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Linguagem em (Dis)curso

On-line version ISSN 1982-4017

Ling. (dis)curso vol.18 no.3 Tubarão Sept./Dec. 2018

http://dx.doi.org/10.1590/1982-4017-180304-11717 

Artigos de Pesquisa

SCÈNES PROTOTYPIQUES DE PROTESTATIONS FÉMINISTES: LA MATÉRIALITÉ SIGNIFIANTE DU CORPS DANS LE MOUVEMENT DU DISCOURS

Prototypical scenes of feminist protests: the materiality of the body in the movement of discourse

Cenas prototípicas de protestos feministas: la materialidad significante del cuerpo en el movimiento del discurso

Cenas prototípicas de protestos feministas: a materialidade significante do corpo no movimento do discurso

Emanuel Angelo Nascimento 1   *
http://orcid.org/0000-0001-6380-4792

1Universidade Estadual de Campinas. Instituto de Estudos da Linguagem. Campinas, SP, Brasil

Résumé

En pensant sur la relation corps-espace-discours, cet article vise à analyser la matérialité signifiante du corps à partir des scènes prototypiques de protestations féministes. Pour cela, le point de repère théorique et analytique se déroule dans la perspective du matérialisme historique de l’analyse du discours française, à partir de laquelle tient à faire observer les mouvements du discours et de sens autour du corps qui se posent à la frontière entre l’évidence et l’opacité. Le choix de ce matériau, a permis de faire un investissement analytique sur la relation de signification du corps en tant que support idéologique dans le processus de discursivisation des protestations féministes. En ce sens, il est possible d’observer comment les conditions de production des sens autor du corps s'inscrivent dans le jeu entre différents espaces, l’histoire, la mémoire, le social, le symbolique et le politique.

Mots-clés: Matérialisme historique; Féminisme; Protestation; Mémoire; Discours

Abstract

Considering the relation between body-space and discourse, this article aims to analyze the signifying materiality of the body based on some prototypical scenes of feminist protestations. Thereunto, our theoretical and analytical reference point takes place in the perspective of the historical materialism of the French discourse analysis, from which we seek to observe the discourse movements regarding the meanings of/about the body that are placed on the borders between evidence and opacity. The choice of this material allowed us to invest on the analyzis of the relation of body significance in the process of discursivisation of feminists protests. Hereupon, it is possible to observe how the conditions of meaning production of/about the body are set in different spaces, in history, in the memory, in the social, in the symbolic and in the political ones.

Key-words: Historical materialism; Feminism; Protestation; Memory; Discourse

Resumen

Pensando en la relación cuerpo-espacio y discurso, este artículo tiene como objetivo analizar la materialidad significante del cuerpo desde cenas prototípicas de protestos feministas. En ese sentido, el punto de anclaje teórico-analítico se despliega bajo la perspectiva del materialismo-histórico da Análisis del Discurso de línea francesa, desde la cual busca observar los movimientos del discurso y de los sentidos alrededor del cuerpo, que se ponen en la frontera entre la evidencia y la opacidad. La elección del material ha permitido analizar las relaciones de significación del cuerpo mientras suporte ideológico en el proceso de discursivización de los protestos feministas. Así, es posible observar como las condiciones de producción do sentido de/sobre el cuerpo se inscriben en el juego entre el espacio, la historia, la memoria, social, simbólico y político.

Palabras clave: Materialismo-histórico; Feminismo; Protestos; Memoria; Discurso

Resumo

Pensando na relação corpo-espaço e discurso, este artigo tem como objetivo analisar a materialidade significante do corpo a partir de cenas prototípicas de protestos feministas. Neste sentido, o ponto de ancoragem teórico-analítico desdobra-se sob a perspectiva do materialismo-histórico da Análise do Discurso de linha francesa, a partir da qual busca-se observar os movimentos do discurso e dos sentidos em torno do corpo que se colocam na fronteira entre a evidência e a opacidade. A escolha do material permitiu analisar as relações de significação do corpo enquanto suporte ideológico no processo de discursivização dos protestos feministas. Assim, é possível como as condições de produção do sentido do/sobre o corpo inscrevem-se no jogo entre o espaço, a história, a memória, o social, o simbólico e o político.

Palavras-chave: Materialismo-histórico; Feminismo; Protestos; Memória; Discurso

1 INTRODUCTION

Le corps occupe des espaces (rues, vaines, des frontières) qui re-signifient ce corps, exigeant ainsi de l’analyste du discours un regard interprétatif sur différentes relations, par exemple, entre corps-mémoire, corps-espace et corps-sujet. En ce sens, cet article vise à analyser la matérialité signifiante du corps dans la relation corps-espace et discours à partir des scènes prototypiques de protestations féministes, en tant que lieu(x) de stabilisation, d’équivoque, de régularité et de déplacements de sens.

Le corpus de notre analyse se compose d’images des scènes prototypiques de protestations féministes publiées dans la presse brésilienne et internationale au long du XIXème, XXe siècle jusqu’à aujourd’hui.

La discursivité de la lutte et de la résistance concernant des images de protestations féministes est un important point d’entrée dans le parcours analytique que nous proposons ici. Alors nous considérons que le choix de ce matériau en particulier nous permet de confronter différentes lectures des scènes prototypiques de manifestation à partir de différentes images sur lesquelles nous avons déjà travaillé.

Par conséquent, puisqu’il s’agit de thèmes et de questions socialement vifs (QSV) et historiquement interpellés par l’idéologie et par le discours, nous essayons de porter un regard sur l’opacité de sens concernant des images de ces manifestations féministes et sur la relation avec le symbolique à la frontière des questions politiques, historiques et sociales. À ce stade, nous mettons en évidence les réflexions proposées par Michel Pêcheux, quand l’auteur pose cette importante question: « des abstractions comme “le peuple”, “les masses”, “le prolétariat”, “la lutte des classes” peuvent-elles être montrées (peintes, filmées ou télévisées) à l’état de concept, sans travestissement? » (PÊCHEUX, 1982, p. 54).

Ainsi, dans notre plan d’analyse, nous cherchons initialement à aborder la question de la matérialité signifiante du corps dans certaines scènes de protestations féministes; puis, on discute l’idée du corps en tant que support du discours traversé par l’idéologie et par la mémoire; pour terminer, nous examinons les conflits politiques mobilisés par des corps de différents acteurs sociaux. Dans ce cadre, nous soulignons que notre parcours analytique et notre regard sont affectés par des effets de sens suscités par des images qui constituent le matériau d’analyse et par des chemins d’interprétation qui mobilisent des significations du féminisme dans la relation d’alterité du corps en tant que corps traversé par l’idéologie, par le discours et par l’histoire.

