérieur à 50 000 $, 1 (risque moyen) = revenu compris entre 30 000 $ et 49 000 $ et 2 (risque élevé) = revenu de 29 000 $ ou moins. Une moyenne des cinq scores représente l'indice de risque psychosocial.

Résultats

L'examen des données se fait d'abord par la comparaison des moyennes entre les filles et les garçons en ce qui concerne les facteurs de stress maternel, conjugal et de risque psychosocial. Dans un deuxième temps, les corrélations dressent un portrait des variables familiales et extrafamiliales associées aux échelles qui rendent compte de la qualité de l'interaction mères-filles et mères-garçons.

La comparaison des moyennes n'indique aucune différence significative entre les garçons et les filles quant à la qualité de l'interaction avec leur mère. Aucune différence significative n'est observée non plus entre les filles et les garçons en ce qui concerne le niveau de stress rapporté par la mère, le degré de conflit conjugal, l'isolement social et le niveau de risque psychosocial de la famille.

La prochaine série d'analyses consiste à corréler les stress familiaux et extrafamiliaux en contrôlant pour l'âge des enfants, étant donné l'étendue appréciable de cette caractéristique chez nos sujets. Le tableau 3 présente ces corrélations partielles pour les deux sexes. Les résultats significatifs expliquant de 7 à 54 % de la variance indiquent que le stress maternel, les conflits conjugaux, l'isolement social et le risque psychosocial sont associés négativement à la qualité des comportements maternels à l'égard de l'enfant. Ces patrons de résultats semblent particulièrement clairs dans le contexte de l'interaction mère-garçon. En effet, la transformation des corrélations partielles en score Z révèle des différences significatives indiquant que les contacts et la présence maternelle auprès des garçons sont associés négativement aux stress familiaux et extrafamiliaux et ce davantage qu'auprès des filles.

 

Étude 3

Sujets

Cette étude porte également sur la qualité des échanges mère-enfant mais cette fois avec 97 adolescentes primipares. Ces adolescentes sont recrutées dans les quatre foyers de groupe des Centres Jeunesse de Montréal ainsi qu'à l'École Rosalie-Jetté, en moyenne à leur 26e semaine de grossesse et elles sont âgées entre 13 et 18 ans au moment de l'accouchement. Les mères et leur enfant ont été évalués lorsque ce denier était âgé de 4 mois. Le choix des mères adolescentes s'explique par le fait qu'elles offrent à leurs enfants les conditions propices à l'apparition et au maintien des comportements agressifs. Elles sont en effet plus pauvres et moins scolarisées, plus stressées et plus isolées que les mères adultes, elles ont plus souvent une histoire de troubles de comportement, de maltraitance ou de dépression. Les mères adolescentes sont réputées moins sensibles aux signaux de leur enfant et plus enclines à utiliser la punition (Paquette, Bigras, Normandeau, & Zoccolillo, 2000).

Mesures prénatales

Les participantes ont complété des questionnaires durant leur grossesse concernant leur préparation à la parentalité (connaissances et attitudes) et leur soutien social. En ce qui concerne l'évaluation du contexte familial deux instruments sont utilisés auprès des mères, l'Échelle d'Ajustement Dyadique (E.A.D.) et le Arizona Social Support Interview Schedule (Barrera, 1980), un questionnaire auto-rapporté qui sert à évaluer l'étendue de soutien social actuel (7 énoncé; Alpha: .77), le besoin de soutien et la satisfaction quant au soutien reçu. De plus, afin d'évaluer le Niveau de Préparation à la Parentalité (N.P.P.) (Paquette & Morrisson, 1999). Nous calculons un index en additionnant les scores z de quatre échelles intercorrélées de la connaissance et des attitudes rapportées par les futures mères quant à l'éducation du nourrisson. Ces échelles sont tirées de l'Adult-Adolescent Parenting Inventory (Bavolek, 1998) et de Knowledge of Infant Development Inventory (McPhee, 1981). Un résultat élevé à l'N.P.P. suggère que la répondante a une bonne connaissance du développement de l'enfant et des pratiques parentales appropriées et qu'elle favorise l'empathie et décourage l'utilisation de la punition physique à l'égard de l'enfant.

