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Boletim do Museu Paraense Emílio Goeldi. Ciências Humanas

Print version ISSN 1981-8122

Bol. Mus. Para. Emílio Goeldi. Ciênc. hum. vol.7 no.2 Belém May/Aug. 2012

http://dx.doi.org/10.1590/S1981-81222012000200016 

MEMÓRIA

 

Darrell Posey: un chercheur engagé

 

Darrell Posey: an engaged researcher

 

 

Anne Gély

Docteur en Biogéographie. Université Paul Sabatier, Toulouse, France

Autor para correspondência

 

 


RÉSUMÉ

Scientifique visionnaire (idéaliste pour certains), citoyen engagé (activiste pour d'autres), Darrell Posey (1947-2001) a marqué de son empreinte son passage en territoire indigène. Il a eu le mérite d'ouvrir un débat indispensable à la frontière entre cultures, sciences et développement en associant les indiens Kayapó à ses réflexions et ses actions, et en leur permettant de faire entendre leurs voix et de défendre leurs droits sur un plan national et international.

Mots-clés: Darrell Posey. Kayapó. Ethnobiologie. Gorotire.


ABSTRACT

Visionary scientist (idealistic for some), engaged citizen (activist for others), Darrell Posey (1947-2001) impacted for a long time with his passage in indigenous territory. He had the merit of opening a needed debate on the border between cultures, sciences and development involving the Kayapó Indian to his thoughts and actions. He also allowed them to make their voices heard and to defend their rights on a national and international stage.

Keywords: Darrell Posey. Kayapó. Ethnobiology. Gorotire.


 

 

En 1982, Darrell Posey (1947-2001) a mis en place un programme de recherche pluridisciplinaire en ethnobiologie chez les indiens Kayapó du Brésil. Son but était de comprendre comment les indiens gèrent, exploitent et utilisent le milieu dans lequel ils vivent. Entre 1985 et 1987, j'ai participé à ce projet en tant qu'ethnobotaniste rattachée au Museu Paraense Emílio Goeldi, grâce à un financement du Conselho Nacional de Desenvolvimento Científico e Tecnológico (CNPq) (Figure 1).

 

 

L'objectif du programme était de recueillir des données fondamentales en matière d'écologie, d'ethnologie et d'ethnohistoire, mais aussi d'utiliser ces connaissances pour régler des problèmes d'exploitation du milieu forestier, de santé publique, de relations entre la communauté et le monde extérieur. Une double ambition, en matière de recherche et de développement, caractérisait donc le projet de Darrell Posey.

Un tel programme, novateur et ambitieux, a associé des chercheurs de différentes disciplines et a été à l'origine de nombreuses publications. Il a également conduit à l'organisation d'une exposition à Belém réalisée en étroite collaboration avec les indiens Kayapó de Gorotire. Inaugurée en 1987, celle-ci a accueilli un million de visiteurs.

Darrell Posey a ainsi permis de mieux faire connaître et partager la culture Kayapó en favorisant une approche pluridimensionnelle du territoire et des hommes, et en mettant l'accent sur les problèmes rencontrés par les Kayapó. Son engagement l'a conduit à soutenir les revendications des indiens contre la destruction de la forêt amazonienne, en manifestant avec eux auprès de la Banque Mondiale.

En 1988, Darrell Posey a organisé le premier Congrès International d'Ethnobiologie dans lequel a été énoncée la Déclaration de Belém. Ce manifeste souligne l'importance des connaissances ethnobiologiques pour le futur et déplore la destruction physique et intellectuelle des peuples natifs. La Déclaration de Belém propose différentes recommandations en matière de recherche, de développement, d'éducation et de santé, visant à respecter les savoirs et les droits des populations indigènes en les associant aux différents projets les concernant.

En 1992, certains résultats de recherche publiés par Darell Posey ont fait l'objet de critiques virulentes sur le plan scientifique (Parker, 1993): ceux-ci concernent plus particulièrement la création d'ilots forestiers en savane par les indiens Kayapó (Posey, 1983). En décrédibilisant son principal auteur, la polémique engendrée a fait oublier l'intérêt de la démarche mise en œuvre par Darrell Posey. Non seulement les critiques formulées ne concernent qu'un aspect de son programme, mais elles tendent à estomper la dure réalité des conditions de terrain de l'époque, la nature des enjeux et des dynamiques en présence, et la force de l'engagement personnel de Darrell Posey.

