Les Premiers Récits Britanniques sur l’Ile de Bali: race et civilisation

The First Britsh Accounts on Bali: race and civilisation

Juliana Coelho de Souza Ladeira About the author

Résumé:

Cet article prétend analyser les écrits premiers de deux administrateurs-historiens britanniques sur l’archipel malais: Thomas Stanford Raffles et John Crawfurd. L’intérêt de cet article est celui de présenter les prémices du discours ethnologique britannique sur les “races” du monde, à travers quelques travaux de ces deux auteurs, en particulier le deuxième. Puisque John Crawfurd a également étendu sa réflexion sur lesdites races à d’autres exemples que celui des peuples de l’archipel malais, ses écrits donnent un aperçu de l’ampleur géographique des théories racistes du XIXe siècle. Analyser ces discours, fréquemment laissés de côté en milieu académique brésilien, est important pour contribuer à l’élargissement de la discussion sur la notion de races dans différentes époques et contextes.

Mots-clés:
Races; Théories Racistes; Ethnologie; Bali; Siècle XIX

Abstract:

This article deals with the first papers of two British historian-administrators on the Malay archipelago: Thomas Stanford Raffles and John Crawfurd. The interest of this article is to present the beginnings of the British ethnological accounts on the “races” of the world, through some works of these two authors, in particular the second one. As John Crawfurd also spread his thoughts on the races to other contexts than that of the Malay archipelago, his writings give us an overview of the geographical scale of the racist theories of the XIXth century. To analyze these accounts, frequently left aside in Brazilian academic circle, is important to broaden the discussion about the notion of human races in different times and contexts.

Keywords:
Races; Racist Theories; Ethnology; Bali; XIXth Century

Resumo:

Este artigo pretende analisar os primeiros escritos de dois administradores-historiadores britânicos no arquipélago malaio: Thomas Stanford Raffles e John Crawfurd. O interesse do artigo é apresentar o início do discurso etnológico britânico sobre as “raças” do mundo, a partir de alguns trabalhos desses dois autores, em particular do segundo. Como John Crawfurd também ampliou sua reflexão sobre a noção de raças humanas a outros exemplos que o dos povos do arquipélago malaio, seus escritos são um indício da amplitude geográfica das teorias racistas do século XIX. Analisar esses discursos, frequentemente deixados de lado no círculo acadêmico brasileiro, é importante para tentarmos ampliar a discussão sobre a noção de raças humanas em diferentes épocas e contextos.

Palavras-chave:
Raças; Teorias Racistas; Etnologia; Bali; Século XIX

Introduction

Avant même la sortie des célèbres récits d’Antonin Artaud sur la présentation de la troupe balinaise à l’Exposition coloniale de 1931, l’île de Bali figurait parmi l’imagerie orientaliste européenne et états-unienne. De ce fait, examiner historiquement la constitution d’une certaine imagerie de Bali et de ses arts spectaculaires devient particulièrement important pour une compréhension de l’île et même du regard étranger européen envers l’Autre.

Historiquement, les récits sur Bali prennent plus d’ampleur à partir de deux très riches ouvrages sur l’archipel malais: The History of Java, publié en deux volumes (Image 1) (Raffles, 1817aRAFFLES, Thomas Stamford. The History of Java. v. I. London: Booksellers to the Hon; East-India Company, [etc.], 1817a.; 1817bRAFFLES, Thomas Stamford. The History of Java . v. II. London: Booksellers to the Hon ; East-India Company, [etc.], 1817b.), et History of Indian Archipelago, publié en trois volumes (Image 2) (Crawfurd, 1820aCRAWFURD, John. History of the Indian Archipelago Containing an Account of the Manners, Arts, Languages, Religions, Institutions, and Commerce of its Inhabitants. v. I. Edinburgh: Archibald Constable and Co., [etc.], 1820a.; 1820bCRAWFURD, John. History of the Indian Archipelago Containing an Account of the Manners, Arts, Languages, Religions, Institutions, and Commerce of its Inhabitants . v. II. Edinburgh: Archibald Constable and Co. , [etc.], 1820b.; 1820cCRAWFURD, John. History of the Indian Archipelago Containing an Account of the Manners, Arts, Languages, Religions, Institutions, and Commerce of its Inhabitants . v. III. Edinburgh: Archibald Constable and Co. , [etc.], 1820c.). Respectivement écrits par Thomas Stanford Raffles et John Crawfurd, ces livres décrivent plusieurs aspects de l’île de Java et de l’archipel malais. Il s’agit de travaux détaillés du point de vue de la documentation. Cet article approche plus particulièrement les discours sur les “races”1 1 Le mot “race”, en faisant référence à “races humaines” est mis entre-guillemets uniquement au début du texte pour éviter une exhaustivité de la ponctuation. Ces entre-guillemets sont un rappel au caractère désuet et inapproprié de son usage en milieu scientifique. de l’archipel et de comment une hiérarchie de ces races est proposée dans ces deux ouvrages. Dans des écrits postérieurs, John Crawfurd traitera de manière extensive ce sujet, puisqu’il était un ardent défenseur du polygénisme, c’est-à-dire l’idée que l’humanité descendrait de différents couples, ayant ainsi des origines multiples. D’un côté, ces discours sont un exemple de l’ampleur géographique des théories racistes du XIXe siècle. Ainsi, elles nous aident à comprendre l’étendue de ces théories dans le temps et dans le monde. De l’autre, nous observons que les manifestations spectaculaires de ces peuples ont été également classifiées à leur tour, selon les races desquelles elles sont originaires. En fait, nous constatons que l’appréciation des danses et la classification des pratiques spectaculaires de l’archipel ont accompagné ce classement des races.