2 À PROPOS DE LA MATERIALITE SIGNIFIANTE DU CORPS À PARTIR D’IMAGES

Notre point de repère théorique et analytique se situe dans la perspective du matérialisme historique de l’analyse du discours française, à partir de laquelle nous cherchons à observer les mouvements du discours par rapport à la mémoire et aux formes pré-construites qui se posent à la frontière démarquant l’évidence et l’opacité. Plus précisément, nous visons à analyser la matérialité signifiante du corps dans les rues et dans les espaces publics, par un geste d’interprétation d’images à l’égard des discours qui composent la discursivité de protestations féministes dans différents contextes filtrés par le spectre de la caméra.

Nous partons donc du rapprochement des concepts de délinéarisation de l’image et de formulation visuelle par rapport à la notion de composition matérielle, à l’exemple de la proposition faite par Suzy Lagazzi quand elle insiste sur l’importance de l’investissement analytique sur « les formulations visuelles de corps qui se déroulent dans différents portraits du sujet et nous montrent l’importance du renvoi de l’intradiscours à l’interdiscours pour comprendre la textualisation des images »11 (LAGAZZI, 2014a, p. 111). Donc, il est très important de discuter sur la question du corps social et du corps en tant que support du discours de protestation en considérant « l’image » dans les procédures de métaphorisation métonymique afin de mieux comprendre ses trajets de mémoire.

Tenant compte de ces postulats théoriques, nous considérons fondamental de porter un regard selon la perspective du matérialisme historique concernant des images du corps interpelées par des scènes prototypiques de protestations féministes - objets de notre analyse. Les images de manifestations généralement démontrent la reprise des significations sous la forme de pré-construits. L’image dans ce sens fonctionne comme un dispositif ainsi qu´un « opérateur de la mémoire sociale » (PÊCHEUX, 1984).

Par conséquent, en analysant le corps en tant que matérialité signifiante dans différentes conditions de production discursive, il est possible de montrer, selon Azevedo (2014), que la corporalité elle-même est également un objet important d’étude, inscrit aux frontières de la signification. L’auteure souligne que, si, d’une part, l’incomplétude (et le mouvement qu’il établit) permet le sens, l’errance des sens et des sujets, d’autre part, la contradiction indique la division à laquelle les objets idéologiques sont sujets. Elle nous explique que la position matérialiste exige de l’analyste du discours d’assumer l’erreur et la faute, le silence comme la possibilité même de la signification. Et, selon l’auteure, cela a une forte relation avec la matérialité significative, qui doit être prise dans son opacité, dans sa non-transparence (AZEVEDO, 2014).

2.1 LE CORPS EN TANT QUE SUPPORT DU DISCOURS

Dans l’analyse de certaines scènes de protestations que nous vous ferons parvenir, nous essayons de comprendre la question du corps en tant que support du discours du féminisme. En prenant initialement les mots de Haroche et Guglielmi (2005), nous sommes en accord avec les auteurs qui disent que:

L’esprit de corps fait depuis longtemps partie du vocabulaire courant mais reste difficile à cerner. Il relève des processus de socialisation qui déterminent tous les groupes humains, il assure d’une certaine cohérence l’idée d’institutionnalisation et à l’inverse est perçu comme à l’origine d’un possible dévoiement du sentiment d’identité […] sociale. (HAROCHE; GUGLIELMI, 2005, p. 5)

D’autre part, dans une perspective, par exemple, de la sociologie du corps, nous considérons ce que David Le Breton nous dit, quand il affirme que:

[…] les représentations du corps sont fonction des représentations de la personne. En énonçant ce qui fait l’homme, ses limites, sa relation avec la nature ou les autres, on dit ce qu’il en est de sa chair. Les représentations de la personne, et celles, corollaires, du corps, sont toujours insérées dans les visions du monde des différentes communautés humaines. Le corps semble aller de soi, mais rien finalement n’est plus insaisissable. Le corps est socialement construit, tant dans ses mises en jeu sur la scène collective que dans les théories qui en expliquent le fonctionnement ou les relations qu’il entretient avec l’homme qu’il incarne. (LE BRETON, 1992, p. 29)

Dans une perspective discursive, nous considérons également ce que Baldini et Souza (2012) affirment, quand les auteurs réfléchissent surtout aux relations entre corps et espace qui résultent, en général, des anticipations des relations de pouvoir, d’échanges et des conflits économiques entre les classes que les sujets font des discours d’autres sujets, considérant les positions qu’ils occupent dans l’espace social. Ce sont des aspects qui nous aident à comprendre les corps en tant que supports du discours, compte tenu, selon Azevedo (2014, p. 322), de la façon « dont la corporéité est formulée dans différentes matérialités signifiantes ».

En outre, en soutenant l’idée que les protestations politiques des femmes tendent à mettre en avant les corps et leur « matérialité », c’est très important que nous puissions apporter à cette discussion une littérature sur le corps, la performativité, la protestation politique des femmes. En ce sens, nous essayons d’établir un dialogue, dans l’espace possible ici, avec les travaux les plus contemporains concernant des mouvements féministes actuels. Tel que le pense Pahud (2017, p. 2) : « le corps est ainsi tantôt thème à part entière du féminisme, tantôt moyen d’appréhension des imaginaires sexués, genrés et sexuels, tantôt matériau investi dans des actes militants ».

2.2 MOUVEMENTS FÉMINISTES DE LUTTE ET DE RÉSISTANCE: CORPS, ESPACE ET MÉMOIRE

C’est à partir des différentes relations sociales et historiques que nous pouvons comprendre comment la question du corps est constituée dans la perspective de la corporéité comme support discursif et idéologique. Le corps en tant que support du discours se révèle comme forme de résistance et de lutte sociale, symbolique, politique et militante. Et dans le collectif « commun et hétérogène » ces corps trouvent d’autres corps au combat. Combat et éloignement des minorités par rapport au système dominant - mais pas sous la forme d’une société opérante en tant qu’esprit commun, qui, selon René Kaës: « […] apparaît sous la plume de Freud, en français dans le texte, à la fin du chapitre 9 de Psychologie des masses et analyse du Moi: ‘Ce que l’on va ensuite trouver plus tard dans la société opérant comme esprit commun, esprit de corps, etc.’ … (KAËS, 2005, p. 91).