Sur un plan scientifique et humain, faire en sorte que les différents chercheurs conviés à participer au projet s'ouvrent à la pluridisciplinarité, qu'ils s'adaptent à un socio-contexte culturel très éloigné du leur, qu'ils intègrent un minimum de codes culturels ainsi que des rudiments de langue, qu'ils ne commettent pas d'impairs ou de transgressions vis à vis des différents acteurs présents sur le terrain et qu'ils disposent de conditions minimales pour effectuer leurs recherches n'était pas chose aisée au regard du contexte de l'époque.

Faire accepter par la communauté Kayapó les thématiques de recherche envisagées, mais également lui demander d'intégrer en son sein tous les chercheurs qui se sont croisés ou succédés sur le terrain en faisant fi des inquiétudes, des interrogations et des perturbations que leur venue suscitait, relevait d'un autre challenge. Rappelons que des controverses existaient alors entre les Kayapó concernant la nature des relations qu'ils désiraient entretenir avec les étrangers (kub) et l'ntérêt des recherches scentfques, ces dernières étant soumises à discussion et autorisation de la part des représentants de la communauté.

Darrell Posey a eu le mérite de réunir l'ensemble des conditions requises pour réaliser son programme. Il a su accueillir successivement chaque chercheur, l'introduire dans la communauté et le guider, souvent en assurant le rôle de traducteur et ce, dans un contexte particulièrement tourmenté. Notons qu'à cette époque, les conflits étaient particulièrement aigus et complexes dans la réserve Kayapó, alors en cours de démarcation.

Pour mémoire, en 1980, 17 personnes avaient été tuées par les Kayapó dans la Fazenda Espadilha, située sur leurs terres. Une ambiance particulièrement lourde régnait à Redenção, la ville la plus proche de leur territoire et les chercheurs d'or menaçaient d'attaquer le village de Gorotire. Lors de l'un de mes séjours, l'intervention du président José Sarney avait permis à l'armée de s'interposer entre cinq mille 'garimpeiros' armés jusqu'aux dents et les Kayapó de Gorotire.

Des tensions et des pressions très fortes existaient également sur le terrain entre toutes les parties en présence: 'garimpeiros' (chercheurs d'or), 'fazendeiros' (propriétaires fermiers), 'madeireiros' (exploitants forestiers), communautés Kayapó, scientifiques, représentants de la Fundação Nacional do Índio (FUNAI - Fondation Nationale de l'Indien), missionnaires et politiques.

Il faut ajouter à cela les maladies (paludisme, tuberculose, hépatite, empoisonnement au mercure rejeté par les orpailleurs) dont faisait l'objet la communauté - et parfois les chercheurs. Un tel contexte ne constituait pas un cadre idéal pour développer des recherches et le moindre impair pouvait avoir des conséquences très sérieuses.

Tous ces facteurs ont nécessité un lourd investissement de la part de Darrell Posey qui s'est alors positionné en tant que chercheur mais aussi en tant que citoyen engagé. Il l'a fait de manière active et les critiques virulentes (et parfois discutables) dont il a été l'objet sur un plan scientifique doivent être ici relativisées au regard du contexte global existant à cette période, de rivalités personnelles avérées et de difficultés d'enquêtes sur le terrain.

En effet, chez les Kayapó qui ont connu des bouleversements considérables depuis le milieu du siècle dernier, les difficiles compromis entre tradition et modernité engendrent une reformulation permanente des liens entre l'homme et son environnement, liens d'ordre naturel ou socioculturel. Cette dynamique induit des niveaux de lecture variables dans le temps et dans l'espace pour les observateurs, scientifiques de passage.

La durée de séjour, la spécialité et le positionnement (idéologique ou stratégique) de chaque chercheur, son périmètre de travail, sa connaissance de la langue et ses méthodes d'analyse conduisent parfois à des analyses divergentes et polémiques. Ces dernières questionnent directement la place du chercheur, la place des sciences et des ethnosciences, à la lisière entre nature et culture. Une véritable critique des résultats de recherche ne peut s'effectuer sans prendre en compte l'ensemble de ces paramètres. Dans ce contexte de controverses, les ethnosciences ont été remises en question par d'éminents scientifiques.