Sensibilité maternelle

Lorsque les enfants ont eu 4 mois, les dyades ont été filmées dans un contexte de jeu libre afin d'évaluer la sensibilité parentale grâce au CARE-Index (Crittenden & DiLalla, 1988). Le décodage couvre sept dimensions (ex.: expression faciale ou vocale) regroupées en trois échelles pour la mère: sensibilité, contrôle, et passivité, et quatre échelles pour l'enfant: coopératif, difficile, passif, et accomodant-compulsif. L'étude portant sur le développement de l'instrument démontrent que ses échelles sont fidèles et valides (Crittenden & DiLalla, 1988). Dans la présente étude, l'accord moyen entre les juges entraînés est de .85 (Kappa).

Résultats

Dans le but de déterminer comment le processus de sensibilité parentale peut être affecté par les caractéristiques des membres de la famille et les conditions sociales dans lesquelles ils vivent, nous avons d'abord testé l'hypothèse selon laquelle les mères pourraient être plus ou moins sensibles selon que leur bébé est une fille ou un garçon (tableau 4). Ensuite nous reprenons essentiellement la stratégie analytique proposée dans l'étude 2 en corrélant les variables contextuelles comme le soutien social (Barrera, 1980) au processus d'interaction parent-enfant (CARE-Index) en séparant les garçons des filles.

 

 

Les résultats indiquent, à l'instar de l'étude 2 portant sur des mères ayants des enfants d'âge préscolaire, qu'il n'y a pas de différence quant à la sensibilité maternelle (contrôle, sensibilité et passivité) à l'égard des garçons ou des filles. Les enfants ne se comportent pas différemment non plus à l'égard de leur mère selon qu'ils sont des garçons ou des filles pour ce qui a trait à l'accomodation-compulsive, leur passivité ou leur comportement difficile. Toutefois, comparativement aux filles, les garçons se montrent significativement moins coopératifs (t = 2.36, p < .05).

Par ailleurs le tableau 4 indique que les variables mesurées avant la naissance de l'enfant, comme le soutien social ou le niveau de préparation à la parentalité, sont associées de façon différente à la sensibilité des mères selon le sexe du nourrisson. Ainsi, moins les mères sont préparées avant la naissance plus elles sont contrôlantes, insensibles et passives à l'égard des garçons. Par contre, plus elles ont du soutien social, moins elles sont contrôlantes avec leur fille. Les mères qui rapportent plus de soutien social sont aussi moins passives avec les garçons comparativement aux filles. Cette analyse, contrairement à l'étude 2, ne montre pas d'association particulière entre la qualité de la relation conjugale rapportées par la mère et ses comportements à l'égard de l'enfant en fonction du sexe. De façon générale la mère est moins contrôlante et plus sensible lorsqu'elle est satisfaite dans son couple, quelque soit le sexe de son enfant.

 

Discussion

Les résultats combinés des trois études suggèrent l'interdépendance des sous-sytèmes parent-parent et parent-enfant. D'une part, les résultats de la première étude suggèrent que la présence de l'enfant affecte négativement le système conjugal, en particulier les processus de résolution des problèmes interpersonnels. D'autre part, les deux autres études suggèrent que la qualité de la relation conjugale peut avoir un effet sur l'enfant de deux façons. Premièrement, les conflits conjugaux sont associés aux comportements maternels froids et distants à l'égard de l'enfant, ce qui peut affecter la base de sécurité de ce dernier et, conséquemment, son développement affectif; deuxièmement, les échanges négatifs des parents peuvent servir aux enfants de modèles de comportements sociaux. Finalement les deux dernières séries de résultats confirment que les influences intrafamiliales dépendent à la fois du contexte extrafamilial et des caractéristiques des membres de la famille.

Précisément, la comparaison entre les couples sans enfant et avec enfant suggère que la qualité de la relation conjugale est affectée négativement par la présence d'un enfant. Les couples qui ont des enfants semblent vivre moins de romantisme et plus d'échanges négatifs engendrés par des conflits. Ces résultats confirment les études précédentes (Anderson, Russell, Schumm, 1983; Belsky, Spanier, & Rovine, 1983; Miller & Sollie, 1980; Wallace & Gotlib, 1990). Toutefois, l'information nouvelle sur les difficultés associées à la présence de l'enfant à trait à l'observation d'un recours à des stratégies de résolution des conflits basées sur l'évitement ou sur l'escalade des conflits. Ces résultats suggèrent de considérer la parentalité comme une source potentielle de conflits conjugaux puisque la présence de l'enfant apporte des responsabilités, des choix et des tâches que n'ont pas les couples sans enfant. L'augmentation du nombre de ces mises en situation de négociation peut se traduire par l'adoption de stratégies de négociation aversives qui ont des répercussions sur d'autres aspects de la vie conjugale, comme l'intimité ou la satisfaction conjugale en général.