Au contraire, ces corps en lutte cherchent à refuser cet esprit commun d’une société opérante homogène. Les mouvements de résistance sont placés, dans ce sens, aux frontières hétérogènes des corps, des espaces et de la mémoire par rapport aux diverses formes d’esprit de corps en lutte. Lutte contre une sorte d´individuation du sujet dans les processus de constitution de la mémoire, par rapport à l’imbrication entre l´histoire, les discours féministes et les questions sociales qui traversent des différentes époques.

En tenant compte des réflexions dans son article Mémoire et production discursive du sens, Pierre Achard nous rappelle que «la “mémoire” intervient cependant, pour cadrer implicitement la situation dans l’espace » (ACHARD, 1984, p. 236). Ainsi, la dynamique de l’occupation par le corps en protestation dans les rues, dans le collectif, dans la ville, selon Orlandi (2014), déplace le geste, déplace le corps et son identité, en interrogeant les manières d’être dans le cadre de l’interprétation de l’espace dans sa matérialité. C’est à partir de cela que nous pouvons comprendre, par exemple, que « dans la mémoire historique, l’expression la prise de la Bastille renvoie à l’événement du 14 juillet 1789, symbole lui-même de la Révolution» (GUILHAUMOU; MALDIDIER, 1994, p. 111). Tel que l’indique Michel Pêcheux, par exemple, la mémoire :

[...] ne saurait être conçue comme une sphère pleine, dont les bords seraient des transcendantaux historiques, et dont le contenu serait un sens homogène, accumulé à la manière d’un réservoir: c’est nécessairement un espace mobile de divisions, de disjonctions, de décalages et de reprises, de conflits de régularisation... Un espace de dédoublements, répliques, polémiques et contre-discours. (PÊCHEUX, 1984, p. 267)

En ce sens, la mémoire doit être comprise « non pas dans le sens directement psychologiste de “mémoire individuelle”, mais aux sens entrecroisés de la mémoire mythique, de la mémoire sociale inscrite dans des pratiques, et de la mémoire construite de l’historien » (PÊCHEUX, 1984, p. 262). Donc il y a des corps en protestation qui comprennent différentes idées de lutte contre d’autres types de corps. En termes althussériens, il y a par exemple « l’Appareil d’État qui comprend deux corps: le corps des institutions qui représentent l’Appareil répressif d’État d’une part, et le corps des institutions qui représentent le corps des Appareils idéologiques d’État d’autre part » (ALTHUSSER, 1970, p. 25). Ces autres types de corps, traversés par la mémoire et par des forces sociales et politiques, sont également formulés discursivement et historiquement.

En prenant les travaux actuels (parmi les plus contemporains concernant certains des mouvements féministes), nous pouvons citer ceux de Judith Butler et de Julie Alev Dilmaç, par exemple, sur l’exposition des corps en résistance et sur l’action collective du féminin en particulier, une fois que la résistance constitue un concept fondamental des sciences sociales qui a été analysé à la lumière des mouvements sociaux, du genre ou encore de la sociologie du travail », selon Dilmaç (2017, p. 1) ». Cela nous aide à repenser le corps occupant les espaces et à évoquer certains sens comme celui de la « résistance » dans la relation avec d’autres corps. Ainsi, en pensant avec l’auteure, il est très important de souligner que :

[...] comme le montre Judith Butler, tout individu qui adhère à une revendication en vue de résister aux diverses formes de gouvernement prend le risque, en engageant son corps dans l’espace public, de s’exposer à de possibles souffrances. C’est pourquoi la vulnérabilité, caractérisée ici par l’exposition du corps (dans les manifestations par exemple), fait partie intégrante de l’action de résistance (Dilmaç, 2017, p. 1).

L’occupation des espaces de protestation par les mouvements féministes et par des corps des femmes met en particulier les différents modes d’inscription des sens autor du discours féministe lui-même dans l’histoire. Il s’agit, dans ce cas, en fait de reconnaître que toute appréhension du corps est politiquement, normativement et socialement située (Butler, 2005 [1990]).

3 LES CORPS DANS LES FRONTIÈRES DU CONFLIT

En pensant à la matérialité du corps face aux différents types d’obstacles et de conflits, nous sommes conduits à considérer la relation de ce corps avec les rues et les différentes positions-sujet. Nous abordons, ainsi, cette relation en tenant compte de la question de l’histoire et de la mémoire discursive mobilisée par des images du féminisme au long du XIXème, XXème siècle jusqu’aujourd’hui.

L’exposition publique de la diversité des corps des femmes dans les protestations féministes et la maîtrise de leur corps placée au centre des préoccupations de ce mouvement est, dans ce cas, une marque qui indique les changements dans la façon dont le discours et le symbolique se présentent dans les rues et dans l’espace urbain.

En général, nous associons ces types de changement à la forme de l’occupation des corps dans les espaces publics. Ainsi nous observons certaines scènes prototypiques de protestations féministes traversées par l’alterité et par la confrontation avec l’autre. Sur les différentes relations entre les mouvements féministes et l’État dans les frontières sociales, il est important de souligner la problématique avec l’autre. L’altérité, dans ce cas, est structuré dans une relation soit de tension, soit de conflit dans la discursivization de la résistance et de la confrontation avec l’autre. Tel que signale Nascimento (2017):

[...] sur les différentes relations entre les mouvements féministes et l’État dans les frontières sociales, nous pouvons souligner la problématique avec l’autre. L’altérité, dans ce cas, est structurée dans une relation soit de tension, soit de conflit dans la discursivisation de la résistance et de la confrontation avec l’autre, par exemple, avec les autorités policières (NASCIMENTO, 2017, p. 37).

Nous pouvons observer cette relation de tension avec l’autre dans l’espace public à partir de plusieurs scènes de protestations féministes - comme, par exemple, dans cette scène ci-dessous:

Source: Museum of London, Heritage Images, Getty Images, 1914.

