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Tempo Social

versão impressa ISSN 0103-2070versão On-line ISSN 1809-4554

Tempo soc. vol.29 no.2 São Paulo mai./ago. 2017

http://dx.doi.org/10.11606/0103-2070.ts.2017.125668 

DOSSIÊ – DROGAS E SOCIEDADE EM UMA PERSPECTIVA COMPARADA

La construction socio-économique du cannabis au Maroc: Le kif comme produit traditionnel, produit manufacturé et produit de contrebande

A construção socioeconômica da cannabis no Marrocos: o kif como produto tradicional, produto manufaturado e produto de contrabando

The socio-economic construction of cannabis in Morocco: kif as a traditional product, manufactured product and contraband product

Kenza Afsahi1 

1kenza afsahi é pesquisadora e professora do Centre Emile Durkheim, Université de Bordeaux. E-mail: kenza.afsahi@u-bordeaux.fr.


Résumé

Appelé kif au Maroc, le cannabis a subi des transformations qui ont impacté sa valeur sociale et économique. Cet article observe ces modifications au regard de l’évolution des normes, des modes d’usage et des techniques, et au regard de l’évolution des acteurs qui fabriquent et échangent le cannabis, en premier temps dans un contexte traditionnel, et dans un deuxième temps au sein de deux marchés lors des Protectorats français et espagnol (1912-1956): le marché du monopole et le marché de contrebande.

Key words: Cannabis; Kif; Normes; Usages; Monopole; Contrebande

Resumo

Designado kif no Marrocos, a cannabis passou por importantes transformações que impactaram o seu valor social e econômico neste país. O presente artigo analisa essas mudanças no que se refere à evolução das normas, modos de uso e técnicas, e no que diz respeito às mudanças dos atores que produzem e comercializam a cannabis, em um primeiro momento num contexto tradicional, e em um segundo momento em dois mercados no período dos protetorados francês e espanhol (1912-1956): o mercado de monopólio e o mercado de contrabando.

Palavras-Chave: Cannabis; Kif; Normas; Uso; Monopólio; Contrabando

Abstract

Called kif in Morocco, cannabis has undergone transformations that have impacted its social and economic value. This article observes these changes with regard to the evolution of standards, modes of use and techniques, and with regard to the evolution of the actors who manufacture and exchange cannabis, at first in a traditional context, and in a second time in two markets in the French and Spanish protectorates (1912-1956): The monopoly market and the contraband market.

Key words: Cannabis; Kif; Standards; Use; Monopoly; Contraband

Au Maroc, le cannabis1 a joué un rôle important dans le mode de vie de la société et dans son économie. Intégré dans différents domaines, il a d’abord été transformé à des fins alimentaires (sous forme de céréale), techniques (éclairage, fabrications textile et papetière) et médicinales2 (Bellakhdar, 2013). Puis, il a été utilisé comme drogue magique et introduit dans des rituels et des cérémonies religieuses. L’usage spirituel l’a popularisé: le cannabis permet de supporter la dureté du travail et le froid en hiver et, comme drogue récréative, il provoque l’ivresse et favorise les liens sociaux.

A la fin du xixe siècle, le cannabis était cultivé pour le marché local et national sur de petites surfaces, aux côtés d’autres cultures traditionnelles. Les besoins des consommateurs pour l’usage récréatif n’étaient pas excessifs. Plus tard, pendant la période du Protectorat (1912-1956), le Maroc a vu naître deux marchés du cannabis, le marché du monopole et le marché de contrebande. En conséquence, depuis le début du xxe siècle, le produit traditionnel du kif a subi de grandes transformations qui ont impacté sa valeur sociale et économique.

La sociologie ne s’est guère intéressée au domaine marchand de la drogue, tandis que celle-ci a été analysée comme un bien standard en économie. En considérant la drogue comme n’importe quel autre produit marchand, l’économie néo-classique ne prend pas en compte la singularité de cet objet. Or, la drogue est certes un bien économique mais c’est aussi un produit faisant l’objet d’une valorisation symbolique (Duval et Garciat-Parpet, 2012). Cette question est d’actualité, vu le débat concernant la légalisation du cannabis qui a émergé un peu partout dans le monde, y compris au Maroc. La demande de connaissance est forte et ne peut se limiter aux approches classiques mises en œuvre relativement aux autres formes de marché. Les économistes peuvent apporter un complément intéressant à l’étude de ce champ en l’analysant comme un marché spécifique. Cependant il serait peu profitable de l’analyser comme un marché concurrentiel ordinaire et de se limiter, par exemple, à l’observer du seul point de vue des prix, des revenus etc.

