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<article-title xml:lang="fr"><![CDATA[L'historiographie de la Révolution Française a la veille du bicentenaire]]></article-title>
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</front><body><![CDATA[ <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="4"><b>L'historiographie    de la Révolution Française a la veille du bicentenaire</b></font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><b>Michel Vovelle</b></font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>La Revolution    est-elle "terminée"?</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Qu'on me permette    de débuter en rapportant une boutade, mais c'est une boutade amère: elle me    renvoie à ma premiere rencontre avec Albert Soboul, et c'était, si j'ai bonne    mémoire en 1958. Jeune agrégé d'histoire, je m'engageais dans la voie de la    recherche, avec l'idée de travailler sur la Révolution. Et Albert Soboul que    je consultais, de me dire tout à trac <i>Pourquoi veux-tu travailler sur la    Révolution Française? Ça n'intéresse plus personne. </i>Remarque paradoxale:    lui-même, soutenant alors sa thèse, était au faite de sa productivité — et,    nous le verrons à l'instant, il était loin d'être seul, ou isolé.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Force m'est pourtant de me remémorer    cette phrase pessimiste, lorsque je considère combien, dans une optique toute    différente, l'idée a cheminé. Ce qu'exprime en termes d'humour inquiet Albert    Soboul en 1958, bientôt François Furet le reprendra, définissant la Revolution    comme un <i>objet froid, </i>puis annonçant en 1978 <b>(Penser la Révolution)    </b><i>la Révolution est terminée, </i>phrase qu'il commente en 1986 <b>(Le    Nouvel Observateur, 28 février) </b><i>Quand j'ai écrit la Revolution    est terminée c'est une maniere d'exprimer un voeu et un constat.</i></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Ne soupçonnons    pas Francois Furet d'arnères pensées homicides: mais lorsqu'il se place ainsi    au niveau du souhait, il considère bien non seulement qu'une cértaine historiographie    de la Révolution Française a vécu, mais plus encore que pour qu'une autre puisse    renaitre — plus sereine, ou plus scientifique sans doute — il convient bien    que l'objet du débat soit revêtu selon l'expression consacrée de la <i>beauté    du mort.</i></font></p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Ce faisant, il ne fait que répercuter    avec finesse une des nouvelles idées recues, souvent formulée en termes plus banais, tout n'a-t-il pas été dit ou    plutôt écrit sur la Révolution Française? Quelles retouches apporter à un canevas    événementiel sans mystère? Ou, avec plus de perfidie, I&acute;histonographie    française de la Révolution ne s'est-elle pas sclérosée, devenant répétitive,    en s'enfermant dans le dogmatisme, quitte à laisser la fraicheur des nouvelles    découvertes à d'autres, les anglo-saxons peut-être, dont on souligne l'activité    sur ce chantier qu'ils abordent sans préjugés.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Entre les constais et les procès d'intention,    quelques réalités s'imposent, au tournant des années 80, dans l'appréciation    de ce paysage collectif. Comme elle a reculé dans les programmes de l'enseignement    primaire et a fortiori secondaire, 1'histoire de la Révolution, enseignée à    la veille de la dernière guerre mondiale dans la quasi totalité des Universités    Françaises, ne l'est plus aujourd'hui que dans quelques unes, mis à part la    Sorbonne-Paris I, forteresse assiégée? — ainsi à Rouen, Tours, Dijon ou Aix.    Misére d'une pédagogie qui n'a pas été encouragée, comme en témoignent les difficultés    à survivre de grandes collections documentaires (les Archives Parlementaires).</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Avant de conclure prématurément, peut-être,    convient-il de nous interroger; et sans remonter au déluge, d'opérer le <i>flash    back </i>indispensable pour apprécier la situation au vrai.</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><b>En    termes de "Flash back": gloire et misère de l'historiographie révolutionnaire.</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">On peut parler    d'un âge d'or de l'historiographie de la Révolution, si l'on se place à ce que    Pierre Chaunu appelerait <i>l'horiz on 1900, </i>et ce que pour ma part j'aimerais    qualifier d'époque jauressienne, quand Jaurès non seulement mène à bien l'ample    saga de <b>l'Histoire Socialista de la Révolution </b>écrivant dit-il à la triple    lumière de Michelet, de Marx et de Plutarque; introduisant en tous cas, ne fut-ce    qu' à titre d'anticipation la pratique d'une approche résolument scientifique,    mais aussi fait créer sous l'égide des Chambres Parlementaires la célèbre <i>Commission    de recherche et de publication de textes et de documents relatifs à l'histoire    économique et sociale de la Révolution Française. </i>Sur un chantier où se    rencontrent des savants de tous pays — Minzes, Loutchisky, Kareiew, défricheurs    de l'histoire agraire de la Revolution — s'inscrit l'enchainement, alors, des    grandes silhouettes de l'école française: Alphonse Aulard, premier occupant    en 1886 de la chaire d'Histoire de la Révolution à la Sorbonne, poursuit avec    Albert Mathiez un débat d'idées par héros interposés — Danton contre Robespierre    — lecture <i>radicale </i>contre lecture <i>socialiste.