Figure 1 Emmeline Pankhurst arrêtée en mai 1914 

Cette image d’Emmeline Pankhurst22 prise au moment de sa détention par le surintendant Rolfe à l’extérieur du palais de Buckingham, à Londres, en Angleterre, le 21 mai 1914. Pankhurst essayait de présenter une pétition au roi George V pour les droits des femmes, quand elle a été arrêtée.

Alors, comme nous pouvons le remarquer à partir de cette image, il y a une contradiction par rapport aux gestes des corps d’autorités de la police, contrairement à l’idée de sécurité et de protection. Ici, entre en opération l’idéologie de la répression, l’idéologie de la violence et de pouvoir abusif de l’Etat contre les femmes en protestation. Les effets de sens, dans ce cas, sont discursivement marqués par la confrontation entre l’image de la suffragette Emmeline Pankhurst et les autorités policières britanniques. Dans ce cas, la relation avec l’autre est structurée de manière à mettre l’accent sur le sens du conflit et de la tension, au lieu des sens de la sécurité et de la protection. En plus, il est important de sougliner, à partir de cette image, que il y a une force du corps masculin entre en action contre la force de résistance de la femme.

En examinant un’autre image (voir figure 2, ci-dessous), nous pouvons observer comment la mémoire fonctionne discursivement, en mobilisant des sens qui « parlent toujours avant et ailleurs » (PÊCHEUX, 1975, p. 147).

Source: Museum of London, Heritage Images, Getty Images, 1907.

Figure 2 Une jeune fille escortée au palais de Westminster en 1907 

À partir de cette image - d’une jeune fille de Lancashire escortée de façon ostensible au palais de Westminster, à Londres, en 1907 - nous observons un des moments quand le mouvement suffragiste a défendu l’idée que les femmes devaient résister et lutter contre les forces politiques de cette époque (de la fin du 19ème siècle au début du 20ème siècle en Angleterre) afin d´obtenir le droit de vote pour les femmes.

En termes discursifs, nous jetons notre regard sur ce corps féministe (voir figure 2) qui résiste contre les corps d’autres, qui se présentent sous la forme de ce qu’Althusser (1970) appelle d’appareils répressifs d’État. Selon Orlandi (2012, p. 83), « la signification du corps ne peut être pensée sans la matérialité du sujet. Et vice versa, c'est-à-dire, nous ne pouvons pas penser à la matérialité du sujet sans penser à sa relation avec le corps »32. Plus que ça : le nombre d’hommes nécessaires pour arrêter la féministe montre le jeu des forces opérant dans cette relation de domination, d’oppression, de lutte et de résistance. La lutte féminine contre les instances patriarcales traverse cette image indiquant les formations discursives et idéologiques au combat. L’idéologie dominante et l’idéologie dominée sont placées aux frontières du social à travers l’image du corps discursivement et politiquement boycotté.

Comme c’est l’habitude, lorsqu’il est question des scènes prototypiques de manifestations sociales, l’équivoque surgit dans la relation entre l’espace, l’histoire et le sujet. Dans le cas des images de cette manifestante suffragette il y a une confrontation qui produit des effets de sens traversant d’autres scènes. Ces corps se meuvent dans une lutte pour la liberté et contre le pouvoir abusif contre les femmes au long de l’histoire. Ces sens, comme nous pouvons noter, se répètent et s’actualisent (voir figure 3, ci-dessous) discursivement dans la mémoire des mouvements féministes.

Source: AFP, Georges Gobet, Getty Images, 2013

Figure 3 Activiste Femen immobilisée à Bruxelles en 2013 

Un gardien de sécurité a attaqué au sol une activiste du groupe Femen43 alors qu´elle essayait avec deux autres militantes féministes d’empêcher la voiture du premier ministre tunisien de quitter le bâtiment de la commission de l’Union européenne (UE) après sa séance de travail avec le président de l’UE le 25 juin 2013 au siège de l’UE à Bruxelles. La Commission européenne a exhorté la Tunisie à réformer les lois pénales de son précédent régime autoritaire alors que trois activistes féministes ont organisé une protestation en sautant sur la voiture du Premier ministre tunisien Ali Larayedh. Larayedh se rendait à Bruxelles à la veille d’une audience d’appel pour trois militantes européennes du groupe féministe Femen qui ont été condamnées à quatre mois de prison ce mois-ci pour avoir montré leurs seins à Tunis lors d’une manifestation pro Amina.

L’image du corps de l’agent de sécurité en immobilisant au sol le corps de l’activiste Femen (seins nus) est ainsi traversée par des sens qui sont interpelés par la mémoire. Les corps du féminisme en protestation se posent aux frontières sociales, idéologiques et politiques en déplaçant des sens et en ré-signifiant ce corps dans l’interdiscours. Comme c’est l’habitude, lorsqu’il est question des scènes prototypiques de manifestations sociales, l’équivoque surgit dans la relation entre l’espace, l’histoire et le sujet.

En pensant à l’événement de la structure dans les compositions visuelles, tel que proposé par Lagazzi (2014a), il est possible d’observer à partir de cette image (figure 3) comment la formulation visuelle se déroule dans différentes images du social. Métaphoriquement, il est possible de vérifier comment elle projette dans l’objet concentré les sens réprimés en condensation. Ainsi, nous remarquons, à partir de ces scènes, une relation d’altérité par le processus de dérive. Métonymiquement, encore selon Lagazzi (2014b), l’image marque le manque dans le glissement des sens par la réitération de l’objet en focus. Il y a, dans cette optique, un corps qui s’insurge, qui insiste dans la protestation et dont l’image paraphrasiquement glisse vers d’autres sens appelés par la mémoire - et il y a le boycott de ce corps et de la protestation dans le social, en soulignant la tension et le conflit dans la relation entre l’intra et l´interdiscours. Les processus d’identification des sujets sont constitués, en ce sens, par l’entrelacement des processus métaphoriques et métonymiques.

En outre: en pensant aux formulations du discours féministe en confrontation avec l’autre, par exemple, avec les autorités policières, ces relations sont des représentations d’une discursivisation qui, selon Lagazzi (2013, p. 110), «parlent de l’équivocité des formulations visuelles du corps qui se déroulent dans différentes images du sujet et qui parlent de la tension entre le sujet et les conditions qui le boycottent dans le social »5 4.