Dans cet article, nous souhaitons observer le cannabis en tant que produit d’une histoire et d’une construction sociale et économique. Par ce prisme, le cannabis devient une réalité sujette à des changements continus avec des ruptures dans les modes d’usage, dans les procédés de culture et dans la législation d’un bien qui est en perpétuelle redéfinition. L’objectif de cet article est aussi de montrer comment le « doute », la mise en cause de la constance d’un produit ou d’une situation donnée, peut intervenir à tout moment relativement à des objets stabilisés qui peuvent basculer dans l’incertitude (Bessy et Chateauraynaud, 2014), notamment dans le cas de changements législatifs. La politique et le droit ont un impact quant à la détermination des règles de fonctionnement des marchés, à la fois dans la construction des normes de déviance et de celles de la qualité (Douglas, 1989; Stanziani, 2005).

Cet article est la première étape d’une recherche en cours sur la construction du marché du cannabis. Dans cette perspective, nous allons en premier lieu examiner la représentation du kif en tant que produit traditionnel au Maroc. Puis, nous verrons comment le produit a évolué d’un kif traditionnel à un kif manufacturé (d’une drogue traditionnelle à une drogue marchandise) pendant le Protectorat français, sous l’effet d’un monopole et sous l’application d’une législation prohibitive. Enfin, nous montrerons comment s’est instauré en parallèle un marché de contrebande structuré en réseau qui a permis le maintien et la préservation du kif traditionnel.

Les sources que nous utilisons ici sont diversifiées. Nous allons croiser des récits provenant de l’histoire orale du cannabis, collectés depuis plusieurs années par entretien. Nous allons aussi nous appuyer sur une analyse de documents relatifs à la législation (les dahirs) et d’archives réalisées par l’administration française au Maroc avant et pendant la période du Protectorat.

Le kif, produit traditionnel

Les mots qui désignent le cannabis ont une histoire. Ces mots se sont construits sous différentes influences dans les pratiques. Ils peuvent également prendre des dimensions identitaires et politiques. Au Maroc, l’appellation courante du cannabis est kif. C’est un mot d’origine arabe (Laffite et Selefa, 2005) qui signifie plaisir ou bonheur suprême, faisant référence à l’ivresse ou à l’état sous effet de cannabis. Il se différencie du chanvre textile appelé qannab en arabe. Au Maroc, kif signifie également la préparation traditionnelle à base de tabac et de cannabis séchés et hachés.

L’usage psychotrope du cannabis au Maroc remonterait au xvie siècle. Selon les anciens que nous avons interrogés, qui ont connu la période où le kif était encore un produit traditionnel, les amateurs de kif préparaient eux-mêmes le mélange. Le kif de bonne qualité était constitué de sommités fleuries femelles et de leurs bractées, séchées et hachées, mélangées à du tabac à raison de 9/10 de kif pour 1/10 de tabac ou de 2/3 de kif pour 1/3 de tabac. Les branches de kif séchées sont frottées entre les mains de manière à séparer les brindilles des sommités fleuries, les toutes petites feuilles et les graines des tiges du plant de cannabis. Sur une feuille à papier que l’on incline légèrement, on fait rouler les graines que l’on met de côté. Avec un couteau, l’on hache finement le kif sur une planche. Cette procédure dure jusqu’à ce que le kif se réduise en poudre granuleuse. Cette poudre est elle-même “passée” par le tamis d’un ustensile perforé (boîte, passoire), pour en retirer les morceaux de kif qui sont remis sur la planche pour être hachés avec la seconde fournée. La poudre est ensuite pressée sous un poids. Le travail se poursuit jusqu’à ce que le kif soit réduit en poudre. Puis l’on procède de la même manière avec une feuille de tabac ratatinée et aspergée d’eau. Le kif, mis sous un poids, ressemble à “un gâteau chaud et plat”, il est alors mélangé au tabac, qui est en moindre quantité, et le tout est de nouveau tamisé. “Le mélange avait une couleur marron tirant vers le vert et, quoiqu’il eût été haché de manière extrêmement fine, chaque grain de tabac et de kif était distinct du voisin” (John Hopkins apudAfsahi, 2009). Le mélange est parfois mis dans une vessie de chèvre, qui prend ainsi la taille d’un petit poing. L’opération est un véritable rituel, demande de la patience et beaucoup de finesse, de manière à ne perdre aucun grain de kif ou de tabac. Nous avons trouvé dans des récits de Français du temps du Protectorat des témoignages de la relation intense qu’avaient les amateurs du kif avec leur produit: la qualité et la provenance du kif étaient très importantes, elles étaient appréciées en écrasant et en frottant quelques feuilles sèches entre les mains pour vérifier l’odeur plus ou moins forte et le résidu plus ou moins visqueux adhérant à la peau (Guichard, 1919).