Image 1
La page de grand titre de la première édition du livre The History of Java de Thomas Stamford Raffles

Image 2
La page de grand titre de l’ouvrage History of Indian Archipelago, de John Crawfurd. La première illustration affiche les inscriptions raja Bliling, c’est-à-dire, le roi de Buleleng, un ancien royaume balinais

De Sauvages à Artistes, l’Évolution du Portrait et des Récits sur les Balinais

Le foisonnement d’images et de sentiments que l’île de Bali suscite a en effet été progressivement construit par les témoignages des étrangers, spécialement européens et américains2 2 Pour désigner les habitants des États-Unis d’Amérique, on emploiera le terme États-uniens et États-uniennes; pour les habitants du continent américain dans son ensemble, le terme Américains et Américaines. , tout au long de ces 400 années d’histoire partagée. Entre administrateurs coloniaux, anthropologues et artistes, ces étrangers ont produit des documents qui ont fait rayonner l’île autour du monde et ont influencé les artistes de la scène directement ou indirectement. L’histoire de Bali, de même que celle des autres îles de l’archipel indonésien, a été marquée par le colonialisme néerlandais. Progressivement et surtout au début du XXe siècle, la politique colonialiste a favorisé l’ouverture de l’île au tourisme, ce qui a engendré des changements irréversibles dans ses structures sociétaires et économiques:

Beaucoup de choses ont été oubliées sur l’image que Bali renvoie au monde. Les premiers écrivains européens l’ont autrefois vue comme pleine de menaces, une île de vols et de meurtres, symbolisée par l’épée onduleuse du monde malais, le kris. Bien que l’image du vingtième siècle de l’île comme un paradis luxuriant vienne des écrits précédents sur Bali, ceux-ci ont été sélectivement mentionnés, quand ils n’ont pas contredit l’idée de l’île d’Éden. Les propos négatifs globaux des écrits occidentaux précédents sur Bali ont été rejetés3 3 Traduction libre de l’original en anglais: There is much that has been forgotten in the world’s image of Bali. Early European writers once saw it as full of menace, an island of theft and murder, symbolized by the wavy dagger of the Malay world, the kris. Although the twentieth-century image of the island as a lush paradise drew on the earlier writings about Bali, these were only selectively referred to, when they did not contradict the idea of the island of Eden. The overall negative intent of the earlier western writings about Bali has been discarded. (Vickers, 2012VICKERS, Adrian. Bali: a paradise created. Tokyo: Tuttle Publishing, 2012., p. 26).

Les premiers registres sur la présence européenne à Bali datent du XVIe siècle, à l’époque des grandes navigations. L’archipel malais est sous l’emprise portugaise, mais l’île de Bali reste sans occupation directe. Lors de cette période, un récit premier, celui du navigateur néerlandais Cornelis de Houtman parait en 1598 et est rapidement traduit en d’autres langues, l’édition française datant de 1601 et de 1609. La présence portugaise dans l’archipel allait être graduellement remplacée par celle de la Compagnie des Indes Orientales, la VOC4 4 La Compagnie néerlandaise des Indes Orientales, la Vereenigde Oost-Indische Compagnie ou VOC, était l’entreprise la plus puissante au monde entre les XVIIe et XVIIIe siècles. . L’île ne disposant pas d’épices, la VOC ne s’intéressera pas beaucoup à Bali jusqu’à la fin du XIXe siècle. Le commerce avec l’île était essentiellement basé sur le trafic d’esclaves: pratique courante depuis le Xe siècle dans la région. La création de Batavia, actuelle Jakarta, ainsi que de liaisons commerciales qui ont été fondées par la suite, fit considérablement augmenter le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants balinais et non-balinais négociés par les rajas5 5 Les rois balinais. (Vickers, 2012VICKERS, Adrian. Bali: a paradise created. Tokyo: Tuttle Publishing, 2012., p. 33).

La succession de rébellions d’esclaves balinais, réputés pour devenir amuk6 6 Mot indonésien souvent traduit par: colère, folie furieuse (Labrousse; Soemargono, 1984, p. 25). , et plusieurs désaccords et mésententes avec les rajas allaient marquer progressivement l’image de Bali. Les rajas passèrent pour des despotes décadents, craints pour leur pouvoir guerrier et connus pour leur luxe démesuré. Les Balinais allaient acquérir une réputation de peuple violent, certainement due aux révoltes d’esclaves balinais. De plus, la sati, le sacrifice de veuves, était une coutume continuellement citée, comme une preuve évidente de la sauvagerie de ce peuple. Toujours en 1799, Dirk van Hogendorp décrivait les Balinais comme “farouches, sauvages, fourbes et belliqueux” (Hogendorp apud Guermonprez, 2001GUERMONPREZ, Jean-François. La religion balinaise dans le miroir de l’hindouisme. Bulletin de l’Ecole française d’Extrême-Orient, Paris, BEFFO, v. 88, n. 1, p. 271-293, 2001., p. 272), bien loin de l’image d’artistes en profonde harmonie avec la nature qu’ils auraient postérieurement.

La Courte Présence britannique: Bali en tant que musée vivant de Java

En conséquence des guerres napoléoniennes (1803-1815), les Indes orientales néerlandaises furent occupées par les Britanniques, sous l’administration de Thomas Stamford Raffles7 7 Thomas S. Raffles est né dans un navire en 1781. À l’âge de 14 ans, il entra à l’East India Company et étudia diverses langues ainsi que les sciences naturelles. Dix ans plus tard, il devint assistant du gouverneur de Penang (dans l’actuelle Malaisie). Après le recul britannique de l’archipel malais, il partit vers le nord de l’archipel et fonda le port de Singapour. De retour à Londres, il consacra la fin de sa vie aux études orientalistes. , entre 1810 et 1816. Pendant cette période, deux récits fondateurs pour l’analyse européenne de Bali furent écrits: The History of Java, de Raffles et History of Indian Archipelago, de John Crawfurd8 8 John Crawfurd était un orientaliste écossais, philologue et sanskritiste, employé par l’East India Company. Formé en médecine, il fut affecté pendant cinq ans en Inde (1803-1808). En 1808, on le transféra à Penang, dans l’archipel malais, où naquit son intérêt pour la langue malaise. En 1811, avec l’invasion britannique, il décrocha un poste important au sein de l’administration. En 1820, il participa à des missions diplomatiques en Thaïlande et au Vietnam. En 1823, il remplaça Thomas S. Raffles dans la fondation de Singapour. De retour au Royaume-Uni, dans les années 1830, Crawfurd se consacra aux études et écrits orientalistes. Il s’essaya, sans succès, à une carrière politique au Parlement. Ganeth Knapam décrit Raffles et Crawfurd en étant administrateurs-historiens, denominations que nous adoptons également (Knapman, 2016, p. 1). . Ces ouvrages et leurs auteurs contribuent à faciliter la compréhension du contexte des débuts de l’ethnologie et ses reflets dans la politique colonialiste qui allait postérieurement être mise en place à Bali. Les écrits de Raffles et Crawfurd peuvent être considérés comme des écrits précurseurs en ethnologie, comme le citera Marcel Mauss, en analysant l’état de l’ethnographie en France et à l’étranger:

En Angleterre, la découverte et la conquête des colonies agitaient un monde de faits, de problèmes et d’idées. De 1800 à 1825 des livres comme celui de Collins sur les Australiens, de Raffles et de Marsden sur la Malaisie, d’Ellis sur les Polynésiens, excitaient la plus vive curiosité. Ce sont encore aujourd’hui des sources indispensables. La tradition ethnographique était fondée, même loin de toute chaire magistrale dans les universités, même à part de toute société savante (Mauss, 1930MAUSS, Marcel. L’Ethnographie en France et à l’étranger. La Revue de Paris. Paris, La Revue de Paris , n. 20, p. 537-560, sept. 1930., p. 538).