</i></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Mais cet aspect    polémique ne masque pas l'extrême fécondité d'une recherche qui, de Mathiez    à Lefebvre, à Soboul jusqu'à hier a posé les bases d'une école, diverse dans    sa continuité, porteuse d'un discours progressivement elaboré sur la Révolution.</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>Une historiographie    conquérante et sûre d'elle-même?</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Sûre d'elle-même    cette école <i>jacobine</i>? On l'a dit, et peut-être avec trop d'insistance.    Conquérante, à coup sûr: depuis les chantiers de l'histoire politique, à laquelle    ils ont su ne pas se tenir, ces maitres, à commencer par Mathiez (Mouvement    social et vie chère sous la Terreur) pour poursuivre par Lefebvre (le Georges    Lefbvre des Paysans du Nord sous la Révolution Française ou de La Grande Peur),    pour culminer dans les <i>Sans Culottes parisiens en l&acute;an II </i>d'Albert    Soboul, ont elaboré une lecture sociale de la Révolution Française, introduisant    progressivement sur la scene les masses rurales, puis urbaines, proposant le    schéma explicatif d'une <i>Révolution bourgeoise à soutien populaire, </i>qui    constituerait l'originalité de la voie révolutionnaire française, en un modèle    où se réunifient <i>les </i>Révolutions — bourgeoise, urbaine et paysanne —    dont Georges Lefebvre avait dit la diversité.</font></p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Marxiste, ce modèle jacobin? Oui et    non, adoptant certes le presuppose d'une mutation nécessaire, fondée dur le    changement des structures sociales et des formes de production à la fin du XVIIl<sup>ème</sup>    siècle, autant et plus peut-être que sur l'evolution des idées. Mais suffisamment    large et convaincant pour retenir l'adhésion d'hiistoriens qui, de Marcel Reinhard    à Jacques Godechot, pour ne citer que quelques uns restent plus jacobins que    marxistes. Et l'on peut parler d'un véritable épanouissement dans les années    1950 à 1960, quand les dernières années de Georges Lefebvre s'éclairent du rassemblement    à Paris de toute une pléiade de chercheurs: A. Soboul, J.F. Suratteau, mais    aussi venus de l'étranger, G. Rudé, A. Saitta, R. Cobb, K. Tovnesson, W. Markow    ou K. Takahashi. La Révolution Française dirait-on n'a jamais attiré tant de    monde: et c'est alors pourtant qu'Albert Soboul me tient les propos désabusés    sur lesquels j'ai ouvert cette réflexion.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Soboul a raison:    à cette époque déejà, la crise est ouverte.</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>Un autre    climat historiographique.</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">A la fin des années    50, nous sommes au moment même du triomphe des Annales E.S.C., ees <i>secondes    Amales, </i>animées par Fernand Braudel qui rédige alors son article célèbre    sur <b>La longue durée </b>(1958). Pour lui comme pour tout le courant qu'il    représente, la Révolution est de l'ordre des épiphénomènes, petite vague de    l'histoire, reportée aux <i>dérives de longue durée </i>aux <i>masses d'histoire    lente </i>qui constituent à son avis l'essentiel: ressortissant en somme de    ce qu'il range avec un mépris non caché au rang de <i>l'importun pathétique.</i></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><b>Pour lui comme    pour tout le courant qu'il représente, la Révolution est de l'ordre des épiphénomènes,    petite vague de l'histoire, reportée aux derives de longue durée aux masses    d'histoire lente qui constituent à son avis l'essentiel: ressortissant en somme    de ce qu'il range avec un mépris non caché au rang de l'importun pathétique.</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Triomphe de la    longue durée, sur les chantiers de l'histoire sociale, et bientôt de l'histoire    de la civilisation matérielle, puis des mentalités ("Un temps plus long"    selon R. Mandrou) et bientôt d'une anthropologie histonque qui tendra à se figer    dans <i>l'histoire immobile </i>d' E. Leroy Ladune.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">La tentation fut    grande pour nombre de chercheurs de s'investir dans la longue durée. Qui de    nous n'y a pas cédé, si peu que ce soit, et sans regrets? J'ai moi même risqué    dans La Mort et l'Occident de 1300 à nos jours, une fresque pluriséculaire,    sur un chantier où la longue durée s'impose. Mais dans le domaine précis des    études révolutionnaires, cette conjuncture défavorable allait se doubler, dans    ces années 1960, d'une attaque frontale contre les positions reçues.</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>La grande attaque.