Le kif était généralement fumé dans des pipes nommées sebti, soigneusement choisies par leurs utilisateurs qui en faisaient commande à des potiers. Ainsi, selon l’un de nos interlocuteurs, le tuyau de ces pipes était fabriqué en tige de bois d’olivier ou d’abricotier, un bois dur, prélevé sur ces arbres dont les branches comportent une moelle intérieure tendre, pouvant être évidé avec une broche. Le tuyau doit être ni trop long ni trop court pour que la fumée puisse déposer son goudron sans pour autant se refroidir. Le tuyau du sebti se prolonge d’un petit foyer en terre cuite. Le petit fourneau doit être en bonne terre réfractaire, afin que la température puisse atteindre entre 800 et 1000 degrés Celsius, température à laquelle les principes actifs se volatilisent très vite (Afsahi, 2009; 2013). Certains récits, font état de cette pipe traditionnelle et de ce mode de consommation : “Le khalifa monte sur sa mule, suivi de deux serviteurs dont l’un fume le kif dans une longue pipe de roseau terminée par un minuscule fourneau en terre, qu’il passe à son maître ; à la lisière de la forêt, limite de son territoire, le khalifa nous quitte” (Ladreit de Lacharrière, 1913, p. 19). La longueur et les matériaux de fabrication du sebti étaient choisis pour permettre d’apprécier les effets du kif et réduire la nocivité de la fumée. Ostensibles à l’origine, les pipes mesuraient environ 80 centimètres avant d’être réduites pour des raisons de commodité et de discrétion, respectant ainsi l’évolution des normes sociales qui régissent la consommation du kif.

Le kif était fumé au quotidien surtout par les artisans (tailleurs, boulangers, ébénistes, journaliers) ou les anciens soldats comme un stimulant puissant et rapide pour le travail quotidien (Afsahi, 2013). En général, fumer du kif se faisait sous un mode convivial. C’était un produit de socialisation et il n’était pas inhabituel que les fumeurs se passent leur metoui (pochette en cuir contenant le cannabis) pour faire goûter telle ou telle qualité de kif. Plus rarement, le kif était fumé avec une rgila (diminutif de narguilé) dans des cercles plus fermés et plus distingués (Afsahi, 2009, 2013; Bellakhdar, 2013).

Ainsi, la préparation du kif traditionnel était ritualisée et inscrite dans le temps. Le rituel de la consommation avait installé une tolérance socio-culturelle et des normes d’usage du produit avec des quantités à utiliser, une connaissance du produit et de sa qualité et des dangers liés à l’usage.

La consommation de kif ne représentait pas une production importante. La culture de cannabis était pratiquée un peu partout dans les jardins privés, les potagers et les vergers mais jamais à grande échelle. Avant le xixe siècle, elle n’était pas localisée dans la seule région du Nord, des traces ont été relevées jusque dans les oasis du sud du pays, d’où le kif était exporté vers le Soudan (Bellakhdar, 1997). Nous avons trouvé d’autres traces de ces cultures dans le Sud du Maroc dans le rapport rédigé par Benabud (1957). Selon lui, le kif était également cultivé, bien que dans une moindre mesure, dans le Haut Atlas et dans le Sahara, même par les meilleures familles, qui produisaient différentes variétés de kif: des zerouali, soussi, gnaouie, haouzi (sadda, teloeut) et makhlif (Aït makhlif). D’autres données récoltées par entretiens avec des personnes de la région du Souss ont confirmé que la région était auto-suffisante en matière de kif, fumé dans des pipes décrites comme minuscules. La culture du cannabis était limitée à des carrés au milieu des plants de poivrons, d’aubergines et du maïs dans les propriétés de paysans pauvres à Tazarete, Ouled Berhil, Chtouka, Houara ou sur les hauteurs d’Askaoune-Aoulouz. Les petits fellahs vendaient leur récolte pour quelques sous dans les marchés.

Mais le plus connu des kif était sans aucun doute la qualité ktamia, produite à Ketama dans le Rif central. Elle s’est imposée sur le marché et a acquis une notoriété dès le xviie siècle, d’abord auprès de certaines confréries religieuses, pour être ensuite diffusée parmi la population (Brunel, 1955; Afsahi et Mouna, 2014). Les cultivateurs de cannabis de Ketama ont su faire la publicité de leur qualité de kif, par leur maîtrise du savoir-faire, par les secrets de ses bienfaits thérapeutiques qu’ils détenaient, par leur appréciation des goûts du kif et surtout par le fait qu’eux-mêmes consommaient leur kif. Lorsque Moulièras (1895) publie son ouvrage Le Maroc inconnu, le kif rifain était connu dans tout le pays. Les cultivateurs produisaient pour leur propre consommation et une partie de la production se retrouvait sur les marchés au même titre que les bouquets de menthe, de persil ou de plantes médicinales. Selon Mouna (2010), le kif était échangé par les Ketama contre le sel de la tribu M’tioua. Les attaras (herboristes et vendeurs d’épices), souvent des juifs, forts de leur mobilité et de leur réseau dans toute la région, ont participé à la circulation du kif en tant qu’intermédiaires. Leurs services se sont interrompus à partir du moment où les fellahs (paysans) ont commencé à négocier le prix du kif; le troc s’effaçant devant la monétarisation des échanges.