Thomas Stamford Raffles publia en 1817 les deux volumes de son The History of Java, dans lesquels il défendait la thèse de l’ancienneté de l’héritage hindou à Java. Ainsi, Bali et Lombok étaient jugées comme des appendices de Java. De ce fait, Bali commença à être considérée comme un musée vivant de l’ancienne Java et l’un des derniers refuges de l’hindouisme9 9 Selon Jean Gelman Taylor, ce serait les marins indiens présents dans l’expédition de Thomas S. Raffles qui auraient identifié ces traces hindouistes à Java (Taylor, 2003). dans l’archipel. Dans cet ouvrage, figure un premier et seul commentaire concernant les arts balinais: “Dans les arts, ils sont considérablement derrière les Javanais, même s’ils semblent capables de les surpasser rapidement” (Raffles, 1817bRAFFLES, Thomas Stamford. The History of Java . v. II. London: Booksellers to the Hon ; East-India Company, [etc.], 1817b., v. II, p.ccxxxiii). Raffles porte notamment un regard très positif sur les Balinais:

Ils sont un peuple en ascension. Ni dégradé par le despotisme, ni affaibli par l’indolence et le luxe. Ils sont peut-être plus prometteurs pour le progrès en civilisation et pour un bon gouvernement que leurs voisins10 10 Traduction libre de l’original en anglais: They are now a rising people. Neither degraded by despotism nor enervated by habits of indolence or luxury, they perhaps promise fairer for a progress in civilisation and good government than any of their neighbours. (Raffles, 1817bRAFFLES, Thomas Stamford. The History of Java . v. II. London: Booksellers to the Hon ; East-India Company, [etc.], 1817b., v. II, p. ccxxxii).

John Crawfurd a présenté son ouvrage History of Indian Archipelago comme le résultat d’une résidence de neuf ans sur l’archipel malais. Après avoir été nommé au sein de l’équipe médicale du Prince de Galles, il fut envoyé à Java en 1811. Dans cet ouvrage, il consacre un chapitre à la religion de Bali, entre autres, et de même que dans le récit de Thomas S. Raffles, cette dernière est continuellement décrite comme hindouiste. Se rapprochant de l’analyse de Raffles sur le contexte balinais, mais en l’étudiant plus en profondeur, John Crawfurd a lui aussi soutenu que la religion balinaise était un vestige de la religion de Java et l’île comme son musée vivant. Il décrivait également les danses et les dramatic performances de l’archipel, sans faire de mention spéciale à Bali et en en soulignant les formes javanaises:

L’amour de la danse, dans une variété de formes, est une des passions de prédilection des Indiens insulaires. En effet, c’est en quelque sorte plus qu’un divertissement, se mélangeant souvent avec les affaires les plus sérieuses de la vie. La danse, comme ils la pratiquent, n’est pas un art, ni comme il existe parmi les sauvages d’Amérique, ni parmi les Hindous et les Mahometans d’Inde Occidentale. Comme ces derniers, ils ont des femmes dédiées à la danse, qui se produisent sur commande; mais, comme les premiers, ils dansent eux-mêmes de temps en temps dans des cortèges publics et à des occasions plus sérieuses. La danse fait partie des solennités11 11 Traduction libre de l’original en anglais: The love of dancing, in a variety of shapes, is a favourite passion of the Indian islanders. It is somewhat more, indeed, than an amusement, often mingling itself with the more serious business of life. Dancing, as practised by them, is neither the art, as it exists among the savages of America, nor among the Hindus and Mahomedans of Western India. Like the latter, they have professed dancing women, who exhibit for hire; but, like the former, they occasionally dance themselves, and in public processions, and even more serious occasions, dancing forms a portion of the solemnities. (Crawfurd, 1820aCRAWFURD, John. History of the Indian Archipelago Containing an Account of the Manners, Arts, Languages, Religions, Institutions, and Commerce of its Inhabitants. v. I. Edinburgh: Archibald Constable and Co., [etc.], 1820a., v. I, p. 121).

Si The History of Java concentrait sa description sur la grande île de l’archipel, ce même ouvrage allait cependant consacrer une annexe à Bali et à Lombok. À son tour, History of Indian Archipelago s’intéressait à certaines coutumes et mœurs des habitants de tout l’archipel, accordant une place importante à celles des Balinais. Le récit de John Crawfurd ratifiait les descriptions de Raffles en y ajoutant davantage de précisions et en développant une classification des êtres, ou “races”, rencontrés dans l’archipel.

Image 3
L’illustration d’un brahmane de Bali: Bukyan, an Ida or Bramin of Bali

Le discours de Crawfurd, dans History of Indian Archipelago, faisait de l’homme de l’île de Java, et par conséquent de Bali, un être supérieur, car les Balinais étaient considérés comme une race témoignant de qui étaient les Javanais avant l’islamisation, l’Islam apparaissant comme le facteur ayant conduit ces derniers à la décadence (Image 3). Par exemple, il décrivait en détail l’aspect physique des indiens insulaires afin de mesurer celle la plus développée, de plus juger leur faculté mentale:

Toutes les facultés de leurs esprits sont dans un état comparativement faible; leur mémoire n’est ni fidèle, ni fiable; leur imagination dévergondée et enfantine; et leur raison, plus défectueuse que le reste quand appliquée sur n’importe quel sujet au-dessus de la pensée la plus commune, est généralement fausse et erronée. Aucun homme ne peut dire son propre âge ni la date de n’importe quelle transaction remarquable dans l’histoire de sa tribu ou de son pays. [...] La faiblesse de leur raison et la lubricité de leur imagination les rend crédules et superstitieux dans un étonnant degré12 12 Traduction libre de l’original en anglais: All the faculties of their minds are in a state of comparative feebleness; their memories are treacherous and uncertain; their imaginations wanton and childish; and their reason, more defective than the rest, when exerted on any subject above the most vulgar train of thought, commonly erroneous and mistaken. No man can tell his own age, nor the date of any remarkable transaction in the history of his tribe or country. [...] The weakness of their reason, and the pruriency of their imagination, make them to a wonderful degree credulous and superstitious. (Crawfurd, 1820aCRAWFURD, John. History of the Indian Archipelago Containing an Account of the Manners, Arts, Languages, Religions, Institutions, and Commerce of its Inhabitants. v. I. Edinburgh: Archibald Constable and Co., [etc.], 1820a., v. I, p. 46).