Les résultats de la deuxième et de la troisième étude indiquent que les mères qui rapportent davantage de conflits conjugaux sont en général plus distantes, plus froides et moins disponibles à l'égard de leurs enfants. Cette conclusion qui découle de données observationnelles confirment les conclusions généralement obtenues par des questionnaires remis aux parents. Il est probable que pour ces mères, le couple n'offre pas le lieu de réconfort et de soutien utile pour qu'un parent soit attentif et disponible (Belsky et al., 1983, 1986). Ainsi, les problèmes de couple peuvent être défavorables aux enfants car les femmes, dont les besoins personnels sont insatisfaits, peuvent être moins disponibles émotivement pour jouer pleinement leur rôle de mère. Les résultats de la troisième étude suggèrent que l'adaptation sociale et affective du nourrisson pourrait être aussi affecté par des difficultés conjugales puisque l'insensibilité maternelle associée à ces difficultés est un des processus principaux par lequel s'établit l'insécurité de l'attachement chez l'enfant (Dewolff & van Ijzendoom, 1997).

D'une part, l'originalité de l'étude 2 a trait à l'importance des processus de négociation dans l'étude de l'influence du couple sur l'enfant. L'évitement ou l'escalade des conflits conjugaux sont associés aux échanges négatifs mère-enfant, ce qui n'est pas le cas de l'insatisfaction conjugale rapportée par la mère à l'aide de l'E.A.D. C'est plutôt le style interactif des mères en situation de problème interpersonnel qui semble le processus qui nuit à l'interaction avec l'enfant. Notons qu'à l'âge préscolaire, le partenariat mère-enfant s'approche de plus en plus de la relation de type "donnant, donnant" qui caractérise la plupart des couples: une relation où la négociation des rôles, de l'autonomie et de l'interdépendance de chacun est un exercice fréquent (Ainsworth, 1990; Cicchetti, Cummings, Greenberg, & Marvin, 1990). Alors, il est possible que les mères utilisent le même répertoire de stratégies de négociation des rôles ou de l'autonomie avec son enfant et avec son conjoint, ce qui expliquerait l'observation d'une association de difficultés dans les deux sous-systèmes familiaux.

Outre le fait que les difficultés familiales peuvent générer de l'insécurité chez l'enfant, il existe vraisemblablement d'autres processus qui peuvent expliquer la corrélation entre les conflits conjugaux et les comportements de l'enfant. Les résultats de la deuxième étude paraissent soutenir la thèse de l'apprentissage social dans l'acquisition des répertoires de comportements sociaux. En effet, on note que les enfants sont moins sociables face à autrui lorsque les mères rapportent un haut niveau de conflits conjugaux dans la famille. Il est possible que les enfants reproduisent des comportements de fermeture, de rigidité et de froideur exposés par des parents qui vivent des mésententes (Patterson, 1982). A cet égard, la sociabilité des mères est associée positivement à celle des filles plutôt qu'à celle des garçons. Le processus d'identification sexuelle est reconnu comme favorisant l'acquisition chez l'enfant de certains comportements exposés par le parent de même sexe (voir Sroufe, Cooper, & Dehart, 1990).

Les résultats de nos recherches confirment également que les processus intrafamiliaux peuvent être affectés par certains facteurs dits extrafamilaux. Nous observons en effet que la qualité de l'interaction mère-enfant est associée à l'indice de risque psychosocial, au soutien ou à l'isolement social. Les membres du réseau social de la famille sont en mesure d'offrir des conseils et du soutien affectif, ce qui peut changer considérablement la perception des stress que vivent les parents. À l'inverse, l'anxiété peut augmenter lorsque les parents pensent ne pouvoir compter sur personne en cas de besoin, laquelle anxiété contribue au désinvestissement parental (Crittenden, 1985; Jennings et al., 1991; Sarason, Shearin, Pierce, & Sarason, 1987).