Globalement, avant le xxe siècle, le cannabis était toléré mais certaines normes prohibitionnistes ont commencé à être édictées sous la pression des autorités morales et religieuses. Au xvie siècle, les Saadiens brûlent publiquement des stocks de tabac et de cannabis et arrachent les dents des usagers de drogues (Mercier, 1905). Au xixe siècle, les Oulémas de Fez – plus haute autorité religieuse du Maroc – avaient également interdit l’usage du kif en se basant sur deux sourates: “Le croyant ne sera digne de ce nom que lorsqu’il voudra pour son frère croyant ce qu’il désire pour lui-même” et “il les autorisera à user des bonnes choses et il leur défendra les mauvaises” (Bisiou, 1994; Mercier, 1905; Mouna, 2009). En 1894, soit une vingtaine d’années avant le Protectorat, alors que les établissements de ce type sont rares, le gouvernement chérifien ferme les cafés et fumeries de kif à Fès pour des raisons politiques (Linares cité par Letourneau, 1949). Ces prohibitions n’eurent cependant pas d’effet durable.

La plupart des écrits français du début du siècle donnent une image tragique du phénomène social de la consommation de kif, de sa toxicité et de la nonchalance provoquée par son usage. Le docteur Mauran écrit que: “Chez l’homme du peuple, un autre poison exerce ses ravages, c’est le kif (chanvre du pays venu de Marrakech, Tétouan etc.) […] Le kif affole le cœur, obnubile le cerveau. Les fumeurs de kif ne deviennent pas vieux et sont fréquemment sujets à des crises d’asystolie” (Mauran, 1914, p. 307) ou “Une autre habitude nuisible dans le peuple, c’est la manie de se passer de bouche en bouche la cigarette ou la pipe de kif entre barcassiers, entre ouvriers d’un même atelier ou du même chantier” (Idem, ibidem).

Le kif a toujours été plus ou moins toléré par la société marocaine. Le colonialisme, en mettant en avant à la fois des arguments de santé publique et une idéologie naturaliste et biologiste raciste, définit le kif comme un produit indigène. Mais cela n’empêchera ni la France ni l’Espagne d’en tirer des avantages économiques et politiques durant le Protectorat.3

Le kif, produit manufacturé

Dès le xixe siècle, l’essor du cannabis accompagne le développement des échanges commerciaux et de l’établissement du Protectorat français dans la zone Sud du Maroc: le cannabis devient une marchandise particulièrement rentable. En 1899, sur le modèle de la Régie Indochinoise de l’Opium, monopole contrôlant l’importation et la commercialisation de l’opium dans ses colonies asiatiques, la France crée la Régie des Tabacs et du Kif, une compagnie multinationale de capital français, dont le siège était à Tanger.4 En 1906, à la conférence d’Algésiras, la France obtient le monopole5 de la régie (Bosly et al., s./d.).

La politique économique coloniale française ayant pour objectif la capitalisation du secteur agricole (Pascon, 1974), la culture du kif va subsister pour des raisons de rentabilité. La France développe la culture de cannabis pour l’usage récréatif du kif des populations locales. Comme en Indochine, le monopole pratique des prix très élevés. Les recettes tirées du monopole de la vente du kif et du tabac sont versées à l’administration française et représentent la seconde recette des budgets coloniaux après le droit d’importation (Bisiou, 1994).

Le développement de la culture et de la vente du kif par le Protectorat français s’est fait dans un contexte mondial caractérisé par des pressions, exercées par les Etats-Unis, afin d’établir une législation homogène visant à l’interdiction de la culture des plantes utilisées pour fabriquer des stupéfiants. Après avoir obtenu l’interdiction de la production de feuilles de coca et de sa consommation traditionnelle, ils vont exercer des pressions pour obtenir la criminalisation globale de l’usage du cannabis et de sa production au même titre que celle de la cocaïne et de l’héroïne, malgré les preuves scientifiques qui permettent de s’interroger sur la nécessité de recourir à des moyens aussi répressifs, sans différencier la dangerosité des produits (Nadelman, 1992). Dès 1925, le droit international identifie le cannabis en tant que stupéfiant.

La France, signataire du traité de Genève de 1925, étend l’interdiction à ses colonies et protectorats, mais les intérêts fiscaux de la puissance coloniale de la France vont primer sur le droit international. La Régie des Tabacs et du Kif continue à vendre un mélange de kif et de tabac aux Marocains et à délivrer des permis spéciaux de cultiver à certains agriculteurs (Callabero, 1989). En 1926, l’administration française crée même une zone franche de production du kif vers le nord de Fès. Cette expérience, réalisée dans le cadre de la politique de Lyautey, visait à contenter les tribus qui avaient récemment accepté de se soumettre à l’administration française. Cette expérience dura trois années. Ce n’est qu’en 1932, qu’un dahir6 proscrit la culture du kif dans certaines parties de la zone française.