</b></font></p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Cette offensive est partie de plusieurs    points: elle a trouvé dans les écoles anglo-saxonnes ses premiers champions    (chez A. Cobban dans le <b>Mythe de la Révolution, </b>ou, Outre Atlantique,    chez G. Taylor <b>Nor, capitalistic wealth at the origins of the French Revolution    </b>Mais ce courant a été très vite relayé en France où le livre de Francois    Furet et Denis Richet <b>La Révolution Française, </b>mit en 1965 le feu aux    poudres. Si l'on résume en quelques propositions une série d'arguments, désormais    entrés dans l'histoire de l'historiographie, l'attaque portait sur plusieurs    thèmes, au demeurant très liés.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Sur les causes et sur l'interprétation    sociale de la Révolution, là où Cobban avait dénié toute causalité sociale à    un affrontement pour lui de l'ordre essentiellement du politique, d'autres contestaient    la réalité de la réaction nobiliaire aux sources de la Révolution, et plus encoré l'existence ou la consistance    d'une bourgeoisie veritable dans la France de la fin du XVIII<sup>éme </sup>siècle,    soulignant qu'une part importante du capital, industriei et des entreprises    tournées vers l'avemr étaient aux mains des nobles. . . (Taylor). Entre une    noblesse <i>progressiste, </i>libérale et ouverte aux idées nouvelles, et la    couche supérieure de la bourgeoisie, un consensus de fait n'existait-il pas    dans le cadre des "elites" chères à D. Richet, et à quelques autres,    et dans ces conditions la Révolution était-elle nécessaire, ne pouvait-elle    être évitée ou stabilisée au stade d'un compromis réformiste, d'une monarchic    constitutionnelle?</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Etonnant retournements si l'on y réfléchit.    ... moins de 20 ans plus tôt, en 1948, Daniel Guérin dans <b>Bourgeois et Bras    nus, la lutte des classes sous la Révolution Française, </b>écrivant à la lumière    des theories de la Révolution permanente, avait vu dans la dynamique révolutionnaire    un mouvement trop tôt arrêté par la politique non sans machiavélisme de la bourgeoisie    montagnarde, alors qu'il était porteur de son propre dépassement en termes de    Révolution prolétarienne. Hypothèse aventureuse, que l'analyse concrete du contenu    social de la sans-culotterie parisienne par Soboul devait rumer.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Désormais, dans la pensée des historiens    que l'on commence à dénommer <i>révisionnistes </i>car ils se proposent de reviser    de fond en comble les certitudes reçues, c'est bien au contraire d'un mouvement    trop loin poursuivi qu'il s'agit. Le compromis était possible, on l'a frôlé    en 1970 l'<i>année heureuse; </i>le <i>dérapage </i>de la Révolution Française    qui s'opère de 1791 à 94 est dû à l'intrusion incongrue des masses populaires    urbaines ou paysannes, mobilisées sur la base de leurs revendications traditionnelles,    en matière agraire ou de subsistances, sur un programme passéiste.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Cette notion du    <i>dérapage </i>de la Révolution entraine la remise en cause de l'idée même    d'un mouvement ascendant, de la Révolution bourgeoise à la Révolution démocratique    de l'an II, où François Furet (dans son <b>Catéchisme de la Révolution Française)    </b>voit des relents de finalisme, comme elle remet en question la <i>théorie    des circonstances, </i>jusqu'alors admise, selon laquelle c'est pour faire face    à la Centre Révolution intérieure, comme à la coalition des puissances monarchiques    que la radicalisation aurait dû se faire, fondée sur l'alliance momentanée,    mais un temps efficace d'une partie de la bourgeoisie, et du mouvement populaire.    La Révolution aurait-elle revé ces perils, créant des tigres de papier, pour    se livrer à un dlire dont elle s'intoxique elle-même? Un second discours du    révisionnisme est déjà en germe dans ce faisceau de critiques.</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>Une nouvelle    phase, une nouvelle donne?</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Ma génération — celle des historiens    qui ont atteint le demi siècle peu après 1980 — accuse sévèrement le choc, dans    ses effectifs mêmes, de cette attaque, combinée à l'air du temps, du triomphe    des Nouvelles Annales. C'est alors que nous avons pris conscience du recul de    la place de la Révolution Française, non seulement dans la recherche, ou dans    la pedagogic, mais dans une sensibilité et une culture qui lui devenaient étrangères.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Dirions-nous qu'une    nouvelle phase commence avec 1968, ou la Révolution rêvée? L'argument serait    trop facile sans doute. Et pourtant, c'est dans les années qui ont suivi ce    mouvement qui se voulait une fête autant qu'une Révolution, qu'on a vu se multiplier    les études sur la fête révolutionnaire: colloque de Clermont-Ferrand en 1974,    ouvrages de Mona Ozouf et de Michel Vovelle en 1976. Comme fête, mais point    seulement à ce titre l'événement révolutionnaire refait surface. La querelle    des "jacobins" et des "révisionnistes" qui semblait s'enliser    dans une sorte de guerre de tranchées, souvent sans élégance, s'anime à nouveau    pour le bien de la recherche.</font></p>     <p>&nbsp;</p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>Dans le camp    "jacobin"...</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Dans ce que nous appelerons, pour faire    simple, le camp jacobin, les provocations, au bon sens du terme, recues, ont    conduit à d'utiles réflexions: ainsi sur le concept de bourgeoisie que de...    