En fait, sciences et ethnosciences n'obéissent pas aux mêmes logiques et ne sont pas basées sur les mêmes systèmes cognitifs. Elles ne peuvent donc pas être opposées, mais simplement décodées et comprises chacune avec leurs propres systèmes de représentation. Cette démarche nécessite avant tout un respect de l'autre, de son mode de perception et d'interprétation, puis une analyse et une intégration des données dans un contexte scientifique faisant lui-même l'objet d'un questionnement.

Si les données relevant des ethnosciences sont parfois décriées sur un plan scientifique, c'est qu'elles ne sont pas uniquement basées sur l'observation, mais sur l'interprétation, voire l'interprétation d'interprétation: elles ne sont donc pas toujours vérifiables expérimentalement. Pour autant, elles ne sont pas dénuées d'intérêt. Lévi-Strauss, á partir d'hypothèses 'non scientifiques', au sens que le mot prend en physique ou en biologie, et de données ethnologiques spécifiques n'a t-il pas élaboré une théorie anthropologique, á ce jour inégalée?

S'il est pénalisant de se priver de l'apport des ethnosciences, il est tout aussi dangereux, sur un plan scientifique, de recueillir et d'intégrer incomplètement les données relevant de ce domaine. Un travail important reste á fournir pour sélectionner les concepts, les outils d'analyse et les méthodes les plus accessibles et les plus adaptés pour faciliter la communication entre sciences et ethnosciences, afin de discuter les données recueillies avec l'ensemble des acteurs et l'ensemble des disciplines. La réponse à la question "Doit-on avoir foi en l'Homme et en la Science ou aux Hommes et à leurs Sciences?", n'est en effet pas dénuée d'intérêt.

En matière de développement, que dire des nombreux essais officiels de protection du matériel génétique qui n'ont pas abouti, faute d'intérêt ou de soins apportés aux échantillons par les instances concernées? Que dire des essais expérimentaux de plantation en savane qui n'ont jamais été réalisés, suite aux polémiques engendrées?

Si les critiques scientifiques formulées contre Darrell Posey l'ont affecté personnellement et ont freiné certaines initiatives en termes de recherche, de développement et de conservation (Posey, 1998), elles l'ont également conduit à de nouveaux défis sur un plan politique: il a alors joué un rôle moteur dans la reconnaissance des droits de propriétés intellectuelles des populations indigènes.

Les menaces de mort qui ont suivies ont sans doute contribué au départ en Europe, à la maladie et au décès de Darrell Posey en 2001. Scientifique visionnaire (idéaliste pour certains), citoyen engagé (activiste pour d'autres), Darrell Posey aura marqué de son empreinte son passage en territoire indigène (voir par exemple le témoignage de Mokuka Kayapó sur Darell Posey, Annexe). Il aura eu le mérite d'ouvrir un débat indispensable à la frontière entre cultures, sciences et développement en associant les indiens Kayapó à ses réflexions et ses actions, et en leur permettant de faire entendre leurs voix et de défendre leurs droits sur un plan national et international.

Je peux attester du difficile et honorable combat qui a été le sien sur le terrain à cette époque.

 

RÉFÉRENCES

PARKER, Eugène. Fact and fiction in Amazonia: the case of Apete. American Anthropologist, v. 95, n. 3, p. 715-723, 1993.         [ Links ]

POSEY, Darell. Diachronic ecotones and anthropogenic landscapes in Amazonia: contesting the consciousness of conservation. In: BALÉE, W. (Ed.). Advances in historical ecology. New York: Columbia University Press, 1998. p. 104-119.         [ Links ]

POSEY, Darell. Indigenous ecological knowledge and development of the Amazon. In: MORAN, Emilio (Ed.). The dilemma of Amazonian development. Boulder, Colorado: Westview Press, 1983. p. 225-257.         [ Links ]

 

 

Autor para correspondência:
Anne Gély
42, rue Bizet
34830. Clapiers, France
(gely-anne@wanadoo.fr)

Recebido em 04/07/2012
Aprovado em 10/07/2012

 

 

1Em 1985, a reunião da Sociedade Brasileira para o Progresso da Ciência foi realizada em Belo Horizonte, mas não temos a confirmação da participação de Posey e Mokuka no evento.

 

 

Ikamy, ele me chamava de meu irmão.