A travers le monopole industriel et commercial de la Régie des Tabacs et du Kif, le Maroc a connu, entre 1910 et 1953, la construction institutionnelle d’un marché du kif, accompagné d’une politique commerciale (Afsahi, 2011). Pendant cette période, plusieurs dahirs7 (décrets royaux) constituent un ensemble de normes juridiques, élaboré pour réglementer légalement la culture, le transport, la vente et l’usage du cannabis et organiser cette économie dans la zone française (Alaoui Mdaghri, 1978). Le monopole fonctionne comme une économie très structurée. D’abord l’espace agricole est aménagé au détriment des fellahs. Une partie des terres est investie par le domaine étatique (makhzen) et la seconde par la propriété privée (melk), conduisant à une nouvelle organisation de la production agricole industrielle (y compris pour l’exportation des fruits et légumes) (Boudouah, 1985).

La Régie développe la culture de cannabis dans des lieux spécifiques de la zone sous Protectorat français: le Moyen Atlas (Marrakech), le Gharb (Kenitra) et le Kif occidental (Afsahi, 2009). À l’époque, on reconnaît différentes qualités de plant de cannabis, estimées selon les régions de production contrôlées par la régie: le zerwalî produit par les Beni Zeroual dans la région Jebala et le gnawî produit dans la région de Marrakech. Elle installe également des usines à Tanger, Casablanca et Kenitra pour fabriquer le mélange de kif et de tabac.

Pour assurer ses différentes fonctions, émergent de nouveaux acteurs et une nouvelle organisation du travail. Ainsi apparaît l’entreposeur ou le directeur, qui exploite le dépôt. L’entreposeur est également chargé de la garde et de la vente en gros des produits dont le gouvernement a le monopole. La culture de cannabis est soumise à autorisation préalable. L’entreposeur des cultures accorde les permis de culture dans certaines régions du Maroc. Véritable “mine d’or”, la Régie est alors gardée par des hommes en uniformes, voire des policiers. Ceux qui y travaillent en sortent après vérification, les bras en l’air, comme dans les mines d’Afrique du Sud (Roussafi, s./d.).

Les fermiers légaux ou sous tutelle cultivent. Les contrôleurs et les agents de douanes surveillent les fermes du semis à la récolte. Ils contrôlent les terres allouées à la culture du tabac et du kif, par le moyen de contrats signés avec les paysans, contrats qui garantissent la qualité, les prix, les quantités et les processus de fabrication.8 Enfin, les débitants et les marchands ambulants assurent la distribution du produit dans tout le pays (Alaoui Mdaghri, 1978).

Le kif traditionnel marocain a connu une transformation à cette période. Dans ses usines, la Régie fabrique un mélange de kif et de tabac hachés dans des proportions fixes. Deux qualités marchandes de kif sont alors produites. Dans son usine de Tanger, la Régie fabrique la préparation dite n’rama qu’elle remplace, en 1932, par le jyed, produit jusqu’alors dans son usine de Kenitra (Benabud, 1957). Ces deux préparations de kif contenaient davantage de tabac que les préparations traditionnelles. Le produit fabriqué par la Régie est nettoyé et emballé, avec la mise en place d’une véritable “politique-marketing” dont l’objectif est d’en faire un produit unifié et rentable.

Malgré les contrôles des qualités opérés par la Régie, les consommateurs critiquent la qualité du produit qui selon eux provoque moins d’effets. “Pour arriver à ce résultat, quelques pipes ne suffisent plus, 30 à 40 sont nécessaires, ce qui représente un paquet de kif de la Régie du poids de 10 grammes et du prix de 0,75 Fr.” (Guichard, 1919, p. 16). D’autres n’aiment pas le goût du kif, le qualifiant de kif teben (kif de paille). Les consommateurs disent du kif qu’ “il n’est pas assez fort, fait mal à la poitrine, dessèche la gorge, n’a pas l’arôme du kif de contrebande et surtout ne produit que très tardivement, ou même pas du tout, l’effet euphorique si recherché par les fumeurs”. On lui reprochait aussi “d’être fabriqué mécaniquement” (Idem, p. 17).

Pourtant, pendant toute la période du Protectorat français, la consommation de kif s’est généralisée parmi les artisans et a touché les commerçants, les travailleurs manuels, et les artistes. La vente du tabac et du kif se déroulait sans le moindre souci de santé publique. Une politique commerciale agressive a mené à une augmentation du nombre de consommateurs, invoquant le fatalisme de l’intoxication: les Marocains fument du kif quoi qu’il advienne, comme les Chinois fument “naturellement” de l’opium (Bisiou, 1994).

Au milieu des années 1950, le kif est surtout répandu parmi les classes populaires qui l’utilisent aussi pour ses vertus analgésiques. Mais, par une certaine forme d’affectation, une nouvelle tendance à fumer le kif s’affirme au sein des milieux aisés, notamment parmi les femmes (Benabud, 1957). Jusqu’ici c’était exclusivement le fait de prostituées (Mathieu & Maurel, 1951) qui fumaient en compagnie de soldats (Benabud, 1957).