À plusieurs reprises, des remarques comme celle-là sont faites dans l’ouvrage. Déjà dans ce récit, les observations les plus élogieuses portent sur leurs capacités plus liées aux arts de l’imitation et de la musique:

Ils possèdent deux qualités dans un degré qui devance de loin leurs autres pouvoirs. - En commun avec tous les semi-barbares, ils sont de bons imitateurs; mais à cet égard ils ne sont pas à la hauteur des Hindous. Ils dépassent ceux-ci, et, je crois, tous les autres semi-barbares, dans leur deuxième qualité: leur capacité pour la musique. Ils ont des oreilles d’une délicatesse remarquable pour des sons musicaux et sont aisément éduqués à jouer, sur n’importe quel instrument, les airs les plus difficiles et complexes13 13 Traduction libre de l’original en anglais: Two qualities they possess in a degree which far outstrips their other powers. - In common with all semibarbarians, they are good imitators; but in this respect they fall short of the Hindus. They exceed these, however, and, I believe, all other semibarbarians, in the second quality, their capacity for music. They have ears of remarkable delicacy for musical sounds, and are readily taught to play, upon any instrument, the most difficult and complex airs. (Crawfurd, 1820aCRAWFURD, John. History of the Indian Archipelago Containing an Account of the Manners, Arts, Languages, Religions, Institutions, and Commerce of its Inhabitants. v. I. Edinburgh: Archibald Constable and Co., [etc.], 1820a., v. I, p. 46).

Image 4
La représentation d’un Balinais (à droite) et d’un habitant de Papua (à gauche)

Il est important de noter que les notions de “race” et “peuples” sont définies chez John Crawfurd: la première fait référence à des attributs physiques et cognitifs d’un peuple (Image 4). Pour s’exprimer au sujet des “peuples”, il va notamment employer la classification “barbare”, “semi-barbare” et “civilisés”. Dans d’autres articles, écrits postérieurement, John Crawfurd affirmait la supériorité des civilisations de Java, Bali et Lombok en comparaison avec d’autres populations de l’archipel, qu’il assimilait à des barbares:

Dans cet Archipel, partout où il y a des plaines sans forêt avec un sol fertile, on trouvera toujours une civilisation très respectable; et partout où la terre est couverte d’une forêt dense, nous sommes certains de rencontrer une certaine barbarie. Bien qu’exactement la même race habite d’autres endroits, Java et les deux petites îles immédiatement à l’est de celle-ci appartiennent à la première classe d’îles. [...] Les trois îles contiennent environ douze millions d’habitants civilisés, dans la possession des arts utiles et d’une langue écrite, inventée dans l’île principale, depuis des temps immémoriaux14 14 Traduction libre de l’original en anglais: In this Archipelago, wherever there are plains forest-free with a fertile soil, there will always be found a very respectable civilization; and wherever the land is covered with a dense forest, we are certain to encounter a certain barbarism. Although exactly the same race inhabits others localities, Java, and the two small islands immediately to the east of it, belong to the first class of islands. [...] The three islands contain between them about twelve millions of civilized inhabitants, immemorially in possession of the useful arts and of a written language, invented in the principal island. (Crawfurd, 1861CRAWFURD, John. On the Conditions Which Favour, Retard, or Obstruct the Early Civilization of Man. Transactions of the Ethnological Society of London, London, Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, v. 1, p. 154-177, janv. 1861., p. 168).

Ainsi, Bali est placée aux côtés de Java dans la première classe des île de l’archipel. Les œuvres de Thomas S. Raffles et de John Crawfurd ont posé les jalons d’une manière de regarder et d’analyser Bali et l’archipel malais. Leurs analyses ne se limitaient pas seulement à la vision colonialiste et orientaliste britannique caractéristique de l’époque. Elles exposaient la nature du regard du colonisateur sur les peuples soumis. Thomas S. Raffles, et surtout John Crawfurd, allaient être considérés par la suite comme des ethnologues, puisque ce mot même va être incorporé en Angleterre au cours de leurs vies. Ce dernier en particulier ferait une carrière d’ethnologue et orientaliste à Londres. En tant que polygéniste, il défendait la thèse de multiples origines de l’être humain. Dans l’Ethnological Society of London, qu’il présidera entre 1861 et 1868, il fera opposition féroce à Charles Darwin et à sa thèse de l’origine commune de l’humanité15 15 En outre, John Crawfurd écrivait dans des revues diverses comme The Examiner. . En effet, la plupart des premiers ethnologues étaient des fonctionnaires des métropoles qui, parallèlement aux tâches administratives, se consacraient à l’observation des peuples colonisés. Dans les articles qu’il écrivit par la suite, John Crawfurd se dédia à l’étude ethnologique des peuples de l’archipel, mais également des Portugais et Espagnols en Europe, par exemple. Au fil de ses articles, les habitants de l’archipel allaient être comparés, mesurés et classifiés entre eux.

Ces écrits ultérieurs de Crawfurd sont également un exemple des théories racistes courantes dans le milieu anthropologique de l’époque. Son article On the Malayan Race of Man and Its Prehistoric Career (Crawfurd, 1869CRAWFURD, John. On the Malayan Race of Man and Its Prehistoric Career. Transactions of the Ethnological Society of London , London, Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, v. 7, p. 119-133, janv. 1869. ), lui aussi consacré à l’exploration de l’archipel malais, analysait la race de l’homme malais tout en affirmant la supériorité de la race européenne face à ces peuples. Il a également produit de nombreux écrits ethnologiques portant sur la théorie de la race aryenne ou indo-germanique, sur la classification des races des hommes à partir de la mesure et du format du crâne, entre autres. Dans son texte On the Conditions Which Favour, Retard, or Obstruct the Early Civilization of Man (Crawfurd, 1861CRAWFURD, John. On the Conditions Which Favour, Retard, or Obstruct the Early Civilization of Man. Transactions of the Ethnological Society of London, London, Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, v. 1, p. 154-177, janv. 1861.), il affirmait, d’un point de vue scientifique, l’excellence et la supériorité de la race de l’homme blanc européen sur les autres races du monde, et parmi les Européens, la supériorité des Britanniques. Ainsi, le facteur le plus déterminant du progrès d’une civilisation serait alors d’après lui la race.