Darell Posey era um americano muito bom e a história dele que eu vou contar é a seguinte. Ele gostava de trabalhar com os índios Kayapó, gostava da nossa língua, queria ajudar e fazer as coisas que para nós, Mebêngôkre, são as mais importantes. Ele falava tanto! Assim, querendo aprender e falar sempre com os índios velhos. Saber melhor também. Por isso que esse homem gostou de conversar e de viajar. Uma vez, por exemplo, eu já viajei com ele no Minas Gerais para uma fala, dizer alguma coisa lá na Universidade, e tenho muitas lembranças dessa viagem junto com ele. Ele gostou demais, ele sempre ia falando, trabalhando e aprendendo.

O que mais gostava era de conversar com os índios velhos, muitos velhos, para aprender com eles as histórias antigas. Na aldeia, em Gorotire, andava nas casas Mebêngôkre, de casa em casa conversando. Queria aprender, fazer as coisas do Mebêngôkre, aprender remédios do mato. Ele queria aprender e também ensinar para quem não é Mebêngôkre. Por isso que ele andou com o índio chamado Kwyrekà, que lhe ensinou remédios de mato, ensino um pouco, o Darell aprendeu com ele. Ele também andou com um índio chamado Beptopoop [Figure 2], que o levou no mato, revelando remédios e cada doença que curam esses remédios. Isso ele aprendeu com ele, e assim por diante. Se o Darell ainda fosse vivo, ele iria ficar muito mais tempo com nós, ele iria aprender muito ainda e fazer muitas coisas importantes. Sabe, ele foi uma pessoa importante para nós, comigo ele nunca fez uma coisa ruim.

Depois da nossa viagem, ele nos deixou e foi embora de volta para o país dele. Se tivesse ficado mais tempo com ele, alguns meses, eu ia aprender muito mais com ele e ele comigo, mas não fiquei muito. Eu fiquei poucos dias com ele, nem um mês. Isso foi em... em 1983 talvez1. Ele me chamou porque naquele tempo eu era filmador. Comecei a trabalhar de cineasta e aprender com um curso junto com o Vicente Carelli, em São Paulo, ou seja, mexer com filmadora. Quando voltei de São Paulo, depois de capacitar, estava me esperando a sua mãe Eu'yre e a sua irmã Kokoti, pequenina ainda. Então, quando voltei, ele me descobriu, e então ele me chamou "quero você para trabalhar comigo também, você é inteligente, tem que fazer alguma coisa, tem que ir para fora também, viajar e ajudar para ajudar os Mebêngôkre". O dia que ele me chamou, o Paiakã já tinha falado para mim: "o Darell falou para mim que quer viajar com você". Foi assim, fomos nós três: o Kajire de Kaprãtere, o Totkrã da aldeia de Gorotire e eu. Mas, depois de chegar, o Totkrã ficou com saudade, então ele voltou depois de três dias, enquanto nós ficamos lá no Minas Gerais. O Darell era muito bom, ele ajudou demais. Na hora de voltar, ele me chamou ikamy, pois ele me chamava assim: "meu irmão, ikamy, vou levar você até Brasília e de lá você irá sozinho para Redenção". Daí ele foi no banco, pegou o dinheiro e falou assim: "não pode gastar o seu, então vou pagar as suas despesas na viagem e você fica com o dinheiro". Ele era assim. Uma pessoa muito legal, e muito importante para nós todos, os Mebêngôkre.

O nome dele era Iaroti e tinha outro nome, que era Tôt'hi, o que quer dizer 'osso de tatu'. Esse nome foi um índio de Kubenkrãnken que deu para ele. Ele aprendeu muito com o Kwyrekà [Figure 3], que era meu pai, irmão do meu pai Kupatô. Aprendeu de remédio, mas não chegou a aprender de wayanga [xamã], só um pouco sobre remédios com eles, em Gorotire. Ele era engraçado demais! Ele gostava de conversar e gostava de brincar. Ele comia as coisas do Mebêngôkre, ele conversava e falava muito com Mebêngôkre, sentava como Mebêngôkre e brincava com as crianças. Ele brincava com criança, sabe assim: fazendo mal de brincadeira, como se fosse coisa verdadeira! Conversava com a gente, pegava criança no colo conversando com elas. Quando ia para a aldeia, dificilmente ele saía de lá para voltar para a cidade ou para sua terra. Ele ficava umas semanas ou uns meses. Ele era tão bom para nós, tão bom era conversar, pois conversava demais e explicava também, para os grandes e os pequenos, para os homens e as mulheres, para todos.

Mokuka Kayapó

Entretien et la transcription de Pascale de Robert

Tucumã, février 2012