Le corps est mis en jeu dans une composition visuelle qui a des limites intra- et interdiscursives sensibles, importante à analyser dans le processus de structuration des conflits de/dans la tension sociale. Ainsi, il y a, d’une part, le corps (maculin) qui imprime la force par la violence, dans le mouvement pour contenir la protestation féministe. D’autre part, il y a le corps de l’activiste Femen qui souffre un boycott de sa protestation, et qui résiste, cependant, à avoir ses bras liés par la force, par les mains de l'autre (l’agents de sécurité) - produisant un préjudice résultant de la violation de sa liberté d’expression et de ses droits de protester politiquement. Le corps en protestation et le corps autoritaire entrent en combat, glissant vers d’autres sens de l'oppression. L’individualité et l’individuation du corps et du sujet se situent, ainsi, dans les limites discursives et idéologiques entre la répression et le féminisme.

Les lectures généralement faites des ces différentes positions occupées par les sujets indiquent la mobilisation de la mémoire et des sens historiquement construits. Tel que le pense Eni Orlandi, « [...] sujet et sens se constituent mutuellement, par leur inscription dans le jeu des multiples formations discursives» (ORLANDI, 1995a, p. 20). Nous observons à partir des images ici analysées que il y a des différentes positions-sujet occupées (les activistes, les policiers) par ceux qui assument, d’une part, une idéologie en lutte pour la liberté des femmes et pour l’égalité des droits des femmes dans la société et par ceux qui assument, d’autre part, une ideologie de répression contre les protestations féministes au long de l’histoire.

4 L’OCCUPATION DES ESPACES PAR LE CORPS DU FÉMINISME: HÉTÉROGÉNÉITÉ, DISCOURS ET IDÉOLOGIE

En pensant à la matérialité du corps face aux divers types d’occupation65 dans différents espaces, nous sommes conduits à considérer la relation de ce corps avec les rues et les espaces publics. Nous abordons, ainsi, cette relation en tenant compte de la question de l’histoire et de la mémoire discursive mobilisée par des images du féminisme au long du XIXème, XXème siècle jusqu’à aujourd’hui.

Dans le cas du corps en tant que support du discours de lutte et de résistance, il est essentiel de noter l’importance des images de plusieurs corps qui occupent les rues et la ville. Ces espaces représentent, par exemple, des lieux de mobilisation des forces sociales idéologiques et hétérogènes dans la relation entre le politique et le symbolique. En reprenant les paroles de Eni Orlandi, « il s’agit de comprendre comment les discours se textualisent dans cet espace d’interprétation particulier qu’est la ville » (ORLANDI, 2001, p. 117). En outre:

[...] si la ville est un lieu d’interprétation avec ses particularités significatives, la rue peut être considérée comme structurant cet imaginaire où la ville signifie: voie publique, trottoir, piétons. Lieu public, lieu commun: dans cet espace commun le rapport entre le corps du texte et le texte du corps - ce dernier étant signifié dans une symbiose présente dans ce que j’appelle récit urbain (effet symbolique liant le sujet et la ville) - il s’établit un jeu de mémoire où travaille la divergence. (ORLANDI, 2001, p. 123)

C’est justement pour cela (pour cette question liée à la mémoire et à l’histoire) qu’il est important de regarder, tel que le fait Blandin (2017, p. 13) : « la constitution en vagues de l’histoire du féminisme, on l’aura compris aux exemples choisis plus haut, est internationale: les mouvements ont des prolongements dans les différents espaces du monde ». Citant l’ouvrage Le Siècle des féminismes, dirigé par Éliane Gubin et al. (2004), l’auteure soutient également que: « [...] dans l’histoire des féminismes, une même vague peut avoir des bornes différentes selon les pays. La diversité des idéologies, mais aussi des origines politiques et sociales des mouvements conduit, en effet, à parler le plus souvent de « féminismes » au pluriel » (Blandin, 2017, p. 13).

Ainsi, la discursivité des protestations féministes occupent différents espaces de plusieurs manières, chacune produisant différents effets de sens concernant le corps. Cela est le cas, par exemple, de l’afroféminisme, un mouvement apparu pendant la période d’émancipation féministe des années 1970, à l'époque du Black Feminism (féminisme noir), qui a eu lieu à partir de plusieurs mouvements comme celui entrepris par l’abolitionniste noire américaine et activiste des droits des femmes, Sojourner Truth76 (1797-1883), et tous ceux dirigés par d’autres membres et groupes de l’afroféminisme, comme celle des femmes87 du Black Panther Party, aux États-Unis.

Source: Black Panthers: 1968, par Howard Leonid Bingham.

Figure 4 Femmes du Black Panther Party devant le palais de justice du comté d’Alameda, à Oakland, en 1968 

En observant cette image (voir figure 4), il est possible d’observer plusieurs activistes féministes du Black Panther Party brandissant des affiches pour la libération de Huey Percy Newton devant le palais de justice du comté d'Alameda, en Oakland, en 1968. Il y a dans cette scène une organisation de ces corps en tant que support du discours politique noir. Mais, dan ce cas, c’est une protestation politique féministe à la défense d’un homme, cofondateur du Black Panther Party, qui était une organisation politique noire, fondée en 1966, en Californie, et axée sur la lutte pour l’égalité raciale aux États-Unis.

Ces corps sont des corps occupant des espaces juridiques de combat contre le racisme, la persécution politique, exerçant les droits des femmes noires de protester librement (dans la conjonction de corps émancipateurs), comme nous pouvons voir également à partir de la figure 5.

Source: Getty Images, David Fenton, 1969

Figure 5 Groupe féministe se manifeste dans les rues en faveur du Black Panther Party, à New Haven, en 1969 

Le mouvement de libération des femmes était une lutte collective pour l’égalité qui était le plus actif à la fin des années 1960 et 1970. Il cherchait à libérer les femmes de l’oppression et de la suprématie masculine. Ces corps en organisation dans les espaces publics ont été composés de groupes en lutte pour la libération de femmes, de plaidoyers en lutte pour la sensibilisation de la théorie féministe et de diverses actions individuelles et collectives en faveur des femmes noires et de la liberté féministe. Les mains noires (voir figure 5) portent des affiches dans les rues américaines avec les mots suivants: « woman’s liberation » (libération des femmes), « free our sisters, free our selves » (libérons nos soeurs, libérons-nous). En termes discursifs, nous observons attentivement ici «l’imbrication matérielle entre le verbal et le visuel qui rend possible la critique qui se formule » (LAGAZZI-RODRIGUES, 2011). Dans ce cas, nous pouvons dire qu’il s’agit d’une critique qui passe par l’irruption constante du sens de l’esclavage et de l’emprisonnement en tant qu’élément cause d’une lutte idéologique, sociale, politique et historique.