Pensant que le mélange est un facteur majeur de la dégénération des races, dans son article On the Commixture of the Races of Man as Affecting the Progress of Civilisation (Crawfurd, 1865CRAWFURD, John. On the Commixture of the Races of Man as Affecting the Progress of Civilisation. Transactions of the Ethnological Society of London , London, Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, v. 3, p. 98-122, 1865.), il va analyser le mixage des Portugais et Espagnols avec les peuples du Sud-est asiatique, tout en les comparant avec le mixage des Britanniques. Pour lui, le mixage de ces deux premiers avait produit des hybrides, sans beaucoup de différenciation avec les peuples malais eux-mêmes (Crawfurd, 1865, p. 117). Pour lui, le mixage entre les Britanniques et Tahitiens avait généré un spécimen supérieur:

Sans doute, la différence s’est produite grâce à la superiorité de la race et de la civilisation, même si cette dernière n’avait comme source qu’un cadet et huit marins anglais. Cela a été suffisant pour générer de l’intelligence et de l’industrie et pour éliminer les vices sociaux des colons qui entravent le progrès de la population ailleurs16 16 Traduction libre de l’original en anglais: The difference, no doubt, has arisen from superiority of race and civilization; and although the last of these had no higher source than a midshipman and eight English sailors, yet it was sufficient to generate intelligence and industry, and to exempt the colonists from the social vices which elsewhere hinder the advance of population. (Crawfurd, 1865CRAWFURD, John. On the Commixture of the Races of Man as Affecting the Progress of Civilisation. Transactions of the Ethnological Society of London , London, Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, v. 3, p. 98-122, 1865., p. 118).

Il est intéressant de noter également que dans History of Indian Archipelago, le discours de John Crawfurd allait épisodiquement faire des remarques sur le regard, les conceptions et même certaines actions des Néerlandais vis-à-vis des peuples de l’archipel, en particulier des Javanais. Dans leur majorité, ces considérations avaient une tournure dépréciative, dubitative du jugement des Néerlandais envers ces peuples colonisés. Un tel mouvement discursif semble vouloir désavouer les anciens conquérants pour peut-être légitimer leur propre présence dans l’archipel.

Dans ces écrits, le métissage et l’hybridité des races sont considérés comme des processus qui entraîneraient la dégénérescence des peuples, des religions et des cultures, raison et facteur de l’infériorité de certaines races et civilisations. Ces ouvrages ont-ils influencé postérieurement les orientalistes intéressés par Bali? Il nous semble probable que cette direction épistémologique ait pu donner une caution anthropologique et scientifique pour la démarche ultérieure de préservation de la pureté de la culture balinaise, considérée comme supérieure à d’autres de l’archipel. Selon eux, les Javanais, et, par conséquent, les Balinais, occupaient une position de supériorité au sein de l’archipel. Cet aspect, très présent dans leurs écrits, met en évidence le rapport que certains orientalistes de l’époque entretenaient lors de la rencontre avec l’Autre.

Ouvertures Conclusives

Depuis ses origines, la pensée anthropologique17 17 Bien qu’il s’agisse d'une thèse partagée par nombre d’anthropologues, nous faisons ici référence au livre de Jean-Loup Amselle (Amselle, 1990). s’est emparée de l’analyse des notions de culture et d’ethnie. En tant que science de l’homme, et surtout plus fréquemment identifiée à l’étude des peuples colonisés, l’anthropologie a influencé la pensée politique des différentes époques depuis ses prémices. En outre, comme on l’a vu auparavant, les premiers ethnologues étaient notamment des fonctionnaires des métropoles coloniales. En tant que science humaine, fille des Lumières et du colonialisme, les débuts de l’anthropologie et ses rapports étroits avec le système colonial ont souvent été omis:

Au cours des premières décennies de son existence, l’anthropologie avait mis en valeur l’idée de progrès, tant matériel que moral, qui avait marqué l’évolution de l’humanité, des sociétés inférieures aux sociétés supérieures dont la Grande-Bretagne représentait le pinacle. Volens nolens, l’anthropologie vantait l’avènement de la science et des techniques qui devait résoudre les problèmes de l’humanité et faire accéder tous les hommes à la civilisation, en éliminant son obscurantisme (Deliège, 2008DELIÈGE, Robert. Des catégories coloniales à l’indigénisme. Heurs et malheurs d’un parcours ethnologique. L’Homme, Paris, Éditions de l'EHESS, v. 3, p. 423-431, juil. 2008., p. 424).

Pour le microbiologiste André Langaney, la théorie selon laquelle les êtres humains seraient une espèce et le concept de race, en tant que sous-espèce, ne pourrait être appliquée. Dans son texte Enjeux pluridisciplinaires des théories de l’hominisation, le microbiologiste explique brièvement comment le concept de race et également les hypothèses sur la genèse de l’humanité sont extrêmement conditionnés à l’époque et au contexte culturel des scientifiques, sans oublier les enjeux économiques et géopolitiques du milieu académique:

Dès lors, la notion de race va être rigidifiée, au moment où se produit le pire de la colonisation. Pendant toute cette ère, le classement des êtres humains devient un enjeu capital, particulièrement dans le monde occidental, avec pour objectif de justifier ce qu’on inflige aux autres. Aussi oubliera-t-on alors les intuitions remarquables de Helder qui, à la fin du XVIIIe siècle, écrivait: ‘Il n’y a ni quatre, ni cinq races humaines; les populations forment une nappe continue dont les ombres s’étendent sur tous les temps et tous les continents’ [...] Du temps de Darwin et de Haeckel, on lisait beaucoup les récits de voyageurs, et ceux-ci laissaient dans le vague les relations entre le monde et le monde animal. Certains récits fantastiques parlaient d’hommes à queue, les orangs-outangs étaient présentés comme des hommes des bois (ce qui est conforme à l’étymologie de leur nom malais). On n’hésitait pas à présenter des soi-disant hybrides de grands singes et hommes. Autant dire que la notion n’était pas encore bien comprise, quoique Buffon ait proposé, depuis longtemps, de la clarifier par le critère d’interstérilité entre les espèces. Comment a-t-on abouti à cette confusion? (Langaney, 2002LANGANEY, André. Enjeux pluridisciplinaires des théories de l'hominisation. In: BOUQUET, Simon; RASTIER, François. Une Introduction aux Sciences de la Culture. Paris: Presses universitaires de France, 2002., p. 40).