Guizot à Lefebvre on n'avait pas suffisamment precisé, l'employant dans des    deceptions, larges ou étroites parfois contradictoires. Des travaux comme ceux    de Régine Robin (La France en 1789 — Semur-en-Auxois) ont fortement contribué    à éclaircir le problème en proposant les traits d'une bougeoisie mixte, ou de    transition caractéristique de cette phase, où le monde de la rente Pemporte    encoré sur celui du profit. C'est chez elle aussi qu'on peut chercher — ainsi    dans telle reflexión sur le concept de "liberté" dans le discours    des Parlementaires lors des édits de Turgot sur la liberté des grains en 1776    — une analyse sans complaisance des ambiguités et des contradictions de la notion    d'élites à la veille de la Révolution.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">En même temps qu'Albert    Soboul et ses élèves approfondissaient leurs recherches dans le champ de l'histoire    agraire (études sur le prélèvement seigneunal et la fin de la féodalité) comme    urbaine (travaux sur le mouvement populaire parisien), d'autres chercheurs de    même sensibilité (Michel Vovelle) proposaient une nouvelle lecture de l'histoire    religieuse ou culturelle de la Révolution et s'efforçaient de poser les bases    d'une histoire des mentalités révolutionnaires, annexant de nouveaux territoires    à la recherche...</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>Dans les rangs    des révisionnistes...</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Entre temps, les choses ont également    changé dans les rangs de l'école "révisionniste", dont le succés    est incontestable non seulement en France mais dans le monde anglo-saxon, et    dans toute une partie de l'Europe, à tel point que l'on peut se demander si    une nouvelle vulgate n'est pas en tram de se substituer à l'ancienne.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Elle est toutefois    en renouvellement. <b>Penser la Révolution Française</b>, que F Furet public    en 1978, prolonge en les modifiant singulièrement les propositions de 1965.    Certes, il revient sur la condamnation de la théorie des circonstances mais    pour dire, citant Quinet "Non ce n'est pas la nécessité des choses qui    a fait le système de la Terreur. Ce sont les idées fausses", ou même parlant    en nom propre "le vrai est que la Teneur fait partie de l'idéologie révolutionnaire".    Pour analyser ces sources endogènes de la dérive révolutionnaire, F. Furet s'appuie    sur les historiens du XIX<sup>éme</sup> siècie qu'il redécouvre parfois. sinon    Tocqueville, ou Qumet, qui n'étaient pas des oubhés, du moins Augustin Cochin,    historien conservateur monarchiste du début du siècle, auquel il emprunte l'idée    que la nouvelle sociabilité démocratique et rousseauiste des loges maçonniques    et sociétés de pensée, fraie la voie à la reprise en mam et à la confiscation    totalitaire de la Révolution par la "machine" jacobine ouvrant ce    concept de souveraineté populaire dont il fait la "matrice du totalitarisme"    (Penser la R.F., p. 232), estimant que "1789 ouvre une période de dérive    de l'histoire".</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p align="center"><img src="/img/revistas/ea/v1n1/1a06f1.gif"></p>     <p>&nbsp;</p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">La Révolution française    reprend dans cette nouvelle lecture une cohésion certaine (on est loin du "dérapage")    puisqu'elle acquiert le statut d'événement fondateur, mais, hélas, ce n'est    pas en bien puisqu'elle se trouve contenir en germe les dérives totalitaires    du XX<sup>émc</sup> siècle. Par delà Cochin, Furet inscrit ici sa reflexión    en continuité avec celle de Talmon <i>(Origins of the totalitarian democracy).    </i>Rousseau est en procès comme celui qui a porté les themes de volonté collective    et de souveraineté nationale dont se sont nourris les jacobins: "C'est    la faute à Rousseau" conclut Jacques Julliard qui partage ce point de vue    (1986).</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>Le réveil de    1'histoire centre révolutionnaire.</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">François Furet    ne se reconnait pas, et 1'a dit, dans le réveil récent, provoqué pour partie    depuis deux ou trois ans par 1'approche du bicentenaire d'une historiographie    ouvertement contre révolutionnaire. A vrai dire, avait-elle jamais disparu?    Elle avait gardé ses positions fortes, de tradition depuis le XIX<sup>ème</sup>    siècle, al'académie française (dans le sillage de Pierre Gaxotte) ou dans les    bibliothèques des gares. Vieille chanson un peu fatiguée, elle a connu tout    récemment un regain de vitalité remarquable. Petite monnaie caricaturale des    reflexions de Francois Furet, l'image d'une révolution totalitaire, antichambre    du Goulag fait florès. La Révolution assimilée à la Terreur et au bain de sang    devient le mal absolu. Toute une littérature se développe sur le thème du "génocide    franco français" à partir d'apréciations souvent audacieuses du nombre    des morts de la guerre de Vendée 128 000, 400 000... et pourquoi pas 600 000?    