Ainsi, alors que Sojourner Truth dans les années 50 annonçait déjà aux États-Unis que la situation des femmes noires était radicalement différente de celle de nombreuses femmes blanches, qui luttaient alors pour le droit de vote, au travail (contrairement à de nombreuses femmes noires qui luttent encore pour être traitées comme des personnes, comme des humains), au Brésil, à son tour, le féminisme noir a commencé à s’accroître dans les années 1980.

Selon Moreira (2007, p. 59), la relation des femmes noires avec le mouvement féministe est établie à partir de la III Rencontre féministe latino-américaine tenue à Bertioga (Brésil), en 1985, d’où provient l’organisation actuelle des femmes noires avec une expression collective qui émerge dans le but d'acquérir une visibilité politique dans le domaine féministe. À partir de ce moment-là, selon l’auteure, apparaissent les premiers collectifs des femmes noires, période pendant laquelle sont tenues certaines réunions nationales et internationales des femmes noires.

Dans les périodes précédentes, cependant, il y avait des vestiges de participation des femmes noires à la réunion nationale des femmes, tenue en mars 1979 au Brésil. Cependant, notre compréhension est que, à partir de la réunion à Bertioga, se consolide chez les femmes noires le discours féministe, car au cours des décennies précédentes, il y avait eu un rejet par certaines femmes noires de l’identité féministe. Cela est dû au fait qu’elles ne se sont pas identifiées avec un mouvement en grande partie blanc et de classe moyenne.

De cette façon, dans différents contextes de protestation, nous examinons soigneusement la question de l’altérité et de l’hétérogénéité discursive et idéologique comme condition de ce qui se rapporte à l’autre, en termes de distinction, dans les espaces de signification dont les corps sont placés entre la mémoire, le social et les différentes positions occupées par les sujets dans la pluralité des discours féministes.

Source: Brazil Photo Press, Ale Vianna, Estadão.

Figure 6 Activistes du Femen Brazil en 2013 à São Paulo 

Dans cette image, nous observons les corps des militantes féministes du groupe Femen Brazil protestant sur un pont au quartier à Liberdade au centre de la capitale São Paulo, le 31 jeudi 2013, contre les meurtres en série qui ont eu lieu dans la partie orientale de cette ville au début de 2013. L’image des femmes manifestant seins nus instaure une relation traversée par les mots présents sur les affiches: « vender o corpo não é vender a alma » (vendre le corps n’est pas vendre l’âme), « stop violence against women » (arrête la violence contre les femmes), « se você broxar, não tente nos matar » (si vous ne bandez pas, n’essayez pas de nous tuer) et « fui prostituta, mereço morrer ? » (j’ai été une prostituée, je mérite de mourir?). Les critiques qui se formulent également dans ce cas se posent dans l’imbrication matérielle entre le verbal et le visuel, fondamental pour comprendre les sens mobilisés dans l´interdiscours.

Il y a ici un point fondamentalement important à aborder qui est la question du corps nu et l’inscription des plusieurs paroles de protestation dans ce corps. Comme nous l’élucide Fernanda Pereira :

[...] en ce sens, l’acte des manifestants FEMEN de marquer leurs corps avec des slogans et des symboles de protestation, représenterait cette nécessité du sujet de mettre dans le corps leur discours, dans ce mouvement de langage débordant, c’est-à-dire tout le contrôle exercé sur le corps féminin par la société patriarcale, intériorisée dans ces corps à travers l’histoire, vient à la surface d’entre eux sous la forme de matérialité discursive contre ce contrôle. Ces sujets, entourés intérieurement et extérieurement par cette forme de domination constante, qui envahit tous les moyens de signification possibles, expriment dans leur corps leur besoin de paternité. Ces marques, appartenant à un groupe qui partage le discours pour la libération du corps de la femme, donnent du pouvoir aux corps nus des manifestants qui sont ainsi constitués comme des matérialités discursives, rendant ainsi ce sens circulaire dans différents espaces (PEREIRA, 2017, p. 144)98.

Et cela est une protestation féministe qui se déroule à partir du corps en tant que support d’une idéologie en faveur de la liberté des femmes de se prostituer de leur propre volonté et de s’habiller librement sans souffrir de machisme. En outre: les activistes féministes, lorsqu’elles exposent leurs seins nus, ont choisi un lieu dont le nom de quartier (Liberdade; en français, Liberté) n'est pas un choix par hasard. Donc elles luttent ouvertement (et librement) dans cet espace public contre le viol et la mort des femmes, aussi bien que contre la violence sexuelle dont beaucoup de femmes souffrent quotidiennement.

Dans cette optique, à partir de la perspective du matérialisme-historique, nous considérons que les sens sociaux occupent le corps et que les sens d’occupation mettent les corps en mouvement de discours. Il y a des corps qui occupent des espaces publics, aussi bien qu’il y a des sens qui occupent ces corps. Ainsi, il y a des discours hétérogènes (même s’ils ne préconisaient pas une cause raciale), cependant, occupés et traversés par des sens qui constituent ces corps idéologiquement en faveur d’une autre cause qui concerne toutes les femmes: la violence sexuelle indépendamment de leur race, de leur couleur de peau, de leur religion, de leur sexe et de leur identité.

En réfléchissent un peu plus sur des questions, nous pouvons mentionner les travaux de Marie-Anne Paveau e de Stéphanie Pahud, qui abordent la question des « nouvelles argumentations féministes ». Selon les auteures :

[...] les féministes de quatrième génération, parce qu’illes sont prises dans un réseau de traits non séparables les uns des autres, intègrent en effet à leur discours une description de soi : déclaration de privilège de la femme blanche hétérosexuelle bourgeoise ou du mâle blanc hétérosexuel, selon l’expression désormais consacrée, ou au contraire déclaration d’oppression de la part, par exemple, de la femme noire lesbienne qui sera ségréguée à la fois pour son genre, sa couleur et sa sexualité. On pourra se demander s’il faut parler d’un nouveau « féminisme » ou s’il faut trouver un nouveau concept pour décrire ces nouvelles revendications (Paveau; Pahud, 2017, p. 6-7).