En effet, les registres de voyages concernant l’île de Bali nous intéressent, en particulier les études anthropologiques qui occupent une place centrale. Il existe des registres européens sur l’Inde et la Chine, par exemple, et ce depuis l’Antiquité, en passant par les registres de Marco Polo, des missionnaires jésuites lors de la période des grandes navigations. À l’inverse, Bali allait commencer à être brièvement décrite et analysée par des voyageurs européens par l’intermédiaire des rapports de Thomas S. Raffles et John Crawfurd et ce plus intensément après l’effective colonisation néerlandaise, presque un siècle plus tard.

La courte présence britannique dans l’archipel et les œuvres qui ont été produites allaient changer la perspective des registres européens sur Bali et la religion balinaise. Ce point de vue allait être spécialement repris par les études néerlandaises. Ce fut après ce séjour britannique que l’administration néerlandaise commença à prêter attention à Bali, en établissant comme principe de colonisation la préservation de la religion et des manifestations spectaculaires de cette île, quelques décennies plus tard (Vickers, 2012VICKERS, Adrian. Bali: a paradise created. Tokyo: Tuttle Publishing, 2012., p. 29). Postérieurement, celle-ci, qui jusqu’alors ne présentait pas le moindre intérêt commercial, connut une nouvelle forme d’exploitation commerciale: le tourisme. Dans ce contexte de préservation des traditions culturelles et de promotion du tourisme, les manifestations spectaculaires balinaises, qui jusque-là n’avaient pas attiré beaucoup l’attention des étrangers européens, tendirent progressivement à se transformer en l’un des premiers produits de consommation de l’île.

Il est difficile de mesurer l’impact et à quel point ces récits ont pu influencer les chroniqueurs suivants. Cependant, on observe qu’un vrai changement dans les discours sur l’île s’est opéré après les ouvrages de Raffles et Crawfurd. C’est à partir de la courte occupation britannique que les habitants de Java, et par conséquent de Bali, sont présentés comme étant les races de première classe. De même, leurs manifestations artistiques sont également présentées comme étant les plus développées de l’archipel. Nous pourrions dire qu’à partir de ces deux ouvrages et de l’analyse raciale qu’elles y contiennent, les Balinais gagnent en statut par rapport aux descriptions antérieures. Lorsque la troupe balinaise de Peliatan viendra en Europe en 1931, se produisant aux Pays-Bas et tout au long de l’Exposition coloniale à Paris, les articles de presse et autres vont placer les danses balinaises dans un niveau supérieur par rapport aux autres attractions de l’événement, tout en acquérant un statut de “beauté primitive savante”:

Même à l’Exposition Coloniale, en ce théâtre de Bali, il semble que l’on soit aux extrêmes de la sensibilité asiatique, aux confins d’une beauté primitive et savante (Fels, 1931FELS, Florent. À l’Exposition Coloniale: danses de Bali. Vu: journal de la semaine, p. 995, juil. 1931., p. 995).

Références

  • AMSELLE, Jean-Loup. Logiques Métisses: anthropologie de l’identité en Afrique et ailleurs. Paris: Payot, 1990.
  • CRAWFURD, John. History of the Indian Archipelago Containing an Account of the Manners, Arts, Languages, Religions, Institutions, and Commerce of its Inhabitants. v. I. Edinburgh: Archibald Constable and Co., [etc.], 1820a.
  • CRAWFURD, John. History of the Indian Archipelago Containing an Account of the Manners, Arts, Languages, Religions, Institutions, and Commerce of its Inhabitants . v. II. Edinburgh: Archibald Constable and Co. , [etc.], 1820b.
  • CRAWFURD, John. History of the Indian Archipelago Containing an Account of the Manners, Arts, Languages, Religions, Institutions, and Commerce of its Inhabitants . v. III. Edinburgh: Archibald Constable and Co. , [etc.], 1820c.
  • CRAWFURD, John. On the Conditions Which Favour, Retard, or Obstruct the Early Civilization of Man. Transactions of the Ethnological Society of London, London, Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, v. 1, p. 154-177, janv. 1861.
  • CRAWFURD, John. On the Commixture of the Races of Man as Affecting the Progress of Civilisation. Transactions of the Ethnological Society of London , London, Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, v. 3, p. 98-122, 1865.
  • CRAWFURD, John. On the Malayan Race of Man and Its Prehistoric Career. Transactions of the Ethnological Society of London , London, Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, v. 7, p. 119-133, janv. 1869.
  • DELIÈGE, Robert. Des catégories coloniales à l’indigénisme. Heurs et malheurs d’un parcours ethnologique. L’Homme, Paris, Éditions de l'EHESS, v. 3, p. 423-431, juil. 2008.
  • FELS, Florent. À l’Exposition Coloniale: danses de Bali. Vu: journal de la semaine, p. 995, juil. 1931.
  • GUERMONPREZ, Jean-François. La religion balinaise dans le miroir de l’hindouisme. Bulletin de l’Ecole française d’Extrême-Orient, Paris, BEFFO, v. 88, n. 1, p. 271-293, 2001.
  • KNAPMAN, Ganeth. Race and British Colonialism in Southeast Asia, 1770-1870: John Crawfurd and the politics of equality. New York: Routledge, 2016.
  • LABROUSSE, Pierre; SOEMARGONO, Farida. Dictionnaire Général Indonésien-Français. Paris: Association Archipel, 1984.
  • LANGANEY, André. Enjeux pluridisciplinaires des théories de l'hominisation. In: BOUQUET, Simon; RASTIER, François. Une Introduction aux Sciences de la Culture. Paris: Presses universitaires de France, 2002.
  • MAUSS, Marcel. L’Ethnographie en France et à l’étranger. La Revue de Paris. Paris, La Revue de Paris , n. 20, p. 537-560, sept. 1930.
  • RAFFLES, Thomas Stamford. The History of Java. v. I. London: Booksellers to the Hon; East-India Company, [etc.], 1817a.
  • RAFFLES, Thomas Stamford. The History of Java . v. II. London: Booksellers to the Hon ; East-India Company, [etc.], 1817b.
  • TAYLOR, Jean Gelman. Indonesia: peoples and histories. New Haven: Yale University Press, 2003.
  • VICKERS, Adrian. Bali: a paradise created. Tokyo: Tuttle Publishing, 2012.