Ce n’est qu’à cette époque que le kif devient une préoccupation de santé publique. Bien qu’il soit impossible de l’imputer exclusivement à la consommation de kif, le nombre de patients consommateurs de kif admis à l’hôpital de Berrechid ne cesse d’augmenter au cours de la période durant laquelle la régie vend ses préparations. Il est incontestable que le bond que connaît la consommation de cannabis au Maroc à partir du Protectorat n’est pas comparable à sa lente évolution depuis le xve siècle.

Le kif, produit de contrebande

L’expansion du marché du kif a encouragé un processus de différenciation du produit (Stanziani 2003): le kif des profanes produit par la régie, et le kif des amateurs que va produire le marché de contrebande.

L’existence au Maroc de trois zones soumises à des régimes différents (la zone française, la zone espagnole et la zone internationale de Tanger), ainsi que l’instauration du monopole, ont favorisé un marché noir du cannabis, cultivé illégalement pour le kif et vendu en contrebande dans tout le pays (dans différentes zones dont la zone sous Protectorat espagnol du Rif). L’Espagne a eu une politique de tolérance sous son Protectorat. D’abord, parce qu’après la guerre du Rif, l’Espagne ne pouvait pas interdire aux populations locales une pratique économique traditionnelle. Cette tolérance lui a permis par ailleurs de s’allier avec les tribus rifaines récemment soumises après la guerre du Rif (1921-1926). Enfin, l’Espagne, manquant de ressources, n’avait guère d’alternatives économiques à proposer (Afsahi, 2009).

Un réseau clandestin de cultivateurs, de vendeurs et de consommateurs a dynamisé le marché de contrebande dans lequel circulait le kif traditionnel dont nous avons relevé quelques caractéristiques en première partie. Les vrais amateurs ne fumaient que le kif de contrebande, qu’ils arrivaient à se procurer sans grandes difficultés. Celui-ci se vendait dans de petits paquets fabriqués à l’avance, comprenant les sommités fleuries et une ou deux feuilles de tabac représentant le tiers de l’ensemble, ce qui est la composition habituelle du kif le plus apprécié.

Le kif et le tabac étaient cultivés ensemble et se vendaient couramment sur les marchés ruraux situés en dehors de la zone de sécurité, hors de laquelle la Régie n’exerçait pas son action. Dans la ville de Marrakech, Guichard (1919) a observé l’introduction clandestine du kif par les gens de la campagne et les chameliers. Selon lui, il était facile de s’en procurer dans les cafés maures que fréquentaient les fumeurs. Il rapporte également que le kif était cultivé tout près de Marrakech, à l’Ouidane (Rehamnas irrigués) et tout le long de l’Atlas, en particulier dans l’Oued N’fis (Goundafa), à Talat N’Yagoub et Talat N’bou Raim, mais on ne sait pas depuis quand. Dans la ville de Marrakech, les kif appréciés étaient ceux de Goundafa, de Haouara et de Haskoura dans le Souss (Idem). Mais le plus recherché et le plus apprécié de tous les fumeurs était le produit ketami, de Ketama, introuvable pendant la période de la guerre du Rif (Afsahi et Mouna, 2014; Guichard, 1919). Il était vendu sous forme de laffates9 et écoulé à la fois dans la zone espagnole et la zone française, échappant au contrôle de la Régie et des Espagnols.

Pendant la période du Protectorat, le kif de contrebande continua à être importé, sans que la Régie, qui essayait de lui substituer un kif légal, n’ait pu lutter contre lui. Il était vendu dans des petits paquets de poids de 10 grammes et du prix de 0,25 Fr (Guichard, 1919). Dans le Rif, les fellahs (paysans) cultivaient tandis que la circulation du produit était assurée par les commerçants de denrées alimentaires, originaires du douar (village). Ces derniers monopolisaient ces deux commerces. Cette catégorie sociale avait un poids économique et social important au sein de la communauté paysanne, compte tenu de ses relations avec le monde extérieur (Mouna, 2010). L’administration espagnole intervenait aussi en tirant des bénéfices sous forme d’impôt (tartib) de la vente du kif en contrebande ou en réglant des litiges survenant à la suite de conflits entre vendeurs et cultivateurs de kif (Idem). Deux types de commerce se sont développées avec de nouvelles règles d’échange dans le cadre de la contrebande, le commerce des grossistes et celui des petits commerçants originaires de différentes villes de Sidi Kacem, Casablanca, Fès, Tanger, et d’Oran (Algérie) ; c’est le retour au système traditionnel, c’est-à-dire à la vente du kif brut (laffates). Les clients étaient “originaire soit de la tribu de Hayaîna, soit de M’tioua et Beni Zéroual soit de Beni Mellal. D’habitude ces marchands sont connus par leur appartenance tribale comme: Hayani, Azami, M’tioui, Zérouali” (Boudouah, 1985).