Certains historiens, sans être spécialistes de la question, ont mis, tel Pierre    Chaunu, tout le poids de leur autorité morale qui est grande à développer ce    discours de l'anathème, disqualifiant d'entrée toute tentative pour raison garder.    Telle histoire tient beaucoup de place, en fonction des soutiens dont elle dispose,    dans les médias comme dans une partie de la presse. Doit-elle nous cacher les    aspects plus authentiques d'un chantier des études révolutionnaires aujourd'hui    en plein réveil?</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>Un chantier    en plein réveil.</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Dresser un bilan au vrai des chantiers    actuels de la recherche sur la Révolution est une tache facilitée par la conjuncture    même du bicentenaire qui, en stimulant la demande, fait mieux apparaitre les    traits de la production. Les comptes rendus que dresse périodiquement dans la    Revue historique Jacques Godechot, le flux plus simplement de l'édition, fournissent    des tests assez sûrs. Par ailleurs, le bulletin publié depuis 4 ans par la Commission    de recherche historique (C.N.R.S.) pour le bicentenaire de la Révolution, recensant    programmes de recherches et colloques qui en sont l'expression, offre une couverture    plus fiable encoré des tendances de la recherche, telle qu'elle se pratique    aujourd'hui sur le chantier, en France et dans le monde.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Ne nous cachons pas que certains de    ees indices sont à interpréter, ainsi la profusion éditoriale des dernières    années révèle-t-elle aussi des phénomènes de mode, des engouements entretenus    par les médias, autant et parfois plus qu'elle ne reflete le mouvement authentique    de la recherche alors même que les collections érudites et publications savantes    de textes et de documents (les Archives Parlementaires) ont de la peine à survivre.    On touche ici le problème de la distorsion entre le discours des doctes et celui    qui est porté par les médias: nous y reviendrons.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Cette précaution    prise, il est néanmoins loisible de tenter un tableau ou un bilan en marche.</font></p>     <p>&nbsp;</p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>Redécouverte    du Politique.</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">L' historiographie actuelle de la Révolution,    pour suivre un parcours classique d'exposition, a vu s'arrêter le mouvement    de déclin de l'histoire politique, sensible dans toutes les branches de l'histoire    sous l'influence de l'École des Annales. Une réévaluation du politique s'est    opérée ici, signifícativement. En ferons-nous une des consequences des relectures "révisionnistes" apportées    par François Furet? II est vrai qu'elles définissent une approche très spécifique    du politique, dans le cadre d'une histoire conceptualisée selon l'expression    de l'auteur, qui sans trop recourir aux apports d'une recherche de terrain que    F. Furet n'apprécie guère, se tourne plutôt, pour ennchir son modèle explicatif    vers la redécouverte regressive des precedents histonographiques s'attachant    à Tocqueville, Quinet, Marx, et bien sur Augustin Cochin. Cette école n'est    point la seule toutefois à oeuvrer dans le dómaine du politique révolutionnaire:    une particulière attention doit être portee à cet autre courant où se realise,    à partir de l'analyse du discours, menee par des lexicologues qui sont aussi    des historiens, une approche des contenus — qu'il s'agisse du discours jacobin,    ou de celui du mouvement populaire et de ses porte parole — Hébert ou d'autres    — Les etudes de Jacques Guilhaumou ou Annie Geoffroy, mais d'autres encoré,    sont à cet égard très significatives.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">D'où qu'on vienne,    la convergence se fait en ce dómaine sur un certain nombre de questions tests:    et celle du jacobinisme (Claude Mazauric "Jacobinismo et Révolution"    (1984) est bien le type même de ees questions centrales, ou se cristallise le    débat sur le sens même de la Révolution.</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>L'histoires    des hommes: ambiguités de la biographic.</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Au coeur de cette    redécouverte du politique, l'approche biographique tient une place ambigue.    On l'eut dit hier, à bon droit, en déclin, et songeant aux grands débats du    debut du siècle — Danton contre Robespierre, Aulard contre Mathiez — nous aurions    pu écrire à l'instar de Lucien Febvre "sur une histoire qui n'est plus    la nôtre". Puis voici que, tout récemment, sur un chantier des biographies    révolutionnaires qui sembalit surtout réservé désormais aux historiens académiques,    un retour s'est operé: Saint Just, Danton, Mirabeau, Madame Roland, Lucile et    Camille Desmoulins retrouvent de nouveaux biographes, souvent de qualité, de    façon assez révélatrice. Le trait n'est pas spécifique du chantier révolutionnaire    car ces retour de la biographie qui ont été analyses (nº special de la revue    Espaces-Temps, 1986) sont un des traits généraux d'une historiographie d'aujourd'hui    en mal d'identifications et de personnalisation. On cherche ses héros comme    on cherche ses racines. Du moms, à côté des grandes figures, l'histoire révolutionnaire    se prête-t-elle aussi à valoriser les "études de cas", qui ont contribué    à renouveler la conception même de la biographie en se penchant sur les héros    anonymes ou semi-anonymes, dont l'aventure peut étre aussi éclairante que celle    des premiers rôles: on songe au maitre vitrier Ménétra dont le "Journal"    a été étudié par Daniel Roche<a name="not"></a><a href="#back">*</a>. Et j'ai    mói même "fait parler" deux de ces anonymes en Révolution, le maitre    menuisier d'Aix-en-Provence, Joseph Sec, qui se révèle (dirons-nous tout entier?)    