C’est à travers ces chemins et d’autres que des mouvements comme l’Osez le féminisme! et beaucoup d’autres actuellement reconnaissent les féminicides et des meurtres sexistes, font campagne contre la lesbophobie et la biphobie et prennent parti en faveur du mariage homosexuel et souhaitent que les couples de lesbiennes et les femmes célibataires aient le droit d’accéder à la procréation médicalement assistée - et beaucoup de questions souvent spécifiques, telles que celles revendiquées par des féministes noires au Brésil.

Ceci est assez différent de cette autre forme de protestation, qui se formule à partir d’autre discours spécifiques, répudiant la violence sexuelle contre les femmes noires brésiliennes10 9 (voir la figure 7 ci-dessous).

Source: Coletivo Negração, 2014.

Figure 7 Groupe contre l'exploitation de l’image des femmes noires 

Les affiches que portent les trois femmes noires du Coletivo Negração pour la campagne Globeleza não nos representa! (en français, Globeleza1110 ne nous représente pas!), que nous pouvons observer dans la figure 7, sont utilisées comme une forme de protestation contre l’exploitation médiatique de l’image des femmes noires en des lieux spécifiques (tels que ceux dans lesquels les corps de la femme noire sert de publicité destinée à attirer, par exemple, le tourisme sexuel étranger - traversé par la mémoire des esclaves noires violées par des colons blancs entre les XVIème et XIXème siècles). En même temps, les affiches (respectivement en vert, jaune et rouge - dans une opaque allusion aux couleurs du drapeau de la Jamaïque, comme représentation d’un pays africain) servent à couvrir les corps des féministes en protestation comme manière de refuser l’exploitation sexuelle de l’image du corps des femmes noires. En examinant l’image des femmes noires, Garcia et Sousa (2015) discutent:

[...] le discours-autre soutient que la femme, en particulier la femme noire,fonction dans la société et dans le carnaval "pour attirer l’homme étranger", étant donné la façon dont les sens mulâtres ont été tirés depuis l’esclavage, ce qui sert le seigneur dans tous les cas de la vie privée inclusive. Un tel sens dominant a été enregistré socio-historiquement et cristallisé comme la seule façon de dire du corps de la femme noire, une partie ou un objet à acheter et à utiliser dans et hors du lit. Nous insistons sur la façon dont des parties de ce corps féminin noir ont été discursées dans la matrice esclave qui soutient et soutient encore les effets : des seins pleins de lait maternel qui assurent la puissance d’allaitement, des fesses généreuses et des lèvres épaisses, capables d’assurer la satisfaction sexuelle. les seigneurs. Ces effets, par leur façon de constituer un dicton officiel et dominant, ont stabilisé une certaine image du corps de la femme noire. (GarcIa; SouSa, 2015, p. 97) 11

D’autre part, la relation de protestation contre l’exploitation sexuelle de l’image de nombreuses femmes noires est interpelée, dans ce cas, par l’imbrication entre les effets de la matérialité verbale sur le non-verbal (ORLANDI, 1995b), à partir de l’usage, par exemple, des expressions qui circulent dans le portugais parlé au Brésil - comme carnaval (fête très connue populairement et caractérisée par la sensualité des brésiliennes), gringo (un terme péjoratif pour caractériser l’étranger) et mulata (un autre terme souvent utilisé de manière péjorative, mais pour caractériser un certain type de femme noire [métisse], généralement sensuelle, dans le sens mobilisé par des activistes dans la figure 7).

En abordant, ainsi, la question des espaces occupés par des corps du féminisme en mouvement du sens, nous observons ces autres formes d’occupation du corps dans les rues, à partir d’autres scènes prototypiques de protestation féministe (voir les figures 8, 9 et 10).

Source: Frame, Carla Carniel, 2011

Figure 8 Jeunes femmes en protestation dans les rues à São Paulo 

Source: Rotmi Enciso, Mexico, 1991.

Figure 9 Jeune femme en protestation 

Cette image (figure 8) provient d’une autre scène de protestation féministe, qui a eu lieu à São Paulo, en 2011. La formulation visuelle également laisse échapper des effets de la materialité verbale sur le non-verbal. Les corps des jeunes femmes dans les rues du Brésil brandissent un grand panneau noir dans lequel est écrit « Nem santas nem putas, mulheres » (Ni saintes ni putes : [juste] femmes) - note de notre part. Le terme que nous avons intentionnellement souligné révèle des sens implicites qui constituent un discours idéologiquement marqué par la négation de l’image de putes (ou d’autres termes : de prostituées) et également par la négation de la figure de saintes, liée à l'image de la femme rigoureusement religieuse et sexuellement pure.

Ces jeunes femmes, habillées plus discrètement (avec des blouses et des pantalons), semblent refuser, d’autre part, la nécessité d'exposer leurs corps nus, en soulignant les mots et le message sur le panneau. Dans ce cas, un discours peut citer autre discours, opposant différentes idéologies, même si à différents moments et conditions de production. Ce n’est pas nécessairement que les textes qui les matérialisent se réfèrent explicitement les uns aux autres, mais partent, dans l’implicite de dire, des visions du monde qui se rapprochent maintenant, parfois s’éloignent.

En continuant nos analyses, l’image ci-dessous (voir figure 9) a été prise pendant le mouvement féministe à Mexico qui a eu lieu le 8 mars 1991. Le mots « Ni santas, ni putas, sólo mujeres » (Ni saintes ni putes: juste femmes) déjà dits avant et ailleurs portent des sens qui semblent résonner à l’ interdiscours, traversés par la mémoire et par l’idéologie, dans ce cas, féministe - refusant, par exemple, le discours religieux et le discours machiste.

Penser à la matérialité significative du corps est, ainsi, considérer comment les différents discours (re)signifient le corps et comment ce corps se situe aux frontières du social dans les espaces occupés par des corps et par des affiches qui portent d’autres sens. En conséquence, une façon de protester ressemble à l’autre à partir du geste de brandir des affiches, mais d’une certaine manière qui produit d’autres effets de sens - comme nous pouvons observer dans la scène de protestation à partir de la figure 10 (ci-dessous).

Source: Brazil Photo Press, Ale Vianna, Estadão.