La conclusion originale de la deuxième et la troisième étude est sans doute celle qui a trait à la contribution des caractéristiques de l'enfant au climat familial. Les résultats montrent dans la deuxième étude que les conflits conjugaux sont davantage associés à la qualité des comportements maternels à l'égard du garçon plutôt que de la fille. Dans le même sens, les résultats de la troisième étude montrent bien que les variables mesurées avant la naissance de l'enfant, comme l'isolement social ou le niveau de préparation de la mère à la vie de parent sont associées de façon différentes à la sensibilité maternelle selon le sexe de l'enfant. L'explication que nous retenons est celle de la combinaison des caractéristiques de la mère et de l'enfant qui peuvent mener à la réciprocité négative. Précisément, comme nous l'avons décrit plus haut, les mésententes conjugales peuvent affecter directement (exposition à des modèles) ou indirectement l'enfant (désinvestissement maternel); mais le garçon, plus vulnérable que la fille, réagit plus négativement dans les contacts avec sa mère. Les conditions réunies de comportements maternels négatifs, comme la passivité ou le surcontrôle, et d'un enfant réactif peuvent installer la mère et le garçon dans un cycle d'échanges négatifs auquel il devient de plus en plus difficile d'échapper.

L'explication du cycle de réciprocités négatives décrit mieux la situation des familles ayant un garçon d'âge préscolaire et certains aspects de l'interaction mère-nourrisson. Cependant, la qualité du soutien social semble beaucoup plus associés aux pratiques maternelles avec le nourrisson de sexe féminin: plus la mère se sent appuyée mieux elle s'occupe de sa fille. Une investigation plus approfondie pourrait peut-être nous montrer que ce sont des femmes (amies, grands-mères ou tantes) qui composent ce réseau d'appui autour de la mère et qu'elles peuvent être plus facilement misent à contribution pour s'occuper des petites filles lorsque les choses tournent mal. A contrario, nos résultats montrent clairement que le niveau de préparation des femmes enceintes à la parentalité est associé à leurs comportements avec les garçons mais pas avec les filles. Quoiqu'il en soit, il demeure que la qualité des échanges parent-enfant et parent-parent, des processus familiaux centraux dans le développement des familles, est affectée par des variables extrafamiliales selon le sexe de l'enfant.

Une synthèse des différentes perspectives théoriques peut conduire à une explication qui englobe les différents faits observés dans le cadre du présent article. Nous proposons que le processus d'adaptation à l'anxiété générée par les tensions familiales est le facteur commun de la manifestation des troubles psychosociaux vécus par les conjoints et par l'enfant. L'anxiété, vue comme une sorte d'appréhension plus ou moins diffuse face à l'inconnu, est presque toujours un corollaire au stress. Les réponses au stress ou les manifestations de l'anxiété varient cependant considérablement. Elles dépendent (a) de la nature et du cumul des stress, (b) de la qualité des stratégies individuelles pour réduire l'anxiété associée à ces stress, et (c) de l'état du soutien social (Brown & Harris, 1978; Hetherington, 1988). Par exemple, comme nous l'avons vu dans le deuxième article, il est vraisemblable que la naissance ou la présence de l'enfant agissent comme un facteur de stress en augmentant la probabilité de vivre des conflits chez les parents. Il semble que certains couples utilisent davantage des stratégies inadaptées de réduction de l'anxiété générée par ces nouveaux conflits. Les stratégies d'évitement, notamment, bien qu'elles soient efficaces pour abaisser momentanément l'appréhension de l'affrontement, mènent souvent à l'accumulation des tensions relationnelles. En revanche, une réponse négative à de simples provocations peut déferler en une escalade des conflits.

Dans une certaine mesure, le développement de ces tensions est attribuable aux conjoints, mais certaines conditions dans l'environnement familial peuvent atténuer ou encourager le recours aux stratégies inadaptées. Par exemple, les membres du réseau social de la famille sont en mesure d'offrir des conseils et du soutien affectif, ce qui peut changer considérablement la perception des stress que vivent les parents. Ici ce n'est pas la source de stress qui change, c'est l'anxiété qui diminue quand les parents savent qu'ils peuvent compter sur quelqu'un en cas de besoin.