dans son tombeau cénotaphe maçonnique et jacobin, comme le poète Thédore Désorques,    auteur de l'Hymne à l'Etre Suprême du 20 prairial an II, exemple à la limite    de l'artiste en Révolution.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Un détour actuel    de la biographie prend dans le cadre des études révolutionnaires une importance    particulière: c'est celui qu consiste à suivre les processus d'héroisation,    ou de fabrication posthume des grandes figures révolutionnaires, au sein même    de l'aventure collective: ce travail de l'imaginaire a été suivi dans 'la mort    de Marat" de façon tout à fait exemplaire par une équipe de chercheurs    dans une étude interdisciplinaire.</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>Histoire sociale,    histoire des masses.</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Il reste que les retours du politique,    pas plus que ceux de la biographic ne sauraient masquer le poids essentiel de    cette histoire sociale autant et plus que politique des masses en Révolution    qui demeure bien, dans la suite de l'historiographie jacobine l'objectif essentiel.</font></p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Cette histoire    a ses chantiers et ses projets. Le chantier parisién, défriché successivement    par Marcel Reinhard sous l'angle sociologique et démographique, puis par Albert    Soboul et ses élèves au regard des formes du mouvement populaire, est fort loin    d'être épuisé: on espère pouvoir en 1989 présenter une synthèse, sinon definitive    du moins reformulée de l'ensemble de ces travaux. Puis il convient, si l'on    me passe l'expression de "déparisianiser" l'histoire de la Révolution    Française, en prenant possession renforcée de l'espace national. C'est le but    que se poursuit la constitution en cours à l'Institut d'Histoire de la Révolution    Française (Paris I) d'un centre de documentation national sur micro-fíches,    rassemblant les données actuellement dormantes ou stériles des mémoires de maitrises    ou des themes, tant provinciaux que parisiens. Dans le même sens, on travaille    à mettre sur pied un Atlas Historique de la Revolution Française (projet conjoint    de l'E.H.E.S.S. et de l'I.H.R.F.). A ce programme formulé dans l'absolu, la    réponse des regions est vive: les travaux se sont multiplies, tant sur l'Ouest    révolutionnaire et contre-révolutionnaire (Colloque de Rennes, 1985 <i>Les Résistances    à la Révolution) </i>que sur le Midi provençal et languedocien le Dauphiné,    la région du Nord: enumération forcément incomplète des chantiers en cours à    la veille du bicentenaire. Dans ees cadres régionaux, les différentes branches    de l&acute;histoire sociale révolutionnaire témoignent d'un dynamisme inégal,    alors que l'histoire économique, malgré des travaux brillants et récents (D.    Woronoff: l'industrie sidérurgique, L. Bergeron: banquiers et hommes d'affaires,    Bruguère sur les spéculateurs) reste trop confinée à un cercle de spécialistes,    comme peút être l'histoire démographique, au lendemain du coup de fouet que    lui avait donné Marcel Reinhard.</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>L'histoire rurale    n'est pas morte.</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">L'histoire rurale    n'a pas régressé, tant dans l'approche des structures, ou Albert Soboul a animé    jusqu'à sa mort une recherche sur l'étude du prélèvement seigneurial et son    éradication sous la Révolution (theses de J.N. Luc sur "L'élimination des    droits féodaux en Charente Maritime" et de Guy Lemarchand sur "La    fin du féodalisme dans le pays de Caux"). Quant à l'approche de la dynamique    sociale, à partir des mouvements paysans sous la Révolution <i>— </i>ainsi dans    la grande crise du printemps et de l'automne 1792, mais aussi bien dans le mauvais    gré generalise contre le racahat des droits féodaux qui touche certaines regions    en 1790 - c'est un chantier en pleine activité à partir des travaux de A. Ado    (malheureusement trop mal connus encore), de M. Vovelle et de J. Nicolas qui    entreprend une enquête d'ampleur nationale (Colloque tenu à l'Université de    Paris VII en 1984 sur les émotions populaires à l'époque moderne).</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>Histoires urbaines.</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Les histoires urbaines    — sociologie et mouvement social intimement mêlées — vont leur train, en continuité    avec les apports de Soboul, de Rudé (enfin traduit en français... après 25 ans    pour sés "foules révolutionnaires"). On explore systématiquement de    grands chantiers ouverts: citons sans prétendre à l'exhaustivité, l'étude des    foules, qui débouche sur celle des langages et des gestuels de la violence (B.    