Les cultivateurs de kif créaient des alliances sous forme de twisa pour maximiser la production et trouver un vendeur de kif commun. Le commerce du kif était aussi l’apanage de fellahs qui achetaient du kif brut après la vente de leur récolte, qu’ils vendaient ensuite sur les marchés des villes de Tanger, Tétouan ou Fès. Les marchands arrivaient dans le lieu de production avec un souag (passeur), à la recherche du bon kif. Mais certains cultivateurs de kif vendaient directement leur récolte dans les souks (Tleta de Ketama). La qualité du kif du douar de Beni Issi (kif issi), associé au tabat de Griha (Boudouah, 1985), se distinguait. Les prix au quintal étaient fixés par les Griha qui monopolisaient la marchandise du kif. Ce sont les trafiquants de Ketama qui se sont fait connaître en premier par la suite (Mouna, 2010).

Quant au transport du kif, il était assuré par des coursiers (al hamala), paysans sans terre ou avec des parcelles minimes, réunis en groupes de 20 à 30, choisis pour leur courage et leur force physique, portant chacun trente à quarante kilos de kif à dos d’homme ou de mulets pendant plusieurs jours, pour une faible rémunération. Ils étaient accompagnés par un souag qui maîtrisait la géographie de la région. Ils portaient deux ou trois kilos de mouchtra (échantillon) de kif et quelques kilos de tabac, à présenter aux marchands (Mouna, 2010).

L’exercice du monopole n’était pas sans poser des problèmes de qualité et de sécurité. Pour la Régie, la solution pour combattre les producteurs et les vendeurs clandestins – et protéger ainsi les intérêts du monopole – passait par l’établissement de différents dahirs pour réglementer la culture, le transport, la vente et la consommation du kif (dont le dahir du 4 mai 1915 réprimant la contrebande du kif) (Benabud, 1957). La Régie déploya des agents de sécurité pour faire respecter les normes juridiques. De lourdes amendes et taxes et des peines d’emprisonnement furent alors appliquées à l’encontre des cultivateurs ou des vendeurs qui exerçaient le commerce du kif en dehors du contexte légal. Ainsi, le dahir du 25 novembre 1938 stipule des mesures en matière de sécurité: “lorsque les agents de la régie, ou autres agents qualifiés auront connaissance qu’il existe soit un dépôt frauduleux de tabac ou de kif, soit les moyens de fabrication ou de vente clandestine de tabac ou de kif dans une maison, une boutique ou un magasin, des perquisitions pourront y être faites avec l’assentiment de l’autorité locale de contrôle et en présence d’un seul délégué de cette autorité ou d’un officier de police judiciaire”.

En 1940, le monopole perd de ses privilèges quand, dans la zone espagnole et internationale, l’on autorise la culture du kif, qui devient une source de revenus importante. La production du kif est maintenue à un niveau élevé surtout pendant les dernières années du Protectorat, de 1943 à 1953. Le commerce du kif de contrebande y est de mieux en mieux organisé et devient extrêmement lucratif. Par ailleurs, la lutte contre la contrebande, visant principalement à protéger les intérêts commerciaux du monopole, n’est plus d’actualité (Benabud, 1957). À la fin de l’année 1955 et au début de 1956, le ministère de la Santé tente de lutter contre l’abus de consommation de kif par des messages publicitaires véhiculés dans la presse écrite, à la radio et même au cinéma. Il parvient à diminuer la consommation, et les cas de psychose admis à l’hôpital de Berrechid se font plus rares pendant quelques mois (Idem).

Le réseau de contrebande, allant de la culture du kif à sa vente, s’est structuré autour du secret et de l’établissement de stratégies de protection face aux autorités. Le secret, partagé entre les acteurs, reposant sur des normes non écrites, a fonctionné comme une ressource (Montenach, 2004) qui a permis de préserver et de garantir le maintien des techniques et des savoirs liés à la culture et à la consommation du kif traditionnel.

Conclusion

Cet article s’est alimenté d’une approche historique qui montre comment le kif au Maroc était un produit traditionnel, puis manufacturé et enfin de contrebande, non contrôlé. Il s’est construit par des valorisations à la fois sociales, politiques, techniques, économiques et en fonction des différents usages et des différentes normes sociales, religieuses et juridiques qui ont elles aussi évolué au fil du temps.

Le cannabis, dont les pratiques étaient légales, tolérées, légitimes avec un ensemble de pratiques liées à des vertus thérapeutiques, sociales, religieuses etc., réglées par des normes et des conventions sociales, bascule vers quelque chose d’inacceptable pour les amateurs de kif pendant la période du Protectorat et après l’indépendance du pays. A partir du milieu des années 1950, de nouvelles normes juridiques ont élargi l’interdiction du cannabis au Maroc à tout le territoire marocain. La criminalisation de l’ensemble de la filière du marché du cannabis, allant de la culture à la consommation, donne une nouvelle charge symbolique au produit, tandis que les différents acteurs du marché sont frappés par des interdits et étiquetés d’illégaux. La prohibition du cannabis va pourtant dynamiser ces dernières décennies un nouveau marché international avec l’émergence de nouveaux acteurs et un nouveau produit, le haschich (résine de cannabis), destiné en grande partie à l’exportation vers l’Europe. L’émergence et le développement d’une production de haschich ont, à leur tour, modifié l’architecture du marché, la culture, la fabrication et la vente du produit, l’usage traditionnel de cannabis, ses voies d’approvisionnements etc.