Figure 10 Féministes brésiliennes en protestation dans le métro 

Donc les effets de la matérialité verbale sur le non-verbal dans la relation corps-espace-discours peuvent être perçus dans les formulations visuelles qui se posent dans les frontières sociales. Les mots « o metrô é público, meu corpo NÃO » (Le métro est public, mon corps ne l’est PAS), dans l’affiche rose convoquent les mêmes sens où le corps des femmes n’est pas une invitation ouverte au sexe, en délimitant une frontière dans la relation avec l’autre, mais de manière à mettre en scène l’affiche grande de couleur rose bien visible, sans mettre en relief la nudité du corps (en tant que forme d’autre type de discours féministe).

Ainsi, l’entrelacement entre les images analysées dans cet article instaure l’actualisation du discours féministe d'une époque à l’autre.

Considérant, par conséquent, les conditions de la production discursive de ces images à partir de ces scènes ici examinées, nous pouvons comprendre, de cette façon, le rôle de la mémoire, qui intervient traversant les sens du corps.

5 REMARQUES FINALES

Ainsi, au cours des analyses faites dans cet article, nous avons cherché à comprendre le fonctionnement discursif de la matérialité signifiante du corps dans le mouvement de différents sens interpelés par les images et par les scènes prototypiques de protestations féministes au long de l’histoire.

Dans l’entrelacement des images observées, nous avons montré comment les systèmes de signes ne signifient pas séparément. En conséquence, l’image et l’événement de la protestation féministe signifient ensemble dans leur relation entre la matérialité symbolique, historique et discursive.

L’événement symbolique du corps et la formulation du sens, à son tour, sont discursivisés dans le social et sont mobilisés par la mémoire. Mémoire qui se pose dans les frontières entre le soi et l’autre, plus particulièrement, entre les différents corps des femmes qui se trouvent dans les rues, dans les espaces publics de différentes manières, dans des contextes différents, comme dans les frontières entre les affiches des manifestants et les forces des autorités policières en tant que barrières (physiques et sociales).

Tel que le rappelle Henry (1977), s’il est vrai que nous sommes corps, ces corps sont traversés par le langage. Les scènes prototypiques des manifestations et le sujets, en ce sens, convoquent des sens langagiers qui glissent vers d’autre sens - différents de ceux marqués par l’évidence. Les corps, l’événement, les sujets, les discours en mouvement occupent, ainsi, des différents espaces. En outre, ils sont structurés et formulés dans une relation ouverte entre « la structure et l’événement » (PÊCHEUX, 1983).

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1 Traduction de notre part vers le français à partir de l'original en portugais: « […] formulações visuais do corpo que se desdobram em diferentes imagens do sujeito e nos mostram a importância da remissão do intradiscurso ao interdiscurso para compreender a textualização das imagens ». Extraits du text « Metaforizações metonímicas do social » dans l’ouvrage Linguagem, Sociedade, Políticas, organizée par Orlandi en 2014.

2 Née Emmeline Goulden le 15 juillet 1858, à Manchester, et morte le 14 juin 1928, à Hampstead (Londres), elle était une femme politique britannique féministe, considérée par la revue Time, en 1999, une des 100 personnalités les plus importantes du XXe siècle. Elle a été l’une des fondatrices du mouvement des suffragettes en Angleterre et son action est reconnue historiquement comme un élément crucial pour l’obtention du droit de vote pour les femmes en Grande-Bretagne.

2 Traduction de notre part vers le français à partir de l’original en portugais: « a significação do corpo não pode ser pensada sem a materialidade do sujeito. E vice-versa, ou seja, não podemos pensar a materialidade do sujeito sem pensar sua relação com o corpo ».

3 Le groupe féministe Femen, d’origine ukrainienne, a été fondé à Kiev en 2008 par Anna Hutsol. Aujourd'hui, le siège du groupe est situé à Paris, en France. Les militants Femen généralement protestent seins nus - et elles affirment que, en montrant leurs seins, contrôlent leur propre nudité - un fait qui a généré des controverses et commentaires selon lesquels ce serait seulement une façon de nourrir plus d’un média sexiste.

4 Traduction de notre part vers le français à partir de l’original en portugais: « uma discursivização que fala da equivocidade das formulações visuais do corpo se desdobrando em diferentes imagens do sujeito, fala da tensão entre o sujeito e as condições que o boicotam no social ». Extraits de l’article «A imagem do corpo no foco da metáfora e da metonímia » publié par Suzy Lagazzi, dans la revue Redisco, en 2013.

5 À ce stade de notre parcours analytique, nous considérons des différents espaces d’occupation du corps traversés par le discours féministe, dans les limites possibles de l’analyse entreprise ici.

6 Née de parents esclaves dans la ville d'Hurley (une ancienne colonie hollandaise du comté d'Ulster, dans l'État de New York), Sojourner Truth (Isabella Baumfree ou Isabella Van Wagener) devint une fervente défenseur de la cause abolitionniste et du mouvement des droits des femmes. Son fameux discours, Ain't I a Woman?, prononcé en 1851 à Akron dans l'Ohio lors de la convention des droits de la femme aux États-Unis, résumait bien les revendications de la cause féministe noir de son époque.

7 Nous pouvons citer quelques unes des féministes noires célèbres du Black Panther Party aux États-Unis, comme, par exemple, Kathleen Neal Cleaver, Angela Yvonne Davis, Elaine Brown, Assata Olugbala Shakur et Fredrika Newton.

8Traduction de notre part vers le français à partir de l’original en portugais extrait de la dissertation du master soutenu au Brésil, en 2017, par Fernanda Pereira, et intitulée Corpos em protesto : uma análise discursiva do movimento Femen - en français « Corps en protestation: une analyse discursive du mouvement Femen ».

9Dans ce cas, il est possibile d’identifier le discours féministe répudiant la violence sexuelle spécifiquement contre les femmes noires brésiliennes, étant donné qu´en découlent des expressions qui circulent (certaines de manière péjorative) dans le portugais parlé au Brésil - comme gringo e mulata.

10Globeleza est le nom d’un personnage féminin dans les publicités télévisées qui couvrent le carnaval au Brésil réalisées par Rede Globo.

Received: August 28, 2017; Accepted: May 20, 2018

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Chercheur au niveau master en Linguistique à l’Institut d’Études du Langage (IEL) de l’Université de Campinas (UNICAMP). São Paulo, SP, Brésil. ORCID: <http://orcid.org/0000-0001-6380-4792>. E-mail: emanuellangelo@yahoo.com.br.

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