Conein sur <i>Les massacres de septembre 1792). </i>De même une étude sociologique    du fédéralisme dans ses différentes formes est-elle en cours (Voir la récente    publication collectives sur le <i>Fédéralisme jacobin, </i>1986). Dans cette    demarche, après les groupes de la sans culotterie étudiés par Soubol (Paris)    ou Vouvelle (Marseille), un investissement se tourne légitimement, à nouveau,    vers les attitudes et stratégies des bourgeoisies en Révolution, à partir de    la prosoprographie des élites et notables municipaux.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><b>Il reste que    les retours du politique, pas plus que ceux de la biographic ne sauraient masquer    le poids essentiel de cette histoire sociale autant et plus que politique des    masses en Révolution qui demeure bien, dans la suite de I'historiographie jacobine    l'objectif essentiel.</b></font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p align="center"><img src="/img/revistas/ea/v1n1/1a06f2.gif"></p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Enfin cette histoire    sociale rejoint l'histoire politique dont elle est indissociable dans le vif    courant de curiosité qui se porte sur les contre révolutions paysannes, sur    la façon et les raison du basculement de toute une partie des masses paysannes    dans l&acute;hostilité, éventuellement armée au nouveau regime: le colloque    déjà cité sur les <b>Résistances a la Révolution </b>(RENNES, 1985) est à cet    égard exemplaire. Une série d'hypothèses de travail ont été élaborées depuis    la grande thèse de reference de Paul Bois sur "Les paysans de l'Ouest",    dont les conclusions sont parfois aujourd'hui contestées (Roger Dupuy, D. Sutherland),    dans un débat d'idées qui n'a rien à voir avec les miserables polemiques sur    le génocide franco-français.</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>En passant par    le religieux: l'emphase sur le culturel.</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Reste qu'à travers l'analyse des nouvelles    publications, comme des chantiers de la recherche et rencontres scientifiques,    s'inscrit avec une particulière netteté une emphase mise    sur le culturel, puis le mental. Peut-on parler d'une "derive" sur    l'imaginaire au détriment de l'étude des conditions objectives? Pour n'être    pas spécifique que de la période révolutionnaire, l' révolution y est particulièrement    sensible. Cette démarche ne va pas sans provoquer une nouvelle approche de l'histoire    religieuse de la Révolution, profondément renouvelée: on s'est attaqué au problème    de la déchristianisation, événement traumatique qui introduit aux formes de    la religiosité proprement révolutionnaire, et de libération à chaud des disciplines    traditionnelles (M. Vovelle, <i>Religion et Revolution, </i>1976). Tout récemment    en réouvrant le dossier des attitudes du clergé français devant le serment constitutionnel    de 1790, Timothy Tackett (Clergé, <i>Revolution Nation, </i>1986) a insisté    autant que sur ses consequences religieuses, sur la rupture irreversible qu'il    provoque, dans tout l'espace française, au niveau des options pour ou contre    la Révolution: événement structurant de grand avenir.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Mais les aspects plus spécifiquement    culturels focalisent aussi nombre de recherches: la table rase révolutionnaire,    exprimée par le vandalisme, la politique directive notamnient em matière de    langues et de patois (D. Julia, J. Revel, M. De Certeau: Une politique de la    langue), ne représentent qu'un pan de ce que plusieurs ont exprimé en termes    de "Révolution culturelle" (S. Bianchi), on se penche également sur    toute une politique innovatrice dans le domaine des sciences et des techniques,    dans les arts oü la naissance du musée, corollaire de l'émergence de la notion    de patrimoine national est le complément dialectique des destructions du vandalisme.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Enfin l'extrême    créativité dans la littérature, dans la musique, comme dans l'expression graphique    et iconographique d'une période qu'on a dit à tort sterile suscite toute une    série de découvertes de chantiers jusqu'alors peu prospectés (M. Vovelle, <i>La    Révolution Française, Images et Récits, </i>1986).</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>Du culturel    aux mentalités.</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">De la culture aux mentalités, la transition    semble aisée, et comme naturelle. Malgré les précédents célebres <i>(La Grande    peur, </i>de Georges Lefebvre), les approches nouvelles d'histoire des mentalités    ont rencontre quelques difficultés à s'imposer sur un chantier ou planait l'ombre    de Tame et de ses élèves. C'est toutefois chose faite aujourd'hui (Michel Vovelle,    <i>La mentalité révolutionnairé) </i>al or même que l'on s'interroge sur les    visages de cet "homme nouveau" que la Révolution Française a entrepris    de façonner, pris comme le disait G. Lefebvre entre les pulsions contradictores    de l'espérance et de la peur, inséré dans les nouvelles sociabilités, du club    à la fête. . .