Aujourd’hui, l’usage du kif comme préparation traditionnelle est très peu répandu. Mais le mot kif est toujours utilisé dans le pays et dans le Rif, il désigne désormais la variété locale de cannabis, pour la différencier des nouvelles variétés de cannabis exogènes. Le mot kif a pris également une dimension identitaire chez les cultivateurs de cannabis de l’espace historique. Ceux-ci revendiquent par cette appellation leur savoir-faire et vantent la qualité du kif et du haschisch qu’ils produisent et commercialisent (Afsahi et Mouna, 2014). Ainsi, le sens du mot kif a également changé dans le temps. Actuellement, il représente davantage des enjeux que des réalités.

S’intéresser au cannabis au Maroc est une entrée empirique qui permet de mieux comprendre la construction du marché, ses acteurs et ses liens avec le système législatif. Si la prohibition du cannabis a dynamisé le marché du cannabis, la légalisation du produit ne garantit pas non plus que les consommateurs apprécient la qualité du produit certifié. Les normes juridiques, particulièrement celles qui ont réglementé son commerce du temps du Protectorat, n’ont pas empêché le cannabis de se développer dans un marché spécifique avec des logiques propres : on pense notamment aux amateurs de kif du temps du Protectorat qui préféraient la qualité du kif traditionnel vendu en contrebande à celui manufacturé vendu par la Régie, à la qualité pourtant contrôlée. Cet exemple montre que les acteurs du marché ne répondent pas directement aux incitations insufflées par les autorités, qui offrent pourtant la garantie d’un produit stabilisé et labellisé.

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1. Le cannabis est une plante herbacée annuelle originaire d’Asie centrale, composée d’une seule espèce et de plusieurs sous-espèces ou variétés dont le Cannabis sativa, Cannabis indica, ruderalis de Cannabis et de Cannabis afghanica. Les scientifiques sont en désaccord sur le nombre d’espèces et de variétés de cannabis. Ses principes actifs sont des cannabinoïdes dont le Delta-9 tétrahydrocannabinol (thc) est le plus important. Usuellement, on distingue le chanvre à fibres qui contient très peu de thc et qui sert à produire des produits alimentaires, textiles ou industriels, du chanvre indien, riche en résine, exploité pour ses propriétés psychotropes. Au Maroc, les cultivateurs produisent du cannabis pour ses propriétés psychotropes depuis plusieurs siècles.

2. A partir du xii siècle, le cannabis a été utilisé, à des fins médicinales, comme sédatif contre les grandes douleurs et anesthésique par les chirurgiens avant les opérations (amputations, extractions de projectiles etc.) (Hijazi, 1984; Bellakhdar, 1997). Dans l’ouvrage le canon d’Avicenne datant du xii siècle, ouvrage qui occupait une place clé dans l’enseignement de la médecine jusqu’au xvi siècle, le chanvre fait partie des plantes les couramment utilisées comme anesthésique (Hijazi, 1984).

3. De 1912 à 1956, le Maroc est partagé en deux zones sous protectorats français et espagnol. Le Sud du Maroc est sous l’influence de la France, tandis que le Nord de l’Espagne (hormis Tanger qui a un statut international). Tant les Français que les Espagnols, contribuent à développer à plusieurs reprises la culture de cannabis pour des motifs différents.

4. En 1860, endetté par la bataille de Tétouan contre les Espagnols, le sultan Moulay Abderrahmane crée des taxes gérées par un monopole du kif concédé au makhzen. Vers la fin du xix siècle, 90 % du cannabis pharmaceutique utilisé en France provenait de la région du Rif (Afsahi, 2009).

5. La France a également développé des régies similaires de contrôle des stupéfiants: une régie des tabacs et de l’opium en Indochine, une régie du tabac et du kif en Tunisie et en Algérie; un monopole de la vente du khat – alcaloïde aux effets similaires – à Djibouti qui dura jusqu’à l’indépendance du pays en 1977 (Bisiou, 1994).

6. Dahir du 12 novembre 1932 relatif au régime des tabacs et du kif au Maroc, janvier 1965. Régie des Tabacs au Maroc (Tirage de 1965)

7. Les dahirs du 1 juin 1915, du 22 novembre 1915 et du 1 avril 1917 allaient être modifiés en profondeur par le dahir décembre 1926. Ce dernier dahir avait pour objectif la réglementation du transport du tabac et du kif.

8. La main mise de la Régie sur la commercialisation de kif durera jusqu’en 1953, date à laquelle fut édicté un dahir interdisant formellement la vente de kif.

9. Pluriel de laffat, sac de 40 kg de kif brut.

Received: January 19, 2017; Accepted: February 9, 2017

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