On peut expliquer la transmission des problèmes conjugaux vers l'enfant à l'aide d'une perspective qui considère les relations familiales comme une source de stress et d'anxiété. Les conflits conjugaux sont une source de stress et ils sont vraisemblablement vécus avec une anxiété croissante par la mère. Ses problèmes de couple peuvent la préoccuper au point où elle devient de plus en plus mal à l'aise avec son conjoint lorsque les tentatives de réconciliation échouent les unes après les autres, augmentant l'appréhension d'un prochain conflit ou d'un autre échec. Les stratégies comme l'évitement ou celles qui mènent à l'escalade des conflits, déjà inefficaces dans la résolution de problèmes interpersonnels de la mère, risquent fort de ne pas fonctionner avec son enfant. Ainsi, les relations stressantes et anxiogènes mère-père se transmettent à la relation mère-enfant. La réponse plutôt hargneuse et agressive du garçon face à l'anxiété générée dans sa relation avec la mère peut être le reflet d'une plus grande réactivité des garçons au stress et à une plus grande propension à y répondre sur le mode de l'extériorisation.

La conclusion selon laquelle la présence de l'enfant à un effet négatif sur la qualité de la relation conjugale n'est pas la contribution principale de la première étude. Le plan de recherche transversal présente de nombreux désavantages quand il s'agit de répondre à cette question. Nous ne pouvons être certain que nos groupes de couples sont parfaitement comparables mais, à notre avis, toutes les mesures raisonnables de contrôle des variables nuisibles ont été appliquées. A cet égard, nous n'avons pas retenu l'appariement systématique des sujets selon des critères comme l'âge des conjoints ou le nombre d'années de vie commune. Comme l'argumente Meehl (1970), cette procédure d'échantillonnage se trouve également à dépareiller systématiquement les sujets à l'égard d'autres variables; ce qui les rend de facto non représentatifs de la population de laquelle ils ont été tirés. L'intérêt principal de l'étude 1 est donc l'extension du corpus de connaissance avec des données plus précises en ce qui concerne les processus conjugaux dans le contexte de la présence ou l'absence de l'enfant.

Les résultats de la deuxième étude suggèrent également que les processus spécifiques de négociation dans le couple, plutôt que l'ajustement dyadique global, sont associés à la qualité de la présence de la mère auprès de l'enfant d'âge préscolaire, surtout à l'égard du garçon. Conséquemment, il est possible de concevoir un programme d'intervention qui tient compte spécifiquement de la capacité de résolution de problèmes chez les conjoints afin d'en promouvoir les qualités qui favorisent l'harmonie familiale.

Les données présentées ici concordent avec certaines études longitudinales, comme celle de J. Belsky (notamment Belsky, Lang, & Huston, 1986), qui étudient de telles transactions entre les caractéristiques des individus, des relations entre eux et l'état de l'environnement familial mais nos données corrélationnelles limitent l'interprétation de la direction des influences. Il est possible de concevoir un autre modèle qui, cette fois, considère la qualité du lien mère-enfant comme une source de stress sur le couple. Cette question pourrait faire l'objet d'une investigation lors de laquelle les couples pourrait être évalués avant la naissance de l'enfant, puis de nouveau lors d'un moment important dans la vie familiale, comme lorsque l'enfant atteint l'âge préscolaire.

La présente étude contribue à expliquer certaines réactions au stress afin de trouver des moyens de s'y préparer. L'interdépendance entre le couple et l'enfant souligne avant tout l'importance de considérer chaque membre de la famille comme une source d'influence sur les autres mais aussi que cette influence est modulée selon le contexte hors de la famille et les caractéristiques personnelles des membres de la famille. Une réponse inadaptée à des problèmes favorise des relations familiales qui deviennent elles-mêmes des sources de stress. Aussi, ces résultats suggèrent qu'un soutien familial devrait viser autant la réduction de la probabilité que surviennent des événements stressants que l'accroissement des habiletés des enfants et des parents à faire face au stress.

 

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Réception 26.03.2000
Prémière décision editoriale 21.06.2000
Version finale 10.11.2000
Acceptation 24.11.2000

 

1 Adresse de correspondance: Département d'éducation spécialisée. Université de Sherbrooke, 2,500 boulevard Université, Sherbrooke (Québec), Canada J1K 2R1. E.mail: mbigras@courrier.usherb.ca

2 Pour plus de détails concernant la méthodologie du Q-sort, voir Bigras et Dessen (2000).

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