</font></p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Au coeur même de la vie des hommes,    la Révolution assume ainsi pleinement ce rôle d'événement fondateur, aux retombées    de longue durée: celles mêmes que tout un courant de recherches entreprend d'analyser.</font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>L'image projetée    de la Révolution Française.</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Les avatars des    idees forcé, et des valeurs lancees dans le monde par la France révolutionnaire,    non seulement dans la pensée politique et philosophique, mais dans la littérature,    dans les arts, et plus largement dans tout ce qu'on appelle aujourd'hui l'imaginaire    collectif vaste chantier et vaste aventure, qui nous mène jusqu'au XX<sup>ème</sup>    siècle. Dans ce domaine quelques pierres d'attente, mais combien suggestives:    ainsi les travaux de Maurice Agulhon sur les expressions allégoriques de la    République, sous la forme des "Marianne" du XIX<sup>ème</sup> siècle<a name="not2"></a><a href="#back2">**</a>.    Mais disons plus largement que la très forte mobilisation internationale qui    s'effectue au plan scientifique à l'approche du bicentenaire vise très naturellement    à analyser ees aventures posthumes de la Révolution Française, à travers la    diffusion de ses idées force dans les différents pays. La réponse múltiple des    historiographies nationales en témoigne.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><b>Enfin l'extreme    créativité dans la littérature, dans la musique, comme dans l'expression graphique    et iconographique d'une période qu'on a dit à tort stérile suscite toute une    série de découvertes de chantiers jusqu'alors peu prospectés.</b></font></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="3"><b>En termes de    conclusion: triomphante ou menacée.</b></font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Pour rapide qu'il soit, le tableau auquel    nous venons de nous livrer ne saurait confirmer l'impression de sclérose, de    déclin ou de répétitivité que le dictionnaire des idées recues nous avait retransmis.    L'histonographie de la Révolution Française est en plein réveil. On ne saurait    plus désormais parler aujourd'hui d'une lecture hégémonique en ce domaine, marqué    par une explosion tous azimuths, et c'est sans doute un bien. Reste que cette    histonographie trahit aussi son désarroi, entre les scrupules d'une historiographie    "jacobine" qui reprend lentement confiance après avoir été la cible    de toutes les attaques, le malaise d'une histonographie "révisionniste"    qui a peut-être épuisé sa nouveauté sainement provocatrice, et se trouve confrontée    au réemploi, vulgarisé et travesti par une troisième école, que nous dirons    de "l'anatheme" d'idées forces lancees hier sur les "derives"    inévitables de la Révolution. Quant à ce troisième groupe, si sa place sur le    plan scientinque n'est pas grande — disqualifíé par un recours à la polemique    qui lui enlève sa crédibilité — il n'en ba pas moins l'estrade    avec assurance, pour quelques temps.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Cela ne facilite guère lê nécessaire    travail de rattrapage, ou de réapprivoisement, dans le public cependant très    désireux de découvrir, d'une image altérée tant par la perte de la mémoire collective    que par le recul des connaissances. Il serait très dommageable que le bicentenaire    voie s'ouvrir ainsi les branches des ciseaux, entre une recherche historique    active et ouverte, et un discours véhiculé par les médias sur les thèmes les    plus rebattus d'une tradition très largement contre-révolutionnaire, naturalisant    Pimage d'une Révolution exclusivement vue à travers ses aspects sanglants et    destructeurs.</font></p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2">Reste que dans    cette situation ouverte, les raisons d'espérer ne manquent pas. La Révolution    n'est pas "terminée" elle reste bien l'un des tests discriminants    les plus fortement marqués dans l'imaginaire collectif des français. Hors de    France, elle suscite une remarquable convergence d'intérêts, une sympathie collective    qui s'étonne souvent des états d'âmes des français eux-mêmes. On peut espérer    que cette convergence de demandes, nationales, provinciales et Internationales    trouvera son écho en 1989 dans la tenue du Congrès Mondial prévu sur "L'image    de la Révolution Française". Il est en tous cas de la responsabilité des    historiens de se montrer, comme on disait sous la Révolution, à la hauteur des    circonstances. C'est un rendez-vous historique à ne pas manquer.</font></p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p>&nbsp;</p>     <p align="center"><img src="/img/revistas/ea/v1n1/1a06f3.gif"></p>     <p>&nbsp;</p>     <p>&nbsp;</p>     <p><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><a name="back"></a><a href="#not">*</a>    "Journal de ma vie " de Ménétra.    <br>   <a name="back2"></a><a href="#not2">**</a> Les "lieux de mémoire "    que Piere Nora a entrepris de recenser dans un ample ouvrage collectif, nous    introduit directment à ce chantier.</font></p>      ]]></body>
</article>