  • Juliana Coelho de Souza Ladeira est Docteur à l’Université Paris 8, elle enseigné à l’Université Rennes 2 (2014-2015), au département de théâtre de l’UFMG - Université Fédérale de Minas Gerais / Brésil (2005), à la Mairie de Belo Horizonte / Brésil (2003-2006), entre autres. E-mail: juliana.coelho.br@gmail.com

  • 36
    Ce texte inédit, révisé par Annelyse Gayraud, est également publié en portugais dans ce numéro.

  • 1
    Le mot “race”, en faisant référence à “races humaines” est mis entre-guillemets uniquement au début du texte pour éviter une exhaustivité de la ponctuation. Ces entre-guillemets sont un rappel au caractère désuet et inapproprié de son usage en milieu scientifique.

  • 2
    Pour désigner les habitants des États-Unis d’Amérique, on emploiera le terme États-uniens et États-uniennes; pour les habitants du continent américain dans son ensemble, le terme Américains et Américaines.

  • 3
    Traduction libre de l’original en anglais: There is much that has been forgotten in the world’s image of Bali. Early European writers once saw it as full of menace, an island of theft and murder, symbolized by the wavy dagger of the Malay world, the kris. Although the twentieth-century image of the island as a lush paradise drew on the earlier writings about Bali, these were only selectively referred to, when they did not contradict the idea of the island of Eden. The overall negative intent of the earlier western writings about Bali has been discarded.

  • 4
    La Compagnie néerlandaise des Indes Orientales, la Vereenigde Oost-Indische Compagnie ou VOC, était l’entreprise la plus puissante au monde entre les XVIIe et XVIIIe siècles.

  • 5
    Les rois balinais.

  • 6
    Mot indonésien souvent traduit par: colère, folie furieuse (Labrousse; Soemargono, 1984LABROUSSE, Pierre; SOEMARGONO, Farida. Dictionnaire Général Indonésien-Français. Paris: Association Archipel, 1984. , p. 25).

  • 7
    Thomas S. Raffles est né dans un navire en 1781. À l’âge de 14 ans, il entra à l’East India Company et étudia diverses langues ainsi que les sciences naturelles. Dix ans plus tard, il devint assistant du gouverneur de Penang (dans l’actuelle Malaisie). Après le recul britannique de l’archipel malais, il partit vers le nord de l’archipel et fonda le port de Singapour. De retour à Londres, il consacra la fin de sa vie aux études orientalistes.

  • 8
    John Crawfurd était un orientaliste écossais, philologue et sanskritiste, employé par l’East India Company. Formé en médecine, il fut affecté pendant cinq ans en Inde (1803-1808). En 1808, on le transféra à Penang, dans l’archipel malais, où naquit son intérêt pour la langue malaise. En 1811, avec l’invasion britannique, il décrocha un poste important au sein de l’administration. En 1820, il participa à des missions diplomatiques en Thaïlande et au Vietnam. En 1823, il remplaça Thomas S. Raffles dans la fondation de Singapour. De retour au Royaume-Uni, dans les années 1830, Crawfurd se consacra aux études et écrits orientalistes. Il s’essaya, sans succès, à une carrière politique au Parlement. Ganeth Knapam décrit Raffles et Crawfurd en étant administrateurs-historiens, denominations que nous adoptons également (Knapman, 2016KNAPMAN, Ganeth. Race and British Colonialism in Southeast Asia, 1770-1870: John Crawfurd and the politics of equality. New York: Routledge, 2016., p. 1).

  • 9
    Selon Jean Gelman Taylor, ce serait les marins indiens présents dans l’expédition de Thomas S. Raffles qui auraient identifié ces traces hindouistes à Java (Taylor, 2003TAYLOR, Jean Gelman. Indonesia: peoples and histories. New Haven: Yale University Press, 2003.).

  • 10
    Traduction libre de l’original en anglais: They are now a rising people. Neither degraded by despotism nor enervated by habits of indolence or luxury, they perhaps promise fairer for a progress in civilisation and good government than any of their neighbours.

  • 11
    Traduction libre de l’original en anglais: The love of dancing, in a variety of shapes, is a favourite passion of the Indian islanders. It is somewhat more, indeed, than an amusement, often mingling itself with the more serious business of life. Dancing, as practised by them, is neither the art, as it exists among the savages of America, nor among the Hindus and Mahomedans of Western India. Like the latter, they have professed dancing women, who exhibit for hire; but, like the former, they occasionally dance themselves, and in public processions, and even more serious occasions, dancing forms a portion of the solemnities.

  • 12
    Traduction libre de l’original en anglais: All the faculties of their minds are in a state of comparative feebleness; their memories are treacherous and uncertain; their imaginations wanton and childish; and their reason, more defective than the rest, when exerted on any subject above the most vulgar train of thought, commonly erroneous and mistaken. No man can tell his own age, nor the date of any remarkable transaction in the history of his tribe or country. [...] The weakness of their reason, and the pruriency of their imagination, make them to a wonderful degree credulous and superstitious.

  • 13
    Traduction libre de l’original en anglais: Two qualities they possess in a degree which far outstrips their other powers. - In common with all semibarbarians, they are good imitators; but in this respect they fall short of the Hindus. They exceed these, however, and, I believe, all other semibarbarians, in the second quality, their capacity for music. They have ears of remarkable delicacy for musical sounds, and are readily taught to play, upon any instrument, the most difficult and complex airs.

  • 14
    Traduction libre de l’original en anglais: In this Archipelago, wherever there are plains forest-free with a fertile soil, there will always be found a very respectable civilization; and wherever the land is covered with a dense forest, we are certain to encounter a certain barbarism. Although exactly the same race inhabits others localities, Java, and the two small islands immediately to the east of it, belong to the first class of islands. [...] The three islands contain between them about twelve millions of civilized inhabitants, immemorially in possession of the useful arts and of a written language, invented in the principal island.

  • 15
    En outre, John Crawfurd écrivait dans des revues diverses comme The Examiner.

  • 16
    Traduction libre de l’original en anglais: The difference, no doubt, has arisen from superiority of race and civilization; and although the last of these had no higher source than a midshipman and eight English sailors, yet it was sufficient to generate intelligence and industry, and to exempt the colonists from the social vices which elsewhere hinder the advance of population.

  • 17
    Bien qu’il s’agisse d'une thèse partagée par nombre d’anthropologues, nous faisons ici référence au livre de Jean-Loup Amselle (Amselle, 1990AMSELLE, Jean-Loup. Logiques Métisses: anthropologie de l’identité en Afrique et ailleurs. Paris: Payot, 1990.).

  • 18
    A palavra “raça”, referindo-se a “raças humanas” foi colocada entre aspas apenas no início do texto para evitar uma pontuação exaustiva. As aspas são uma lembrança ao caráter ultrapassado e inapropriado do uso desse termo no meio científico.

  • 19
    Para designar os habitantes dos Estados Unidos da América, será utilizado o termo estadunidense; para o conjunto dos habitantes do continente americano, os termos americanos e americanas.

  • 20
    Tradução livre do original em inglês: There is much that has been forgotten in the world’s image of Bali. Early European writers once saw it as full of menace, an island of theft and murder, symbolized by the wavy dagger of the Malay world, the kris. Although the twentieth-century image of the island as a lush paradise drew on the earlier writings about Bali, these were only selectively referred to, when they did not contradict the idea of the island of Eden. The overall negative intent of the earlier western writings about Bali has been discarded.

  • 21
    A Companhia Holandesa das Índias Orientais, a Vereenigde Oost-Indische Compagnie ou VOC, foi a empresa mais poderosa no mundo entre os séculos XVII e XVIII.

  • 22
    Os reis balineses.

  • 23
    Palavra indonésia frequentemente traduzida por: cólera, loucura furiosa (Labrousse; Soemargono, 1984LABROUSSE, Pierre; SOEMARGONO, Farida. Dictionnaire Général Indonésien-Français. Paris: Association Archipel, 1984. , p. 25).

  • 24
    Thomas S. Raffles nasceu num navio em 1781. Aos 14 anos, ele integrou a East India Company e estudou várias línguas e ciências naturais. Dez anos mais tarde, ele se torna assistente do governador de Penang (na atual Malásia). Depois da retirada britânica do arquipélago malaio, ele parte para o norte e funda o porto de Singapura. De volta à Londres, ele dedica o fim da sua vida aos estudos orientalistas.

  • 25
    John Crawfurd foi um orientalista escocês, filólogo e sanscritista, empregado pela East India Company. Formado em medicina, ele foi alocado durante cinco anos na Índia (1803-1808). Em 1808, foi transferido para Penang, no arquipélago malaio, onde nasceu seu interesse pela língua malaia. Em 1811, com a invasão britânica, ele consegue um cargo importante no seio da administração. Em 1820, ele participa de missões diplomáticas na Tailândia e no Vietnam. Em 1823, ele substitui Thomas S. Raffles na fundação de Singapura. De volta ao Reino-Unido em 1930, Crawfurd se dedica ao estudo e aos escritos orientalistas. Ele tenta carreira no parlamento, sem sucesso. Ganeth Knapam descreve Raffles e Crawfurd como administradores-historiadores, denominação que nós também adotamos (Knapman, 2016KNAPMAN, Ganeth. Race and British Colonialism in Southeast Asia, 1770-1870: John Crawfurd and the politics of equality. New York: Routledge, 2016., p. 1).

  • 26
    Segundo Jean Gelman Taylor, os marinheiros indianos presentes na expedição de Thomas S. Raffles teriam identificado esses traços hinduístas em Java (Taylor, 2003TAYLOR, Jean Gelman. Indonesia: peoples and histories. New Haven: Yale University Press, 2003.).

  • 27
    Tradução livre do original em inglês: They are now a rising people. Neither degraded by despotism nor enervated by habits of indolence or luxury, they perhaps promise fairer for a progress in civilisation and good government than any of their neighbours.

  • 28
    Tradução livre do original em inglês: The love of dancing, in a variety of shapes, is a favourite passion of the Indian islanders. It is somewhat more, indeed, than an amusement, often mingling itself with the more serious business of life. Dancing, as practised by them, is neither the art, as it exists among the savages of America, nor among the Hindus and Mahomedans of Western India. Like the latter, they have professed dancing women, who exhibit for hire; but, like the former, they occasionally dance themselves, and in public processions, and even more serious occasions, dancing forms a portion of the solemnities.

  • 29
    Tradução livre do original em inglês: All the faculties of their minds are in a state of comparative feebleness; their memories are treacherous and uncertain; their imaginations wanton and childish; and their reason, more defective than the rest, when exerted on any subject above the most vulgar train of thought, commonly erroneous and mistaken. No man can tell his own age, nor the date of any remarkable transaction in the history of his tribe or country. [...] The weakness of their reason, and the pruriency of their imagination, make them to a wonderful degree credulous and superstitious.

  • 30
    Tradução livre do original em inglês: Two qualities they possess in a degree which far outstrips their other powers. – In common with all semibarbarians, they are good imitators; but in this respect they fall short of the Hindus. They exceed these, however, and, I believe, all other semibarbarians, in the second quality, their capacity for music. They have ears of remarkable delicacy for musical sounds, and are readily taught to play, upon any instrument, the most difficult and complex airs.

  • 31
    Tradução livre do original em inglês: In this Archipelago, wherever there are plains forest-free with a fertile soil, there will always be found a very respectable civilization; and wherever the land is covered with a dense forest, we are certain to encounter a certain barbarism. Although exactly the same race inhabits others localities, Java, and the two small islands immediately to the east of it, belong to the first class of islands. [...] The three islands contain between them about twelve millions of civilized inhabitants, immemorially in possession of the useful arts and of a written language, invented in the principal island.

  • 32
    Além disso, John Crawfurd escrevia para revistas diversas como a The Examiner.

  • 33
    Tradução livre do original em inglês: The difference, no doubt, has arisen from superiority of race and civilization; and although the last of these had no higher source than a midshipman and eight English sailors, yet it was sufficient to generate intelligence and industry, and to exempt the colonists from the social vices which elsewhere hinder the advance of population.

  • 34
    Embora se trate de uma tese partilhada por muitos antropólogos, fazemos referência aqui ao livro de Jean-Loup Amselle (Amselle, 1990AMSELLE, Jean-Loup. Logiques Métisses: anthropologie de l’identité en Afrique et ailleurs. Paris: Payot, 1990.).

Publication Dates

  • Publication in this collection
    Aug 2017

History

  • Received
    31 July 2016
  • Accepted
    09 Mar 2017
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